{"id":4921,"date":"2024-04-08T18:03:34","date_gmt":"2024-04-08T18:03:34","guid":{"rendered":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/?p=4921"},"modified":"2024-05-30T17:42:22","modified_gmt":"2024-05-30T17:42:22","slug":"2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation","title":{"rendered":"\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023"},"content":{"rendered":"<p>Je commence ici en pr\u00e9sentant une excuse. Tout comme moi, le lecteur de cette publication aura certes appr\u00e9ci\u00e9 les revues annuelles effectu\u00e9es par le professeur David\u00a0Mullan au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Elles sont des classiques du genre. Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin, et le professeur Mullan met progressivement fin \u00e0 ses activit\u00e9s. De toute \u00e9vidence, mes comp\u00e9tences en mati\u00e8re de persuasion doivent \u00eatre perfectionn\u00e9es, car je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 le convaincre \u00e0 ne serait-ce que de continuer \u00e0 contribuer aux revues annuelles publi\u00e9es dans cette publication trimestrielle. Je m\u2019en excuse. Je suis reconnaissant envers le professeur Mullan qui m\u2019a offert un soutien exceptionnel dans mes travaux universitaires depuis mon arriv\u00e9e au Canada et qui a vu en moi le potentiel de reprendre le flambeau. Je ferai de mon mieux pour \u00eatre \u00e0 la hauteur de la confiance dont il fait preuve \u00e0 mon endroit.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure actuelle, le droit administratif est relativement bien \u00e9tabli au Canada. Les ann\u00e9es qui se sont \u00e9coul\u00e9es depuis les arr\u00eats marquants de la Cour supr\u00eame du Canada de la fin des ann\u00e9es\u00a01970 \u2014 <em>Nicholson<\/em><sup>[1]<\/sup> et <em>Soci\u00e9t\u00e9 des Alcools du N.-B.<\/em><sup>[2]<\/sup> \u2014 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des changements constants, parfois de l\u2019ordre de l\u2019avulsion. Dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> de 2019, la Cour a cherch\u00e9 \u00e0 positionner le droit au contr\u00f4le judiciaire des mesures administratives sur des bases solides<sup>[3]<\/sup>. Cet effort a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 de succ\u00e8s\u00a0: la stabilit\u00e9 a remplac\u00e9 l\u2019incertitude; le cadre transparent d\u00e9fini dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> a permis aux tribunaux et aux avocats d\u2019examiner plus rapidement le bien-fond\u00e9 des diff\u00e9rends et de pr\u00e9senter des arguments clairs.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, les interventions de la Cour en droit administratif ont \u00e9t\u00e9 sporadiques. Les appels en droit purement administratif ont \u00e9t\u00e9 peu nombreux sur le terrain et la plupart des affaires de droit administratif dont la Cour a \u00e9t\u00e9 saisie apr\u00e8s <em>Vavilov<\/em> \u00e9taient celles qui comportaient une dimension suppl\u00e9mentaire qui exigeait des \u00e9claircissements. Les arr\u00eats <em>Bell Canada<\/em><sup>[4]<\/sup> et <em>Postes Canada<\/em><sup>[5]<\/sup> ont accompagn\u00e9 l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> en 2019. Il n\u2019y a eu aucune d\u00e9cision de droit administratif digne de mention en 2020, et une seule en 2021 (o\u00f9 la Cour devait aussi clarifier une question sur le r\u00f4le des cours d\u2019appel dans les affaires de contr\u00f4le judiciaire<sup>[6]<\/sup>). \u00c0 la fin de cette ann\u00e9e-l\u00e0, j\u2019ai fait remarquer que la Cour avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0pratiquement silencieuse\u00a0\u00bb sur la norme de contr\u00f4le depuis l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em><sup>[7]<\/sup>. Deux d\u00e9cisions ont \u00e9t\u00e9 rendues en 2022\u00a0: l\u2019arr\u00eat <em>Abrametz<\/em><sup>[8]<\/sup>, qui portait principalement sur les retards d\u00e9raisonnables dans les proc\u00e9dures administratives et la norme de contr\u00f4le, n\u2019a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 que bri\u00e8vement et l\u2019arr\u00eat <em>Entertainment Software\u00a0Association<\/em><sup>[9]<\/sup>, une affaire int\u00e9ressante qui portait sur une question non tranch\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. M\u00eame si l\u2019analyse s\u2019\u00e9cartait \u00e0 certains \u00e9gards de l\u2019esprit de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, elle \u00e9tait suffisamment subtile pour que les ramifications demeurent limit\u00e9es, selon toute vraisemblance. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, la cour a \u00e9t\u00e9 saisie d\u2019une autre affaire \u00e9sot\u00e9rique portant sur les droits linguistiques et les valeurs de la <em>Charte<\/em> (<em>CSFTNO<\/em>)<sup>[10]<\/sup>. Une seule d\u00e9cision de droit administratif pur a \u00e9t\u00e9 rendue dans l\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em><sup>[11]<\/sup> (bien que son importance r\u00e9side en grande partie dans la r\u00e9affirmation des principes fondamentaux du contr\u00f4le du caract\u00e8re raisonnable \u00e9nonc\u00e9s dans <em>Vavilov<\/em>).<\/p>\n<p>Il semble clair que l\u2019exercice de simplification de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> a r\u00e9duit le nombre de questions en litige sur lesquelles les tribunaux d\u2019appel se dissocient des autres et pour lesquelles la participation de la Cour est donc requise. La tendance voulant que la Cour n\u2019entende que les affaires qui portent une dimension suppl\u00e9mentaire se poursuivra probablement, les affaires de droit administratif pur \u00e9tant probablement rares sur le terrain. Bien s\u00fbr, trois des quatre affaires de droit administratif actuellement en cheminement comportent indubitablement une dimension suppl\u00e9mentaire\u00a0: L\u2019affaire <em>Yatar<\/em> a trait aux droits d\u2019appel limit\u00e9s et au pouvoir judiciaire discr\u00e9tionnaire. L\u2019affaire <em>York Teachers<\/em>, pour sa part, a trait \u00e0 l\u2019interrelation entre le contr\u00f4le judiciaire et la <em>Charte<\/em> et celle de la <em>Soci\u00e9t\u00e9 des casinos <\/em>porte sur l\u2019application de la jurisprudence relative \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019association par un tribunal sp\u00e9cialis\u00e9 en relations de travail<sup>[12]<\/sup>. La derni\u00e8re des quatre est l\u2019affaire de l\u2019<em>Ontario Mandate Letters<\/em>. Elle touche m\u00eame des questions de principe constitutionnel de haut niveau (bien qu\u2019\u00e0 mon avis elle e\u00fbt pu \u00eatre r\u00e9gl\u00e9e en l\u2019\u00e9tat devant les tribunaux inf\u00e9rieurs par l\u2019application du crit\u00e8re standard concernant la r\u00e9vision des motifs)<sup>[13]<\/sup>. La stabilit\u00e9 signifie donc que la Cour tranche un moins grand nombre de cas de droit administratif pur.