Commentaire sur l’article d’Ahmad Faruqui « Prix en temps réel de l’électricité pour les ménages : une analyse internationale »[1]
INTRODUCTION
Dans son analyse internationale sur la tarification de l’électricité en temps réel pour les ménages, Faruqui cite la Norvège comme un exemple marquant, en raison de la part exceptionnellement élevée de ménages disposant de contrats indexés sur le prix horaire au comptant de l’électricité pour le lendemain. Des données récentes révèlent qu’environ 97 % des ménages norvégiens ont des contrats de détail à tarification de l’électricité en temps réel[2]. Cette généralisation fait de la Norvège un cas particulièrement pertinent pour évaluer à la fois le potentiel et les limites de la tarification en temps réel dans la pratique. C’est pourquoi je souhaite informer les lecteurs des récentes évolutions observées à ce sujet dans ce pays.
Pendant de nombreuses années, la variation de la demande des ménages norvégiens en fonction du prix est demeurée modeste. Les prix de l’électricité étaient généralement bas et affichaient une volatilité relativement faible, ce qui n’incitait guère les ménages à adapter leur consommation en fonction des signaux de prix horaires. Or, cette situation a radicalement changé à l’automne 2021, lorsque les prix de l’électricité ont fortement augmenté et que leur volatilité s’est considérablement accrue, comme l’illustre la figure 1. Ces changements découlaient de la hausse rapide des prix du gaz naturel en Europe entraînée par un marché gazier de plus en plus tendu en raison de la réduction de l’approvisionnement en gaz naturel russe, qui s’était amorcée avant même l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022. Étant donné que ce sont souvent les centrales électriques alimentées au gaz naturel qui fixent le prix marginal sur le marché de l’électricité, ces évolutions ont entraîné une hausse des prix de gros de l’électricité partout en Europe. En raison de l’intégration des marchés européens de l’électricité, cela a occasionné des prix de l’électricité plus élevés et plus volatils en Norvège, bien que la production d’électricité norvégienne repose principalement sur l’hydroélectricité, complétée par l’énergie éolienne. Par conséquent, les ménages ont pris davantage conscience du coût de l’électricité, et leur sensibilité aux prix est devenue nettement plus importante.
Figure 1: Carte des zones d’enchères norvégiennes (zones tarifaires) regroupant le sud de la Norvège (NO1, NO2, NO5) et le nord de la Norvège (NO3, NO4), avec leurs prix au comptant respectifs pour la période de juillet 2019 à décembre 2025[3].

Les données empiriques révèlent que, si les ménages moyens n’ont réagi que faiblement aux variations des prix horaires, la consommation totale d’électricité a baissé d’environ 11 à 14 % à la suite de la forte hausse des prix de l’électricité à partir de l’automne 2021[4]. Cette hausse de prix a également entraîné l’adoption croissante de technologies intelligentes destinées à réguler la consommation d’électricité, ce qui a permis aux ménages de mieux s’adapter aux variations des prix horaires d’électricité. Ces technologies comprennent la recharge intelligente des véhicules électriques (« VÉ »), les chauffe-eau électriques intelligents et la régulation du chauffage électrique, très répandue en Norvège. Parmi celles-ci, la recharge intelligente des VÉ joue un rôle de plus en plus important dans la variation de la demande en fonction des fluctuations de prix.
CONTRECOUP ET AFFAIBLISSEMENT DES SIGNAUX DE PRIX
Malgré la forte prévalence des contrats à tarification en temps réel, la hausse des prix de l’électricité et de leur volatilité a suscité une levée de boucliers politique et sociétale contre la forte exposition des ménages aux fluctuations de prix[5]. Il est important de noter que cette réaction n’a pas principalement pris la forme d’un passage des ménages des contrats à tarification en temps réel à des contrats à prix fixe, encore offerts. Au contraire, elle a principalement donné lieu à la mise en place, par les pouvoirs publics, de programmes de soutien au paiement des factures d’électricité visant à réduire les coûts d’électricité des ménages. Toutefois, ces programmes ont eu pour effet secondaire d’affaiblir considérablement, voire de supprimer, les signaux de prix auxquels sont effectivement exposés les ménages.
Les premiers programmes de soutien avaient été conçus de manière à préserver en partie les incitations à adapter la demande aux fluctuations de prix. Cependant, au fil du temps, la conception de ces programmes a progressivement affaibli le lien entre les prix au comptant et les coûts d’électricité des ménages. Cette évolution a abouti, en octobre 2025, à la mise en place d’un programme à prix fixe, communément appelé « prix norvégien », qui supprime de fait l’exposition aux fluctuations de prix en temps réel pour les ménages participants.
ÉVOLUTION DES PROGRAMMES DE SOUTIEN POUR L’ÉLECTRICITÉ EN NORVÈGE
Les programmes norvégiens de soutien pour l’électricité[6] ont évolué depuis leur mise en place fin 2021, en réponse à la forte hausse des prix de l’électricité. Chaque modification apportée à leur conception a eu une incidence sur la manière dont les ménages réagissent aux signaux de prix au comptant, affaiblissant progressivement ces incitations à modifier leur consommation d’électricité. Il est important de garder à l’esprit que ces programmes de soutien n’affectent pas et ne remplacent pas les contrats de fourniture d’électricité au détail, qui, pour la plupart des ménages, sont établis sur une tarification en temps réel.
- Programme de soutien mensuel pour l’électricité (mis en place en décembre 2021)[7] :
Dans le cadre du programme initial de soutien mensuel, l’État remboursait aux ménages un pourcentage du prix de l’électricité dépassant un seuil prédéfini. Bien que les paramètres aient évolué au fil du temps, ce programme a fini par couvrir 90 pourcent du prix au-delà du seuil de 0,70 couronne norvégienne (« NOK »)/kilowattheure (« kWh ») hors taxe sur la valeur ajoutée (« TVA »), la compensation étant versée sous forme de tarif du réseau. Le montant de l’indemnisation a été calculé à partir du prix au comptant mensuel moyen et de la consommation réelle d’électricité du ménage pour le mois visé. L’indemnisation étant établie sur la base du prix mensuel moyen, les ménages restaient soumis à l’intégralité des variations horaires de prix au cours du mois. Le fait de déplacer la consommation des heures où le prix est élevé vers les heures où il est moins élevé a donc permis de réduire la facture d’électricité sans affecter le niveau du soutien, préservant ainsi les incitations au report de la consommation.
- Programme de soutien pour l’électricité tarifiée à l’heure (mis en place en septembre 2023)[8] :
Dans le cadre du programme de soutien pour l’électricité tarifiée à l’heure, l’indemnisation était établie sur la base du prix horaire au comptant réel et de la consommation d’électricité du ménage au cours de l’heure correspondante, plutôt que sur la base de moyennes mensuelles. Le seuil de prix a été progressivement relevé pour atteindre 0,77 NOK/kWh hors TVA à partir de janvier 2026, tandis que le taux d’indemnisation est resté fixé à 90 pourcent. Ce programme a considérablement réduit les incitations au report de la consommation pendant les heures où les prix dépassaient le seuil, puisque 90 pourcent de l’écart de prix était remboursé. Bien que les ménages aient continué à subir des variations de prix en dessous du seuil, la force globale du signal de prix émanant des prix au comptant s’est considérablement affaiblie, en particulier pendant les périodes de prix élevés où la réponse à la demande aurait été la plus utile pour le réseau électrique.