<\/p>\n<p>Cette stabilit\u00e9 relative entra\u00eene plusieurs cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, l\u2019aspect le plus \u00e9vident est le constat que les cours d\u2019appel gagnent en influence. Elles sont certainement plus influentes en ce qui concerne les plaideurs, car il devient de plus en plus certain que leur prononc\u00e9 marquera la fin des proc\u00e9dures. Elles sont probablement aussi plus influentes sur le plan de l\u2019\u00e9laboration du droit\u00a0: bien entendu, elles doivent travailler dans le cadre de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> (de sorte que la port\u00e9e de l\u2019innovation est limit\u00e9e dans cette mesure), mais elles jouissent d\u2019une grande latitude en ce qui concerne la d\u00e9termination des exigences de contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 dans des domaines particuliers et, lorsque la norme de la d\u00e9cision correcte s\u2019applique, l\u2019\u00e9tablissement du cadre juridique, en particulier dans les domaines de la r\u00e8glementation \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, la prudence est de mise avant de tirer des conclusions g\u00e9n\u00e9rales des d\u00e9cisions de la Cour supr\u00eame du Canada. Comme je l\u2019ai fait remarquer dans un article paru en 2017 dans l\u2019<em>University of New Brunswick Law Journal<\/em>, il peut \u00eatre difficile de distinguer le \u00ab\u00a0signal\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0bruit\u00a0\u00bb en droit administratif. Les cas de contr\u00f4le judiciaire sous-tendent invariablement l\u2019application de principes g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 des domaines pr\u00e9cis du droit. Cependant, une d\u00e9cision visant \u00e0 r\u00e9gler une question dans un domaine particulier du droit peut entra\u00eener des r\u00e9percussions sur l\u2019application des principes g\u00e9n\u00e9raux<sup>[14]<\/sup>. C\u2019est le propre d\u2019un haut tribunal qui, par d\u00e9finition, ne traite que de questions d\u2019importance nationale, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019on peut observer en ce moment, parce que les principes g\u00e9n\u00e9raux du contr\u00f4le judiciaire ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis par l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. En somme, il est tr\u00e8s peu probable que la Cour, lorsqu\u2019elle tranche une question dans un domaine particulier, ait l\u2019intention de modifier le fonctionnement des principes g\u00e9n\u00e9raux. Une d\u00e9cision de la Cour pourrait bien s\u2019assimiler \u00e0 du \u00ab\u00a0bruit\u00a0\u00bb en ce qui concerne les principes g\u00e9n\u00e9raux. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il y a pr\u00e9sence d\u2019un \u00ab\u00a0signal\u00a0\u00bb \u2014 une d\u00e9claration claire dans une d\u00e9cision ou une inf\u00e9rence de plusieurs d\u00e9cisions \u2014 qu\u2019on peut affirmer sans se tromper que les principes g\u00e9n\u00e9raux ont chang\u00e9. C\u2019est la raison pour laquelle j\u2019ai exprim\u00e9 des r\u00e9serves l\u2019an dernier en d\u00e9crivant les arr\u00eats <em>Entertainment Software\u00a0Association <\/em>et <em>Abrametz<\/em>, mon analyse s\u2019inscrivant dans un espace balis\u00e9 par des mises en garde au sujet du \u00ab\u00a0signal\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0bruit\u00a0\u00bb<sup>[15]<\/sup>.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, et ce qui est peut-\u00eatre l\u2019aspect le plus r\u00e9jouissant, l\u2019\u00e9ventail des questions qui seront abord\u00e9es dans un document de type r\u00e9trospective annuelle est plus large. \u00c9tant donn\u00e9 que la norme de contr\u00f4le jouit d\u2019une stabilit\u00e9 relative et que la Cour joue un r\u00f4le plus pr\u00e8s du droit administratif pour ce qui est du contr\u00f4le judiciaire, des sujets n\u00e9glig\u00e9s depuis longtemps pourraient prendre de l\u2019importance. L\u2019ann\u00e9e qui vient de s\u2019\u00e9couler a soulev\u00e9 une v\u00e9ritable abondance de questions de droit administratif fascinantes partout au pays, surtout dans les cours d\u2019appel. Il y a eu des d\u00e9cisions importantes sur l\u2019obligation de consulter<sup>[16]<\/sup>, l\u2019obligation de maintenir l\u2019examen r\u00e9gulier de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de dispositions l\u00e9gislatives<sup>[17]<\/sup>, l\u2019ind\u00e9pendance administrative<sup>[18]<\/sup>, l\u2019utilisation de l\u2019intelligence artificielle dans l\u2019administration publique<sup>[19]<\/sup>, le principe voulant que les proc\u00e9dures d\u2019appel administratives puissent \u00ab\u00a0corriger\u00a0\u00bb les vices de proc\u00e9dure<sup>[20]<\/sup>, le contenu du dossier dans le cadre du contr\u00f4le judiciaire<sup>[21]<\/sup> et l\u2019\u00e9puisement des recours<sup>[22]<\/sup>.<\/p>\n<p>Cela dit, permettez-moi de revenir \u00e0 ce qui est propos\u00e9 dans le pr\u00e9sent document.<\/p>\n<p>Dans la partie I, je discuterai de l\u2019arr\u00eat de la Cour supr\u00eame du Canada dans l\u2019affaire <em>Mason c Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em><sup>[23]<\/sup>, qui entra\u00eene des r\u00e9percussions dans tout le domaine du droit administratif, m\u00eame si l\u2019objet pr\u00e9cis concerne l\u2019immigration. Je vais traiter bri\u00e8vement de l\u2019arr\u00eat <em>CSFTNO<\/em>, qui est peu susceptible d\u2019entra\u00eener des r\u00e9percussions \u00e0 long terme dans le domaine du droit de l\u2019\u00e9nergie, mais qui m\u00e9rite n\u00e9anmoins d\u2019\u00eatre surveill\u00e9e. Je terminerai la partie I en soulignant certaines d\u00e9cisions d\u2019appel qui soulignent l\u2019importance d\u2019une justification r\u00e9ceptive de la part de tous les d\u00e9cideurs, peu importe leur statut et leur perception des enjeux\u00a0: les avocats du secteur de l\u2019\u00e9nergie qui r\u00e9digent et contestent des d\u00e9cisions devraient en prendre bonne note.<\/p>\n<p>Dans la partie\u00a0II, je parlerai de deux r\u00e9centes d\u00e9cisions d\u2019appel sur la port\u00e9e des pouvoirs de r\u00e8glementation, un sujet important qui a attir\u00e9 l\u2019attention des tribunaux f\u00e9d\u00e9raux et de l\u2019Alberta au cours de la derni\u00e8re ann\u00e9e. Les deux d\u00e9cisions r\u00e9affirment d\u2019importants principes fondamentaux et, dans l\u2019exemple de la cour de l\u2019Alberta, la d\u00e9cision propose une r\u00e9flexion sur des questions importantes au sujet de l\u2019autorit\u00e9 des d\u00e9cisions ant\u00e9rieures \u00e0 l\u2019\u00e8re post\u00e9rieure \u00e0 <em>Vavilov<\/em>. Dans la section I, je parlerai \u00e9galement d\u2019une importante d\u00e9cision r\u00e9cente de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale sur la transparence de la justice, qui pourrait \u00eatre d\u2019application g\u00e9n\u00e9rale, d\u2019une contribution \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale int\u00e9ressante de la Cour d\u2019appel de l\u2019Alberta, mais qui n\u2019aura probablement pas de ramifications syst\u00e9miques, et d\u2019une d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame sur la r\u00e8glementation extraterritoriale.