- « Prix norvégien » (mis en place en octobre 2025)[9] :
Le « prix norvégien » est un programme de soutien volontaire auquel les ménages peuvent participer. Ceux qui n’y participent pas restent soumis au programme de soutien pour l’électricité tarifiée à l’heure. Le « prix norvégien » consiste en un prix de l’électricité fixé à 0,40 NOK/kWh hors TVA. Les ménages reçoivent une compensation sous forme de tarif du réseau lorsque le prix au comptant dépasse le prix fixe et doivent payer la différence lorsque celui-ci passe en dessous de ce niveau. Une fois inscrit au programme, un ménage le demeure jusqu’à la fin de l’année civile, bien que l’adhésion au programme puisse avoir lieu à tout moment de l’année. Dans le sud de la Norvège, où les prix au comptant moyens prévus pour 2026 sont nettement supérieurs à 0,40 NOK/kWh, le programme est très attractif. En avril 2026, environ deux tiers des ménages des zones d’enchères du sud avaient adhéré au programme « prix norvégien »[10]. Du fait de sa conception, ce programme élimine effectivement tous les signaux de prix à court terme pour les ménages adhérant au « prix norvégien ».
PREMIÈRES DONNÉES SUR LES EFFETS DU « PRIX NORVÉGIEN » SUR LA CONSOMMATION D’ÉLECTRICITÉ
Des analyses empiriques préliminaires[11], qui n’ont pas encore été publiées, révèlent deux effets principaux du « prix norvégien ». Premièrement, les ménages participant au programme du « prix norvégien » augmentent leur consommation d’électricité de quelques points de pourcentage par rapport à ceux qui continuent de participer au programme de soutien pour l’électricité tarifiée à l’heure au sein de la même zone d’enchères, comme l’illustre la figure 2. Cela s’explique par le prix plus bas de l’électricité et, par conséquent, par une incitation moindre à réduire sa consommation d’électricité. Deuxièmement, l’augmentation de la consommation semble suivre le profil de consommation typique des ménages, avec des hausses en pourcentage relativement plus importantes l’après-midi et en soirée, comme l’illustre la figure 3. Cela signifie que la consommation d’électricité augmente particulièrement pendant les heures de pointe. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les ménages bénéficiant d’un tarif fixe n’ont pas tendance à reporter leur consommation vers les heures nocturnes, où les prix au comptant sont plus bas. En conséquence, la suppression des signaux de prix en temps réel entraîne non seulement une augmentation de la consommation totale, mais peut également accentuer la demande de pointe au niveau du réseau.
Figure 2: Évolution de la consommation d’électricité des ménages pendant les mois d’hiver chez les ménages participant au programme « prix norvégien », après la mise en place de ce programme[12].

Figure 3: Évolution de la consommation d’électricité des ménages par heure de la journée en janvier 2026 chez les ménages participant au programme « prix norvégien »[13]

CONCLUSION
La Norvège constitue un cas intéressant pour évaluer la tarification de l’électricité en temps réel pour les ménages puisqu’elle combine une exposition quasi totale aux prix horaires du marché au comptant et des interventions politiques mises en œuvre en période de prix de l’électricité élevés et volatils. L’expérience observée depuis l’automne 2021 montre que des signaux de prix forts peuvent avoir une incidence sur les comportements : bien que les ménages moyens n’aient réagi que modestement aux variations de prix horaires à court terme, la hausse des prix a entraîné une réduction substantielle de la consommation globale d’électricité et accéléré l’adoption de technologies intelligentes permettant de réguler la consommation d’électricité. Parallèlement, la mise en place ultérieure de divers programmes de soutien aux consommateurs d’électricité a progressivement affaibli l’exposition des ménages aux signaux de prix en temps réel. De nouvelles données indiquent que cet affaiblissement des incitations tarifaires entraîne une augmentation de la consommation d’électricité et pourrait accroître la demande de pointe au niveau du réseau en réduisant le déplacement de la consommation vers les périodes où la demande est moins élevée.
En résumé, le cas de la Norvège souligne que l’efficacité de la tarification en temps réel pour les ménages dépend non seulement de la conception des contrats de détail et des technologies disponibles, mais aussi des politiques connexes visant à réduire les coûts de l’électricité pour les ménages et de leurs effets sur l’exposition de ces derniers aux signaux de prix.
Commentaire sur l’article d’Ahmad Faruqui « Prix en temps réel de l’électricité pour les ménages : une analyse internationale »[1]
INTRODUCTION
Dans son analyse internationale sur la tarification de l’électricité en temps réel pour les ménages, Faruqui cite la Norvège comme un exemple marquant, en raison de la part exceptionnellement élevée de ménages disposant de contrats indexés sur le prix horaire au comptant de l’électricité pour le lendemain. Des données récentes révèlent qu’environ 97 % des ménages norvégiens ont des contrats de détail à tarification de l’électricité en temps réel[2]. Cette généralisation fait de la Norvège un cas particulièrement pertinent pour évaluer à la fois le potentiel et les limites de la tarification en temps réel dans la pratique. C’est pourquoi je souhaite informer les lecteurs des récentes évolutions observées à ce sujet dans ce pays.
Pendant de nombreuses années, la variation de la demande des ménages norvégiens en fonction du prix est demeurée modeste. Les prix de l’électricité étaient généralement bas et affichaient une volatilité relativement faible, ce qui n’incitait guère les ménages à adapter leur consommation en fonction des signaux de prix horaires. Or, cette situation a radicalement changé à l’automne 2021, lorsque les prix de l’électricité ont fortement augmenté et que leur volatilité s’est considérablement accrue, comme l’illustre la figure 1. Ces changements découlaient de la hausse rapide des prix du gaz naturel en Europe entraînée par un marché gazier de plus en plus tendu en raison de la réduction de l’approvisionnement en gaz naturel russe, qui s’était amorcée avant même l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022. Étant donné que ce sont souvent les centrales électriques alimentées au gaz naturel qui fixent le prix marginal sur le marché de l’électricité, ces évolutions ont entraîné une hausse des prix de gros de l’électricité partout en Europe. En raison de l’intégration des marchés européens de l’électricité, cela a occasionné des prix de l’électricité plus élevés et plus volatils en Norvège, bien que la production d’électricité norvégienne repose principalement sur l’hydroélectricité, complétée par l’énergie éolienne. Par conséquent, les ménages ont pris davantage conscience du coût de l’électricité, et leur sensibilité aux prix est devenue nettement plus importante.
Figure 1: Carte des zones d’enchères norvégiennes (zones tarifaires) regroupant le sud de la Norvège (NO1, NO2, NO5) et le nord de la Norvège (NO3, NO4), avec leurs prix au comptant respectifs pour la période de juillet 2019 à décembre 2025[3].
Les données empiriques révèlent que, si les ménages moyens n’ont réagi que faiblement aux variations des prix horaires, la consommation totale d’électricité a baissé d’environ 11 à 14 % à la suite de la forte hausse des prix de l’électricité à partir de l’automne 2021[4]. Cette hausse de prix a également entraîné l’adoption croissante de technologies intelligentes destinées à réguler la consommation d’électricité, ce qui a permis aux ménages de mieux s’adapter aux variations des prix horaires d’électricité. Ces technologies comprennent la recharge intelligente des véhicules électriques (« VÉ »), les chauffe-eau électriques intelligents et la régulation du chauffage électrique, très répandue en Norvège. Parmi celles-ci, la recharge intelligente des VÉ joue un rôle de plus en plus important dans la variation de la demande en fonction des fluctuations de prix.
CONTRECOUP ET AFFAIBLISSEMENT DES SIGNAUX DE PRIX
Malgré la forte prévalence des contrats à tarification en temps réel, la hausse des prix de l’électricité et de leur volatilité a suscité une levée de boucliers politique et sociétale contre la forte exposition des ménages aux fluctuations de prix[5]. Il est important de noter que cette réaction n’a pas principalement pris la forme d’un passage des ménages des contrats à tarification en temps réel à des contrats à prix fixe, encore offerts. Au contraire, elle a principalement donné lieu à la mise en place, par les pouvoirs publics, de programmes de soutien au paiement des factures d’électricité visant à réduire les coûts d’électricité des ménages. Toutefois, ces programmes ont eu pour effet secondaire d’affaiblir considérablement, voire de supprimer, les signaux de prix auxquels sont effectivement exposés les ménages.