<\/p>\n<p>Dans la partie\u00a0III, j\u2019aborderai une question \u00e0 l\u2019ordre du jour de la Cour supr\u00eame du Canada, \u00e0 savoir l\u2019incidence d\u2019un droit d\u2019appel circonscrit sur la capacit\u00e9 d\u2019une partie de demander un contr\u00f4le judiciaire<sup>[24]<\/sup>. Cette question a suscit\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment d\u2019attention depuis l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> et a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 beaucoup de chaleur (mais pas n\u00e9cessairement de lumi\u00e8re). La Cour supr\u00eame pourra ou non se prononcer avec autorit\u00e9 sur cette question dans une d\u00e9cision \u00e0 venir, mais entre-temps, compte tenu de la jurisprudence des cours d\u2019appel et des cours de premi\u00e8re instance qui s\u2019accumule, il me semble que le moment est choisi pour faire le point. Compte tenu de la pr\u00e9valence des droits d\u2019appel limit\u00e9s en droit r\u00e8glementaire canadien, ce sujet est extr\u00eamement important pour les avocats du secteur de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Je n\u2019aborderai pas ici la norme de contr\u00f4le applicable \u00e0 la r\u00e8glementation<sup>[25]<\/sup>, une question qui sera d\u00e9battue \u00e0 la Cour supr\u00eame en avril, mais le professeur Mullan en a discut\u00e9 de fa\u00e7on exhaustive dans un num\u00e9ro r\u00e9cent du trimestriel. Je vais donc attendre patiemment de voir ce que la Cour supr\u00eame en dit. Je suis \u00e9galement l\u2019avocat de l\u2019appelant dans l\u2019une de ces affaires et j\u2019ai peu \u00e0 ajouter, hormis mes observations \u00e9crites, \u00e0 ce que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit \u00e0 ce sujet. Si je suis r\u00e9invit\u00e9 l\u2019ann\u00e9e prochaine, j\u2019esp\u00e8re pouvoir vous faire part de mes r\u00e9flexions sur la d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p><strong>I. S\u00c9LECTION DE LA NORME DE CONTR\u00d4LE DE LA RAISONNABILIT\u00c9 ET APPLICATION DE LA NORME DE LA D\u00c9CISION RAISONNABLE<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s un hiatus de pr\u00e8s de quatre ans, la Cour supr\u00eame du Canada a appliqu\u00e9 cette ann\u00e9e la norme de la d\u00e9cision raisonnable pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> et l\u2019arr\u00eat semblable <em>Postes Canada<\/em>. L\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em> est important en ce qui concerne la m\u00e9thodologie de contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9, \u00e0 savoir (1) le besoin qu\u2019un tribunal administratif prenne en compte les observations des parties; (2) la mesure dans laquelle les motifs implicites peuvent appuyer le caract\u00e8re raisonnable d\u2019une d\u00e9cision et (3)\u00a0lorsqu\u2019une cour de r\u00e9vision peut consulter une loi. Je commencerai toutefois par parler du choix de la norme de contr\u00f4le par les juges majoritaires, qui pourrait porter le coup de gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019analyse du contexte.<\/p>\n<p><strong>S\u00c9LECTION DE LA NORME DE CONTR\u00d4LE\u00a0: LA MORT DU CONTEXTE?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em> est une affaire de droit de l\u2019immigration. Dans la <em>Loi sur l\u2019immigration et la protection des r\u00e9fugi\u00e9s<\/em>, l\u2019article 74(d)<sup>[26]<\/sup> autorise la Cour f\u00e9d\u00e9rale, apr\u00e8s avoir entendu une demande de contr\u00f4le judiciaire portant sur une affaire d\u2019immigration ou de statut de r\u00e9fugi\u00e9, \u00e0 certifier que l\u2019affaire soul\u00e8ve une question grave de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale que la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale doit trancher. Pendant des ann\u00e9es, cette disposition a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e comme exigeant un examen de la d\u00e9cision correcte sur des questions de droit. Comme la Cour supr\u00eame l\u2019a expliqu\u00e9 dans une question rh\u00e9torique dans <em>Pushpanathan c Canada (Ministre de la Citoyennet\u00e9 et de l\u2019Immigration)<\/em>, \u00ab\u00a0Se peut-il que le l\u00e9gislateur ait pr\u00e9vu un appel exceptionnel devant la Cour d\u2019appel sur des questions de \u00ab port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb, mais ait exig\u00e9 qu\u2019en d\u00e9pit de la \u00ab port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale \u00bb de la question, la cour accepte les d\u00e9cisions de la Commission qui sont erron\u00e9es en droit, voire clairement erron\u00e9es en droit, mais non manifestement d\u00e9raisonnables?\u00a0\u00bb <sup>[27]<\/sup>.<\/p>\n<p>En 2015, la Cour supr\u00eame a brusquement chang\u00e9 de cap, appliquant la norme de la d\u00e9cision raisonnable \u00e0 une question d\u2019interpr\u00e9tation dans <em>Kanthasamy c Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em><sup>[28]<\/sup>. Je n\u2019ai pas l\u2019intention de discuter des tenants et aboutissants de ce diff\u00e9rend (qui est bien d\u00e9crit par la juge C\u00f4t\u00e9 dans ses motifs convaincants concordants aux para\u00a0128\u201337), mais je tiens simplement \u00e0 souligner que l\u2019approche de certification des questions est depuis longtemps une source importante de contestation<sup>[29]<\/sup>.<\/p>\n<p>Maintenant, bien s\u00fbr, le point de d\u00e9part est le cadre que procure l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Avec des coll\u00e8gues, j\u2019ai comparu devant la Cour dans l\u2019affaire <em>Mason<\/em> au nom de l\u2019intervenant pour l\u2019Association canadienne des avocats et avocates en droit des r\u00e9fugi\u00e9s. Nous avons fait valoir qu\u2019en vertu de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la norme de la d\u00e9cision correcte devrait s\u2019appliquer. Nous nous sommes fortement appuy\u00e9s sur le retour apparent de l\u2019analyse contextuelle dans l\u2019affaire <em>Entertainment Software\u00a0Association<\/em><sup>[30]<\/sup>, qui rend l\u2019intention l\u00e9gislative et les arguments relatifs \u00e0 la primaut\u00e9 du droit conformes \u00e0 l\u2019approche utilis\u00e9e dans l\u2019affaire <em>Entertainment Software\u00a0Association<\/em>. Je ne r\u00e9p\u00e9terai pas les arguments ici, car ils sont \u00e9labor\u00e9s en d\u00e9tail avec clart\u00e9 par la juge C\u00f4t\u00e9 dans ses motifs concordants aux para\u00a0146\u2013176. Il suffit ici de dire qu\u2019apr\u00e8s avoir gliss\u00e9 nos doigts dans la porte entre-ouverte par l\u2019affaire <em>Entertainment Software\u00a0Association<\/em>, cette porte a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e par le juge Jamal dans <em>Mason<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0reconna\u00eetre en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019existence d\u2019une nouvelle cat\u00e9gorie de questions assujetties \u00e0 la norme de la d\u00e9cision correcte entrerait en conflit avec l\u2019objectif de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> de simplifier et de rendre davantage pr\u00e9visible le cadre d\u2019analyse de la norme de contr\u00f4le en ne pr\u00e9voyant que quelques exceptions limit\u00e9es au principe du contr\u00f4le judiciaire selon la norme de la d\u00e9cision raisonnable\u00a0\u00bb<sup>[31]<\/sup>.<\/p>\n<p>Bien que j\u2019aie pouss\u00e9 un cri de douleur pour mes doigts bless\u00e9s et la fin d\u00e9finitive du contr\u00f4le de la d\u00e9cision correcte sur des questions certifi\u00e9es en vertu de la <em>LIPR<\/em>, je ne suis pas m\u00e9content du r\u00e9sultat global. L\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> a effectivement simplifi\u00e9 et clarifi\u00e9 le droit; le rejet de la prise en compte du contexte dans le choix de la norme de contr\u00f4le a constitu\u00e9 une partie importante de l\u2019exercice de simplification et de clarification. Notre argument en faveur de la d\u00e9cision correcte dans <em>Mason<\/em> \u00e9tait adapt\u00e9 strictement<sup>[32]<\/sup>, mais un rejet ferme de l\u2019analyse contextuelle dissuadera fortement les tribunaux inf\u00e9rieurs d\u2019ouvrir des cat\u00e9gories de la d\u00e9cision correcte. En effet, le juge Jamal n\u2019a pas accord\u00e9 ne serait-ce qu\u2019un pouce de latitude \u00e0 la port\u00e9e des cat\u00e9gories existantes. Les questions certifi\u00e9es ne sont pas, \u00e0 son avis, des questions de droit g\u00e9n\u00e9rales d\u2019une importance capitale pour le syst\u00e8me juridique de par leur nature; en l\u2019esp\u00e8ce, la question soulev\u00e9e au sujet de la question certifi\u00e9e \u00e9tait \u00ab\u00a0sp\u00e9cifiquement l\u2019interpr\u00e9tation des conditions\u00a0\u00bb d\u2019une disposition distincte<sup>[33]<\/sup>, comme ce sera habituellement le cas.<\/p>\n<p>C\u2019est louablement clair. J\u2019accueille de bon aloi la perde de la bataille sur la <em>LIPR<\/em> si elle signifie que la simplicit\u00e9 et la clart\u00e9 pr\u00e9valent dans les guerres qui font rage depuis des d\u00e9cennies en droit administratif canadien.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, nous nous trouvons maintenant dans une situation o\u00f9, dans ses deux premi\u00e8res discussions sur la norme de contr\u00f4le \u00e0 la suite de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la Cour supr\u00eame a adopt\u00e9 des approches divergentes, s\u2019appuyant fortement sur le contexte de l\u2019affaire <em>Entertainment Software\u00a0Association<\/em>, mais d\u00e9tournant le regard de l\u2019arr\u00eat Mason. Apr\u00e8s tout, il est remarquable qu\u2019une loi qui ne disait absolument rien au sujet du contr\u00f4le judiciaire ou des appels ait \u00e9t\u00e9 retenue dans l\u2019affaire <em>Entertainment Software\u00a0Association <\/em>pour exiger un contr\u00f4le selon la norme de la d\u00e9cision correcte, mais qu\u2019une loi comportant des m\u00e9canismes complexes relatifs au contr\u00f4le judiciaire et \u00e0 l\u2019appel ait \u00e9t\u00e9 retenue, dans l\u2019affaire <em>Mason<\/em>, pour d\u00e9montrer l\u2019absence de toute intention l\u00e9gislative pertinente.<\/p>\n<p>J\u2019ai la nette impression que si l\u2019affaire <em>Mason<\/em> avait \u00e9t\u00e9 entendue et tranch\u00e9e avant l\u2019affaire <em>Entertainment Software\u00a0Association<\/em>, les r\u00e9sultats de la norme de contr\u00f4le auraient \u00e9t\u00e9 invers\u00e9s. Pourtant, des divergences inexpliqu\u00e9es d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre \u2014 de ce genre particulier \u2014 ont \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9cueils qui ont men\u00e9 \u00e0 l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Si la Cour supr\u00eame veut atteindre la simplicit\u00e9 et la clart\u00e9 promises par l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, elle doit choisir une approche et s\u2019y tenir. J\u2019esp\u00e8re (pour le bien de la Cour supr\u00eame) que le rejet de l\u2019analyse contextuelle dans <em>Mason<\/em> est d\u00e9finitif.<\/p>\n<p><strong>APPLICATION DE LA NORME DE LA D\u00c9CISION RAISONNABLE\u00a0: M\u00c9THODE DE CONTR\u00d4LE DE LA RAISONNABILIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p><strong>La d\u00e9cision dans l\u2019affaire <em>Mason<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La norme \u00e9tant le caract\u00e8re raisonnable, le juge Jamal s\u2019est ensuite demand\u00e9 si la d\u00e9cision en cause \u00e9tait raisonnable. La question particuli\u00e8re en l\u2019esp\u00e8ce portait sur les dispositions de la <em>LIPR<\/em> relatives \u00e0 l\u2019interdiction de territoire, qui d\u00e9terminent qui peut ou ne peut pas obtenir un statut au Canada. L\u2019al.\u00a034(1)e) rend inadmissible quiconque \u00ab\u00a0[est] l\u2019auteur de tout acte de violence susceptible de mettre en danger la vie ou la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019autrui au Canada\u00a0\u00bb. Concr\u00e8tement, une conclusion d\u2019interdiction de territoire m\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019expulsion du Canada. M a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de tentative de meurtre apr\u00e8s avoir d\u00e9charg\u00e9 une arme \u00e0 feu et bless\u00e9 deux personnes lors d\u2019un concert \u00e0 la L\u00e9gion royale canadienne en Colombie-Britannique. Les accusations ont toutefois \u00e9t\u00e9 suspendues, et le demandeur n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 coupable. Le ministre a soutenu \u2014 et la Section d\u2019appel de l\u2019immigration \u00e9tait d\u2019accord \u2014 que la conduite du demandeur \u00e9tait vis\u00e9e \u00e0 l\u2019al.\u00a034(1)e). M a fait valoir, sur la base du contr\u00f4le judiciaire, qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9raisonnable d\u2019interpr\u00e9ter l\u2019al.\u00a034(1)e) comme englobant les \u00ab\u00a0acte[s] de violence\u00a0\u00bb qui ne se produisent pas dans le contexte du terrorisme, des crimes de guerre ou de la criminalit\u00e9 organis\u00e9e, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit des pr\u00e9occupations qui sous-tendent les dispositions de la LIPR relatives \u00e0 l\u2019interdiction de territoire. M a fait valoir qu\u2019il doit y avoir un lien entre la s\u00e9curit\u00e9 nationale et l\u2019application de l\u2019al.\u00a034(1)e). Avant l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la Cour f\u00e9d\u00e9rale (le juge Grammond) l\u2019a confirm\u00e9; apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale (le juge d\u2019appel Stratas; avec le concours des juges d\u2019appel Rennie et Mactavish) a conclu que la d\u00e9cision du tribunal \u00e9tait raisonnable.