Les premiers programmes de soutien avaient été conçus de manière à préserver en partie les incitations à adapter la demande aux fluctuations de prix. Cependant, au fil du temps, la conception de ces programmes a progressivement affaibli le lien entre les prix au comptant et les coûts d’électricité des ménages. Cette évolution a abouti, en octobre 2025, à la mise en place d’un programme à prix fixe, communément appelé « prix norvégien », qui supprime de fait l’exposition aux fluctuations de prix en temps réel pour les ménages participants.
ÉVOLUTION DES PROGRAMMES DE SOUTIEN POUR L’ÉLECTRICITÉ EN NORVÈGE
Les programmes norvégiens de soutien pour l’électricité[6] ont évolué depuis leur mise en place fin 2021, en réponse à la forte hausse des prix de l’électricité. Chaque modification apportée à leur conception a eu une incidence sur la manière dont les ménages réagissent aux signaux de prix au comptant, affaiblissant progressivement ces incitations à modifier leur consommation d’électricité. Il est important de garder à l’esprit que ces programmes de soutien n’affectent pas et ne remplacent pas les contrats de fourniture d’électricité au détail, qui, pour la plupart des ménages, sont établis sur une tarification en temps réel.
Dans le cadre du programme initial de soutien mensuel, l’État remboursait aux ménages un pourcentage du prix de l’électricité dépassant un seuil prédéfini. Bien que les paramètres aient évolué au fil du temps, ce programme a fini par couvrir 90 pourcent du prix au-delà du seuil de 0,70 couronne norvégienne (« NOK »)/kilowattheure (« kWh ») hors taxe sur la valeur ajoutée (« TVA »), la compensation étant versée sous forme de tarif du réseau. Le montant de l’indemnisation a été calculé à partir du prix au comptant mensuel moyen et de la consommation réelle d’électricité du ménage pour le mois visé. L’indemnisation étant établie sur la base du prix mensuel moyen, les ménages restaient soumis à l’intégralité des variations horaires de prix au cours du mois. Le fait de déplacer la consommation des heures où le prix est élevé vers les heures où il est moins élevé a donc permis de réduire la facture d’électricité sans affecter le niveau du soutien, préservant ainsi les incitations au report de la consommation.
Dans le cadre du programme de soutien pour l’électricité tarifiée à l’heure, l’indemnisation était établie sur la base du prix horaire au comptant réel et de la consommation d’électricité du ménage au cours de l’heure correspondante, plutôt que sur la base de moyennes mensuelles. Le seuil de prix a été progressivement relevé pour atteindre 0,77 NOK/kWh hors TVA à partir de janvier 2026, tandis que le taux d’indemnisation est resté fixé à 90 pourcent. Ce programme a considérablement réduit les incitations au report de la consommation pendant les heures où les prix dépassaient le seuil, puisque 90 pourcent de l’écart de prix était remboursé. Bien que les ménages aient continué à subir des variations de prix en dessous du seuil, la force globale du signal de prix émanant des prix au comptant s’est considérablement affaiblie, en particulier pendant les périodes de prix élevés où la réponse à la demande aurait été la plus utile pour le réseau électrique.
Le « prix norvégien » est un programme de soutien volontaire auquel les ménages peuvent participer. Ceux qui n’y participent pas restent soumis au programme de soutien pour l’électricité tarifiée à l’heure. Le « prix norvégien » consiste en un prix de l’électricité fixé à 0,40 NOK/kWh hors TVA. Les ménages reçoivent une compensation sous forme de tarif du réseau lorsque le prix au comptant dépasse le prix fixe et doivent payer la différence lorsque celui-ci passe en dessous de ce niveau. Une fois inscrit au programme, un ménage le demeure jusqu’à la fin de l’année civile, bien que l’adhésion au programme puisse avoir lieu à tout moment de l’année. Dans le sud de la Norvège, où les prix au comptant moyens prévus pour 2026 sont nettement supérieurs à 0,40 NOK/kWh, le programme est très attractif. En avril 2026, environ deux tiers des ménages des zones d’enchères du sud avaient adhéré au programme « prix norvégien »[10]. Du fait de sa conception, ce programme élimine effectivement tous les signaux de prix à court terme pour les ménages adhérant au « prix norvégien ».