<\/p>\n<p>Le juge Jamal a conclu que la d\u00e9cision du tribunal \u00e9tait d\u00e9raisonnable. Le point de d\u00e9part de son analyse a \u00e9t\u00e9 les motifs du tribunal<sup>[34]<\/sup>, interpr\u00e9t\u00e9s comme \u00e9teignant le besoin que ces motifs \u00ab\u00a0refl\u00e9ter ces enjeux\u00a0\u00bb<sup>[35]<\/sup>, soit la possibilit\u00e9 d\u2019une expulsion du Canada. Partant de l\u00e0, il a cern\u00e9 trois lacunes dans la d\u00e9cision qui, cumulativement, ont men\u00e9 \u00e0 la conclusion du caract\u00e8re d\u00e9raisonnable. Bien que le tribunal ait \u00ab\u00a0appliqu\u00e9 plusieurs techniques d\u2019interpr\u00e9tation l\u00e9gislative reconnues\u00a0\u00bb<sup>[36]<\/sup>, sa d\u00e9cision ne pouvait n\u00e9anmoins pas r\u00e9sister au contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le tribunal n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 se rendre \u00e0 l\u2019argument de M voulant que l\u2019al.\u00a034(1)e) exige un lien avec la question de la s\u00e9curit\u00e9 nationale parce que la disponibilit\u00e9 de l\u2019all\u00e9gement discr\u00e9tionnaire (par le ministre responsable) \u00e9tait plus \u00e9troite pour l\u2019al.\u00a034(1)e) que la disponibilit\u00e9 de l\u2019all\u00e9gement pour les infractions de grande criminalit\u00e9 et de criminalit\u00e9 (qui peuvent entra\u00eener l\u2019interdiction de territoire en vertu de l\u2019article\u00a036). La logique de l\u2019argument de M est que le contexte de la loi indique que les crimes li\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant plus graves que les autres crimes, mais selon l\u2019interpr\u00e9tation divergente, les crimes moins graves (en fait, en l\u2019esp\u00e8ce, un crime pour lequel il n\u2019y a m\u00eame pas eu de condamnation) porteraient les cons\u00e9quences les plus graves possibles. Il s\u2019agissait d\u2019un argument cl\u00e9 avanc\u00e9 par M \u2014 et donc \u00ab\u00a0une contrainte juridique importante \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019al. 34(1)e)\u00a0\u00bb \u2014 mais le tribunal n\u2019en a pas tenu compte<sup>[37]<\/sup>.<\/p>\n<p>Le tribunal n\u2019avait pas non plus r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 un argument connexe au sujet de l\u2019incidence d\u2019une conclusion fond\u00e9e sur l\u2019al. 34(1)e) sur l\u2019examen des risques avant renvoi qui doit \u00eatre effectu\u00e9 par le ministre responsable avant la d\u00e9portation de M ou d\u2019une personne se trouvant dans une situation semblable. Encore une fois, l\u2019argument de M \u00e9tait que le r\u00e9gime l\u00e9gislatif n\u2019aurait de sens que si les cons\u00e9quences les plus graves \u00e9taient li\u00e9es au motif d\u2019interdiction de territoire le plus grave, \u00e0 savoir la s\u00e9curit\u00e9 nationale, mais, encore une fois, le tribunal n\u2019a pas tenu compte \u00ab\u00a0de cet argument contextuel important qui\u2026 imposait une contrainte juridique importante\u00a0\u00bb<sup>[38]<\/sup>.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le tribunal n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 comprendre l\u2019argument de M selon lequel le fait de ne pas exiger un lien avec la s\u00e9curit\u00e9 nationale entra\u00eenerait des cons\u00e9quences absurdes que le Parlement n\u2019aurait pas pu pr\u00e9voir. La d\u00e9finition plus large engloberait un large \u00e9ventail d\u2019actes criminels ordinaires, allant des altercations domestiques aux bagarres dans des bars et dans les cours d\u2019\u00e9cole. Ensuite, les personnes soup\u00e7onn\u00e9es d\u2019avoir commis ces actes subiraient la cons\u00e9quence grave d\u2019une interdiction de territoire au Canada (m\u00eame si elles n\u2019avaient pas n\u00e9cessairement \u00e9t\u00e9 reconnues coupables par un tribunal d\u2019avoir commis l\u2019acte en question)<sup>[39]<\/sup>. Cela \u00ab\u00a0ferait fi\u00a0\u00bb \u00e9galement des limites de la <em>LIPR<\/em> relativement aux jeunes contrevenants<sup>[40]<\/sup>. Encore une fois, le tribunal aurait d\u00fb tenir compte de cet aspect, qui n\u2019\u00e9tait pas un \u00ab\u00a0aspect mineur\u00a0\u00bb du contexte interpr\u00e9tatif<sup>[41]<\/sup>.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, le tribunal n\u2019avait pas tenu compte des obligations du Canada en mati\u00e8re de droit international. L\u2019analyse du juge Jamal est longue, mais le point cl\u00e9 est le suivant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">L\u2019interpr\u00e9tation de la SAI permettrait de refouler un \u00e9tranger qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 interdit de territoire en application de l\u2019al. 34(1)e), ce qui est contraire au par. 33(1) de la <em>Convention relative aux r\u00e9fugi\u00e9s<\/em>. En effet, selon l\u2019interpr\u00e9tation de la SAI, un \u00e9tranger pourrait \u00eatre expuls\u00e9 vers un pays o\u00f9 il risque d\u2019\u00eatre pers\u00e9cut\u00e9 une fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 interdit de territoire en application de l\u2019al. 34(1)e), et ce, m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli qu\u2019il repr\u00e9sente un danger pour la s\u00e9curit\u00e9 du Canada ou s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 reconnu coupable d\u2019une infraction grave. Une telle personne pourrait invoquer le b\u00e9n\u00e9fice du par. 33(1) de la <em>Convention relative aux r\u00e9fugi\u00e9s<\/em>, puisque les exceptions pr\u00e9vues au par. 33(2) ne s\u2019appliqueraient pas. Selon la conception que la SAI se fait de l\u2019interdiction de territoire pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019al. 34(1)e), il ne serait pas n\u00e9cessaire d\u2019avoir des \u00ab raisons s\u00e9rieuses \u00bb de consid\u00e9rer l\u2019\u00e9tranger comme un \u00ab danger pour la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb du Canada ou qu\u2019il ait \u00ab \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une condamnation d\u00e9finitive pour un crime ou d\u00e9lit particuli\u00e8rement grave \u00bb<sup>[42]<\/sup>.<\/p>\n<p>Comme la LIPR doit toujours \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e en tenant compte des obligations internationales du Canada, il s\u2019agissait d\u2019une lacune fatale dans les motifs du tribunal. La SAI \u00ab\u00a0a fait fi du principe du nonrefoulement \u2014 la \u00ab\u00a0pierre angulaire du r\u00e9gime international de protection des r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb \u2014 et elle a plut\u00f4t fait abstraction d\u2019une contrainte juridique essentielle impos\u00e9e \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de la <em>LIPR<\/em>, une contrainte dont le l\u00e9gislateur a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle <em>devait<\/em> \u00eatre prise en compte pour interpr\u00e9ter et appliquer la <em>LIPR<\/em>\u00a0\u00bb<sup>[43]<\/sup>. Il s\u2019agissait d\u2019une \u00ab\u00a0omission cruciale\u00a0\u00bb et la d\u00e9cision \u00e9tait donc d\u00e9raisonnable<sup>[44]<\/sup>. Tout cela, m\u00eame si l\u2019argument du droit international n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au tribunal.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019y avait qu\u2019une seule interpr\u00e9tation raisonnable de l\u2019al.\u00a034(1)e), \u00e0 savoir qu\u2019un lien avec la s\u00e9curit\u00e9 nationale est requis. Les deux \u00e9l\u00e9ments contextuels que le tribunal n\u2019a pas pris en compte, et \u00ab\u00a0en particulier\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9l\u00e9ment relatif au droit international, \u00ab\u00a0appuyaient fermement\u00a0\u00bb l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019appelant de l\u2019al.\u00a034(1)e)<sup>[45]<\/sup>. Mais cette conclusion d\u00e9coulait de ce qu\u2019on pourrait appeler une approche interne plut\u00f4t qu\u2019externe, fond\u00e9e sur les motifs plut\u00f4t que sur les dispositions l\u00e9gislatives elles-m\u00eames<sup>[46]<\/sup>.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9cision dans l\u2019affaire <em>CSFTNO<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans les motifs r\u00e9dig\u00e9s par la juge C\u00f4t\u00e9, la d\u00e9cision dans l\u2019affaire <em>Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest c Territoires du Nord-Ouest (\u00c9ducation, Culture et Emploi)<\/em><sup>[47]<\/sup> rappelle la d\u00e9cision dans <em>Mason<\/em> \u00e0 cet \u00e9gard (j\u2019ai comparu pour l\u2019intervenant du Yukon Francophone School Board). Cette affaire comportait plusieurs exercices du pouvoir discr\u00e9tionnaire du ministre de refuser l\u2019admission dans des \u00e9coles de langue fran\u00e7aise. La ministre avait adopt\u00e9 une politique qui \u00e9largissait les cat\u00e9gories de titulaires de droits des minorit\u00e9s pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article\u00a023 de la <em>Charte<\/em> et avait permis \u00e0 un groupe \u00e9largi d\u2019enfants de fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9cole en fran\u00e7ais. Cependant, les enfants en cause dans cette affaire n\u2019\u00e9taient pas couverts par la port\u00e9e de la politique. Ils \u00e9taient soit francophones, soit autrement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9 francophone des Territoires du Nord-Ouest, soit susceptibles de contribuer \u00e0 la vitalit\u00e9 de la communaut\u00e9 en fr\u00e9quentant l\u2019\u00e9cole en fran\u00e7ais. Dans chaque cas, la Commission (la commission scolaire francophone provinciale) a recommand\u00e9 qu\u2019ils soient autoris\u00e9s \u00e0 fr\u00e9quenter une \u00e9cole de langue fran\u00e7aise. Mais ces enfants ne s\u2019inscrivaient pas dans la port\u00e9e de la politique. Essentiellement, pour cette raison, la ministre avait refus\u00e9 de leur permettre de fr\u00e9quenter une \u00e9cole de langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La Cour supr\u00eame a conclu \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 que les d\u00e9cisions de la ministre \u00e9taient d\u00e9raisonnables. Dans les faits, les valeurs sous-jacentes de l\u2019article\u00a023 ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s m\u00eame si le droit lui-m\u00eame ne l\u2019\u00e9tait pas, car il y avait un \u00ab\u00a0lien clair\u00a0\u00bb entre l\u2019article 23 et l\u2019exercice du pouvoir discr\u00e9tionnaire \u00ab\u00a0puisque [les d\u00e9cisions] sont susceptibles d\u2019avoir une incidence sur un milieu \u00e9ducatif en situation minoritaire\u00a0\u00bb<sup>[48]<\/sup>. Les valeurs sous-jacentes \u00e0 l\u2019article\u00a023 supposent le maintien et le d\u00e9veloppement de la vitalit\u00e9 de la langue de la minorit\u00e9 (valeurs auxquelles l\u2019admission des enfants aurait contribu\u00e9)<sup>[49]<\/sup>. Des preuves d\u2019un lien clair entre l\u2019admission de ces \u00e9l\u00e8ves francophones ou francophiles et les valeurs qui sous-tendent l\u2019article\u00a023 ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 la ministre. Cependant, la ministre n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 justifier ses d\u00e9cisions compte tenu de la preuve de ce lien. (Il y a beaucoup plus \u00e0 dire au sujet de la distinction entre les droits garantis par la <em>Charte<\/em> et les valeurs de la <em>Charte<\/em> et certaines des difficult\u00e9s potentielles cr\u00e9\u00e9es par l\u2019analyse \u00e0 l\u2019arr\u00eat <em>CSFTNO<\/em>, mais, heureusement, il est peu probable que les avocats sp\u00e9cialis\u00e9s en droit de l\u2019\u00e9nergie en tiennent rigueur.)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9percussions sur la m\u00e9thode de contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La m\u00e9thodologie de contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 comporte quatre grandes ramifications.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, bien qu\u2019il soit maintenant presque banal de le dire, un d\u00e9cideur administratif doit r\u00e9pondre, dans ses motifs, aux observations des parties. Remarquez que la d\u00e9cision du tribunal dans <em>Mason<\/em> a \u00e9t\u00e9 rendue longtemps avant la d\u00e9cision dans <em>Vavilov<\/em>. Je pense que les tribunaux d\u2019un oc\u00e9an \u00e0 l\u2019autre comprennent maintenant qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019examiner les arguments qui leur sont pr\u00e9sent\u00e9s pour rendre une d\u00e9cision raisonnable. C\u2019est le principe de la justification r\u00e9ceptive qui \u00e9tait au c\u0153ur de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Les seules limites pertinentes sont que l\u2019exigence de r\u00e9pondre \u00e0 une observation ne concerne qu\u2019un argument \u00ab\u00a0cl\u00e9\u00a0\u00bb. Dans ce cas-ci, les arguments \u00e9taient des \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments essentiels\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019appui de la th\u00e8se de M<sup>[50]<\/sup>.<\/p>\n<p>C\u2019est une caract\u00e9ristique remarquable de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Non seulement les motifs du tribunal sont-ils trait\u00e9s comme point de d\u00e9part \u2014 ce qui \u00e9l\u00e8ve le tribunal \u00e0 un statut de partenaire \u00e9gal<sup>[51]<\/sup> (presque) en ce qui concerne l\u2019interpr\u00e9tation du droit \u2014 mais les motifs du tribunal sont fa\u00e7onn\u00e9s par l\u2019interaction entre le tribunal et le citoyen. <em>Vavilov<\/em> exige, pourrait-on dire, un processus l\u00e9gislatif dirig\u00e9 par le citoyen.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, l\u2019arr\u00eat <em>CSFTNO<\/em> d\u00e9montre qu\u2019un d\u00e9cideur doit aussi composer avec des \u00e9l\u00e9ments de preuve pertinents. En l\u2019esp\u00e8ce, la d\u00e9cision de la ministre \u00e9tait d\u00e9raisonnable parce qu\u2019elle n\u2019a pas tenu compte de l\u2019appui de la Commission aux demandes<sup>[52]<\/sup>; elle n\u2019a pas tenu compte des \u00ab\u00a0caract\u00e9ristiques individuelles de chaque demande par rapport aux b\u00e9n\u00e9fices qui pourraient d\u00e9couler de la d\u00e9cision de les accueillir\u00a0\u00bb<sup>[53]<\/sup>; elle a \u00ab\u00a0accord\u00e9 une trop grande importance \u00e0 son obligation de prendre des d\u00e9cisions coh\u00e9rentes\u00a0\u00bb<sup>[54]<\/sup>et \u00ab\u00a0a accord\u00e9 un poids disproportionn\u00e9 au co\u00fbt des services envisag\u00e9s dans l\u2019exercice de son pouvoir discr\u00e9tionnaire\u00a0\u00bb<sup>[55]<\/sup>. Cela signifie qu\u2019elle \u00ab n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle s\u2019est pench\u00e9e de fa\u00e7on significative dans ses d\u00e9cisions sur les valeurs que constituent le maintien et l\u2019\u00e9panouissement de la communaut\u00e9 franco\u2011t\u00e9noise, de mani\u00e8re \u00e0 refl\u00e9ter les r\u00e9percussions importantes que ces d\u00e9cisions pouvaient avoir sur celle-ci \u00bb<sup>[56]<\/sup>. En bref, elle n\u2019a pas fait preuve de r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la preuve dont elle disposait quant \u00e0 la contribution que l\u2019admission de ces enfants apporterait \u00e0 la vitalit\u00e9 de la communaut\u00e9 de langue officielle en situation minoritaire. Lorsqu\u2019il y a des \u00e9l\u00e9ments de preuve dans le dossier qui ont une incidence sur la d\u00e9cision \u00e0 prendre, le d\u00e9cideur ne peut pas les balayer du revers de la main; il doit plut\u00f4t s\u2019y attaquer activement (ou, subsidiairement, expliquer pourquoi il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de s\u2019y attaquer).