PREMIÈRES DONNÉES SUR LES EFFETS DU « PRIX NORVÉGIEN » SUR LA CONSOMMATION D’ÉLECTRICITÉ
Des analyses empiriques préliminaires[11], qui n’ont pas encore été publiées, révèlent deux effets principaux du « prix norvégien ». Premièrement, les ménages participant au programme du « prix norvégien » augmentent leur consommation d’électricité de quelques points de pourcentage par rapport à ceux qui continuent de participer au programme de soutien pour l’électricité tarifiée à l’heure au sein de la même zone d’enchères, comme l’illustre la figure 2. Cela s’explique par le prix plus bas de l’électricité et, par conséquent, par une incitation moindre à réduire sa consommation d’électricité. Deuxièmement, l’augmentation de la consommation semble suivre le profil de consommation typique des ménages, avec des hausses en pourcentage relativement plus importantes l’après-midi et en soirée, comme l’illustre la figure 3. Cela signifie que la consommation d’électricité augmente particulièrement pendant les heures de pointe. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les ménages bénéficiant d’un tarif fixe n’ont pas tendance à reporter leur consommation vers les heures nocturnes, où les prix au comptant sont plus bas. En conséquence, la suppression des signaux de prix en temps réel entraîne non seulement une augmentation de la consommation totale, mais peut également accentuer la demande de pointe au niveau du réseau.
Figure 2: Évolution de la consommation d’électricité des ménages pendant les mois d’hiver chez les ménages participant au programme « prix norvégien », après la mise en place de ce programme[12].
Figure 3: Évolution de la consommation d’électricité des ménages par heure de la journée en janvier 2026 chez les ménages participant au programme « prix norvégien »[13]
CONCLUSION
La Norvège constitue un cas intéressant pour évaluer la tarification de l’électricité en temps réel pour les ménages puisqu’elle combine une exposition quasi totale aux prix horaires du marché au comptant et des interventions politiques mises en œuvre en période de prix de l’électricité élevés et volatils. L’expérience observée depuis l’automne 2021 montre que des signaux de prix forts peuvent avoir une incidence sur les comportements : bien que les ménages moyens n’aient réagi que modestement aux variations de prix horaires à court terme, la hausse des prix a entraîné une réduction substantielle de la consommation globale d’électricité et accéléré l’adoption de technologies intelligentes permettant de réguler la consommation d’électricité. Parallèlement, la mise en place ultérieure de divers programmes de soutien aux consommateurs d’électricité a progressivement affaibli l’exposition des ménages aux signaux de prix en temps réel. De nouvelles données indiquent que cet affaiblissement des incitations tarifaires entraîne une augmentation de la consommation d’électricité et pourrait accroître la demande de pointe au niveau du réseau en réduisant le déplacement de la consommation vers les périodes où la demande est moins élevée.
En résumé, le cas de la Norvège souligne que l’efficacité de la tarification en temps réel pour les ménages dépend non seulement de la conception des contrats de détail et des technologies disponibles, mais aussi des politiques connexes visant à réduire les coûts de l’électricité pour les ménages et de leurs effets sur l’exposition de ces derniers aux signaux de prix.
1 Ahmad Faruqui, « Prix en temps réel de l’électricité pour les ménages : une analyse internationale » (2025) 13:3 Publication trimestrielle sur la règlementation de l’énergie, en ligne : <energyregulationquarterly.ca/fr/articles/real-time-pricing-of-electricity-for-households-an-international-survey#sthash.a8THyrlG.dpbs>.