<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, pour d\u00e9terminer si un d\u00e9cideur a trait\u00e9 des arguments cl\u00e9s, une cour de r\u00e9vision doit faire preuve d\u2019une grande prudence avant de d\u00e9duire qu\u2019un argument a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9. Dans l\u2019affaire <em>Mason<\/em>, la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale a conclu que le tribunal avait implicitement r\u00e9fl\u00e9chi aux arguments pr\u00e9sent\u00e9s. Le juge Jamal n\u2019\u00e9tait pas du tout d\u2019accord<sup>[57]<\/sup>. Comme il s\u2019agissait d\u2019arguments cl\u00e9s \u2014 des \u00ab \u00e9l\u00e9ments essentiels \u00bb, il fallait les aborder de front et en y r\u00e9pondant par des motifs explicites.<\/p>\n<p>Il est difficile d\u2019\u00e9tablir des param\u00e8tres clairs. La question est de savoir dans quelle mesure une cour de r\u00e9vision doit tenir compte du \u00ab\u00a0contexte institutionnel\u00a0\u00bb et la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0de l\u2019historique et du contexte de l\u2019instance \u00bb<sup>[58]<\/sup> pour d\u00e9duire que les arguments ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s. La r\u00e9f\u00e9rence au contexte permet de combler certaines lacunes dans les motifs d\u2019un tribunal, mais pas toutes, de toute \u00e9vidence. Voici ce que j\u2019ai \u00e9crit (en commentant la d\u00e9cision de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale) dans mon livre sur l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">[Traduction]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Pour ma part, les termes \u00ab\u00a0motifs implicites\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0motifs sous-jacents\u00a0\u00bb sont trop fortement associ\u00e9s aux jours les plus sombres de la d\u00e9cennie Dunsmuir, alors je pr\u00e9f\u00e8re dire simplement que les d\u00e9cisions administratives devraient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es \u00e9quitablement, dans leur contexte global. Ce point est bien expliqu\u00e9 aux paragraphes\u00a093\u201394 de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>\u2026 sans mention des mots \u00ab\u00a0implicites\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0sous-jacents\u00a0\u00bb\u2026 Je dirais que la meilleure fa\u00e7on de r\u00e9sumer ce passage, c\u2019est qu\u2019une d\u00e9cision n\u2019est pas d\u00e9raisonnable parce qu\u2019elle ne mentionne pas express\u00e9ment un point en particulier, alors qu\u2019il est \u00e9vident que le d\u00e9cideur n\u2019en a pas tenu compte. Si un examen est n\u00e9cessaire, ce devrait \u00eatre un examen de l\u2019\u00e9vidence (note\u00a049, aux pp 213\u2013214)<sup>[59]<\/sup>.<\/p>\n<p>Autrement dit, le tribunal \u00ab\u00a0doit avoir la certitude\u00a0\u00bb qu\u2019un argument a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9<sup>[60]<\/sup>. Cela rejoint l\u2019analyse de la Cour supr\u00eame dans l\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em>. De toute \u00e9vidence, le juge Jamal n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0convaincu\u00a0\u00bb que le tribunal avait examin\u00e9 les principaux arguments. Cela rejoint \u00e9galement l\u2019analyse de l\u2019arr\u00eat <em>CSFTNO<\/em>, car il \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre \u00e9vident que la ministre avait trait\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments de preuve \u00e9tablissant un lien entre les demandes et les valeurs sous-jacentes \u00e0 l\u2019article\u00a023 de la <em>Charte<\/em>. Pour les d\u00e9cideurs, la le\u00e7on \u00e0 retenir, c\u2019est qu\u2019il faut p\u00e9cher par exc\u00e8s de prudence lorsqu\u2019il s\u2019agit de traiter un argument ou une preuve; la le\u00e7on \u00e0 retenir pour les cours de r\u00e9vision, c\u2019est qu\u2019il faut p\u00e9cher par exc\u00e8s de prudence lorsqu\u2019il s\u2019agit de ne pas d\u00e9duire qu\u2019un argument ou une preuve a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 en l\u2019absence d\u2019un d\u00e9bat explicite.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, le traitement du droit international cr\u00e9e une tension dans les motifs du juge Jamal dans <em>Mason<\/em> et, en fait, rappelle une tension fondamentale dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Le tribunal n\u2019a pas entendu d\u2019arguments sur le droit international. Pourtant, le juge Jamal a conclu que le droit international constituait une contrainte juridique importante pour le tribunal.<\/p>\n<p>D\u2019une part, le juge Jamal a reproch\u00e9 \u00e0 la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale d\u2019avoir introduit une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans l\u2019analyse de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Comme la Cour l\u2019a d\u00e9crit ci-dessous, le juge devrait proc\u00e9der \u00e0 \u00ab\u00a0une analyse pr\u00e9liminaire du texte, du contexte et de l\u2019objet de la loi, simplement pour comprendre l\u2019\u00e9tat de la situation, avant d\u2019examiner les motifs du d\u00e9cideur administratif\u00a0\u00bb<sup>[61]<\/sup>. Le juge Jamal est d\u2019avis que l\u2019\u00ab\u00a0arr\u00eat Vavilov indique clairement que la cour de r\u00e9vision doit commencer son analyse \u00e0 partir des motifs du d\u00e9cideur administratif;\u00a0prendre comme point de d\u00e9part sa propre perception du fond de l\u2019affaire risque d\u2019amener la cour de r\u00e9vision \u00e0 glisser vers un contr\u00f4le selon la norme de la d\u00e9cision correcte\u00a0\u00bb<sup>[62]<\/sup>.