* Matthias Hofmann est conseiller principal chez Statnett, l’opérateur du système de transport d’électricité en Norvège, où il travaille sur l’utilisation du système et la flexibilité des réseaux électriques. Avant ce poste, il a occupé plusieurs fonctions chez Statnett et chez SINTEF — l’un des plus grands organismes de recherche indépendants en Europe — en se concentrant sur l’analyse des systèmes électriques et la gestion de programmes de recherche. Il est titulaire d’un doctorat de la NTNU portant sur la flexibilité de la demande comme alternative aux investissements dans les réseaux, ainsi que d’une maîtrise en génie industriel et gestion de la Technische Universität Ilmenau. Son travail porte sur la conception des marchés de l’électricité, la flexibilité de la demande et la sécurité d’approvisionnement, en combinant analyses empiriques et recherche appliquée dans les systèmes électriques norvégiens et européens.
2 Statistics Norway, Breakdown of Electricity Sales: Electricity Prices in the End-User Market, by Type of Contract and Quarter, tableau 14491 (16 février 2026), en ligne : Statistics Norway <ssb.no/en/statbank/table/14491?sq=30120598>.
3 Ce graphique a été conçu par l’auteur du présent article à partir de données tirées de la base de données suivante : Nord Pool, « Day-ahead Prices » (dernière consultation le 29 mai 2026), en ligne : Nord Pool <data.nordpoolgroup.com/auction/day-ahead/prices?deliveryDate=latest¤cy=EUR&aggregation=DeliveryPeriod&deliveryAreas=AT>.
4 Matthias Hofmann et Hanne Sæle, « A Comparative Analysis of Implicit Demand Side Response among Norwegian Electricity Consumers during the 2022/23 Energy Crisis », communication présentée à la session 2024 de Paris du CIGRE. Voir également : Matthias Hofmann et Karen Byskov Lindberg, « Residential Demand Response and Dynamic Electricity Contracts with Hourly Prices: A Study of Norwegian Households during the 2021/22 Energy Crisis », 13 Smart Energy 100126 (février 2024), en ligne : <doi.org/10.1016/j.segy.2023.100126>.
5 Tone Sofie Aglen, « Strømspøkelset er tilbake », NRK (12 décembre 2024), en ligne : <nrk.no/ytring/stromspokelset-er-tilbake-1.17166606> [en norvégien].
6 Gouvernement de la Norvège, Støtte til husholdninger — Innretning på strømstønadsordningen de siste årene, en ligne : Regjeringen <regjeringen.no/no/tema/energi/strom/regjeringens-stromtiltak/id2900232> [en norvégien].
7 Cabinet du premier ministre de la Norvège, ministère de l’Énergie et ministère des Finances, « Government Launches Electricity Support Package Worth Billions » (11 décembre 2021), en ligne : Regjeringen <regjeringen.no/en/whats-new/government-launches-electricity-support-package-worth-billions/id2891839>.
8 Ministère de l’Énergie de la Norvège, « Mer treffsikker strømstønadsordning til husholdningene » (11 mai 2023), en ligne : Regjeringen <regjeringen.no/no/aktuelt/mer-treffsikker-stromstonadsordning-til-husholdningene/id2976901> [en norvégien].
9 Ministère de l’Énergie de la Norvège, « Norway Price to Ensure Predictable and Stable Electricity Prices for Consumers » (17 mars 2025), en ligne : Regjeringen <regjeringen.no/en/whats-new/norgespris-skal-sikre-forutsigbare-og-stabile-strompriser-for-folk/id3090849>.
10 Elhub, Statistikk for Norgespris, en ligne : Elhub <elhub.no/data-og-innsikt/statistikk-for-norgespris>.
11 Kristine Johanne Viddal Moen, Synne Lefdal, Matthias Hofmann et Karen Byskov Lindberg, « Lower Electricity Prices, Higher Demand? – The Effect of Introducing a Subsidized Flat Electricity Price to Norwegian Households » [communication acceptée à la 22e conférence internationale annuelle sur le marché européen de l’énergie (EEM 2026), Trondheim (Norvège), du 22 au 24 juin 2026] [non publiée].
12 Ibid.
13 Ibid.