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le juge Jamal a cherch\u00e9 des dispositions pertinentes de la <em>LIPR<\/em> qui indiquaient clairement que le l\u00e9gislateur voulait que la <em>LIPR<\/em> soit interpr\u00e9t\u00e9e conform\u00e9ment aux obligations internationales du Canada, comme l\u2019alin\u00e9a\u00a03(2)b) qui stipule que l\u2019un des objets de la <em>LIPR<\/em> est \u00ab\u00a0de remplir les obligations en droit international du Canada relatives aux r\u00e9fugi\u00e9s et aux personnes d\u00e9plac\u00e9es et d\u2019affirmer la volont\u00e9 du Canada de participer aux efforts de la communaut\u00e9 internationale pour venir en aide aux personnes qui doivent se r\u00e9installer\u00a0\u00bb et l\u2019alin\u00e9a\u00a03(3)f) qui exige que l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019application de la LIPR soient conformes \u00ab\u00a0aux instruments internationaux portant sur les droits de l\u2019homme dont le Canada est signataire\u00a0\u00bb. Cela reposait certainement sur une consid\u00e9ration \u2014 loin d\u2019\u00eatre pr\u00e9liminaire \u2014 du texte de la <em>LIPR<\/em>, que le tribunal n\u2019a pas examin\u00e9 et qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 examiner. Le processus l\u00e9gislatif dirig\u00e9 par le citoyen a ses limites!<\/p>\n<p>Plus s\u00e9rieusement, je pense que cette question exige une analyse minutieuse. Pour commencer, dans ses motifs typiquement convaincants pour la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale, le juge d\u2019appel Stratas s\u2019est attard\u00e9 \u00e0 un th\u00e8me que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 avant l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> dans un article portant sur les motifs r\u00e9fl\u00e9chis et sophistiqu\u00e9s du juge Grammond en premi\u00e8re instance dans l\u2019affaire <em>Mason<\/em><sup>[63]<\/sup>. L\u2019approche \u00ab\u00a0interne\u00a0\u00bb que j\u2019ai pr\u00e9conis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour produire un contr\u00f4le judiciaire d\u00e9f\u00e9rent et est conforme \u00e0 l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>; l\u2019approche \u00ab\u00a0externe\u00a0\u00bb que j\u2019ai d\u00e9crite a \u00e9t\u00e9 explicitement rejet\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Par cons\u00e9quent, la m\u00e9thode d\u2019examen pr\u00e9liminaire de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour mener \u00e0 un contr\u00f4le judiciaire moins d\u00e9f\u00e9rent. Bien au contraire.<\/p>\n<p>Cela ne veut pas dire qu\u2019une cour de r\u00e9vision devrait litt\u00e9ralement \u00e9laborer un point de vue pr\u00e9liminaire avant m\u00eame de lire les motifs du tribunal. L\u2019approche \u00ab\u00a0interne\u00a0\u00bb du juge d\u2019appel Stratas vise \u00e0 s\u2019assurer qu\u2019une cour de r\u00e9vision a une compr\u00e9hension de base de la structure l\u00e9gislative. Sans une telle compr\u00e9hension, une cour de r\u00e9vision pourrait fort bien ne pas savoir quels arguments sont importants et quelles dispositions l\u00e9gislatives auraient vraisemblablement figur\u00e9 dans les motifs du tribunal. En fait, en pratique, les observations \u00e9crites des parties pr\u00e9senteront les dispositions pertinentes \u00e0 une cour de r\u00e9vision. Elle doit donc avoir une id\u00e9e de la fa\u00e7on dont la d\u00e9cision est rendue par rapport au r\u00e9gime l\u00e9gislatif. Le fait que le juge Jamal se soit appuy\u00e9 sur les dispositions de droit international de la <em>LIPR<\/em> prouve qu\u2019une cour de r\u00e9vision ne peut pas proc\u00e9der \u00e0 un contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 dans l\u2019abstrait, en s\u2019\u00e9cartant herm\u00e9tiquement du texte l\u00e9gislatif, du contexte et de l\u2019objet.<\/p>\n<p>Cela rappelle une tension \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. De nombreux passages de la discussion sur le contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 t\u00e9moignent d\u2019un engagement \u00e0 faire preuve de d\u00e9f\u00e9rence, mais d\u2019autres laissent entendre que le contr\u00f4le judiciaire est plus intrusif. La discussion des principes d\u2019interpr\u00e9tation des lois est embl\u00e9matique de cette approche de type \u00ab\u00a0d\u2019une part, mais d\u2019autre part\u00a0\u00bb, les d\u00e9cideurs \u00e9tant autoris\u00e9s \u00e0 suivre une approche que les tribunaux ne seraient pas tenus de prendre en compte, mais aussi le texte, l\u2019objet et le contexte. De m\u00eame, bien que la norme de la d\u00e9cision raisonnable soit la norme de contr\u00f4le pr\u00e9somptive et que les questions de \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb ne fassent plus l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le de la d\u00e9cision correcte, il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> que certaines contraintes juridiques impos\u00e9es aux d\u00e9cideurs administratifs sont ex\u00e9cutoires. Un d\u00e9cideur ne peut \u00ab\u00a0\u00e9largir la port\u00e9e de leurs pouvoirs au-del\u00e0 de ce que souhaitait le l\u00e9gislateur\u00a0\u00bb<sup>[64]<\/sup> ou \u00ab\u00a0de s\u2019arroger des pouvoirs que le l\u00e9gislateur n\u2019a jamais voulu lui conf\u00e9rer\u00a0\u00bb<sup>[65]<\/sup>. En particulier, un engagement \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un processus l\u00e9gislatif dirig\u00e9 par le citoyen et d\u2019un processus d\u00e9cisionnel raisonn\u00e9 peut tomber sous le v\u00e9n\u00e9rable principe selon lequel la comp\u00e9tence ne peut \u00eatre accord\u00e9e par consentement des parties<sup>[66]<\/sup>.<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, le juge Jamal est tout \u00e0 fait sensible aux aspects d\u00e9f\u00e9rents de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> au sujet de l\u2019interpr\u00e9tation des lois. Je pense qu\u2019il serait d\u2019accord pour dire que l\u2019approche d\u2019un d\u00e9cideur administratif pourrait \u00ab\u00a0enrichi[r] et rehausse[r] bel et bien l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb<sup>[67]<\/sup>. N\u00e9anmoins, l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> affirme \u00e9galement qu\u2019un d\u00e9cideur administratif \u00ab\u00a0doit\u00a0\u00bb tenir compte du texte l\u00e9gislatif, du contexte et de l\u2019objet. Dans <em>Mason<\/em>, l\u2019une des raisons pour lesquelles l\u2019interpr\u00e9tation du tribunal ne pouvait pas tenir, c\u2019est qu\u2019il n\u2019avait pas tenu compte des \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9gime l\u00e9gislatif que le juge Jamal a jug\u00e9s importants. Cette tension transcende l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. <em>Mason<\/em> ne l\u2019\u00e9limine pas.<\/p>\n<p>Une chose est claire, cependant. En vertu de la <em>LIPR<\/em>, l\u2019examen des obligations internationales sera obligatoire, ou presque obligatoire, dans l\u2019interpr\u00e9tation de la loi \u00e0 l\u2019avenir. L\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> a clairement indiqu\u00e9 que le droit international est parfois une contrainte pertinente. L\u2019arr\u00eat <em>Entertainment Software\u00a0Association <\/em>a indiqu\u00e9 clairement que les obligations internationales sont pertinentes pour le contexte de l\u2019analyse de l\u2019interpr\u00e9tation des lois. <em>Mason<\/em> pr\u00e9cise que le droit international constitue une contrainte pertinente pour les d\u00e9cideurs en vertu de la <em>LIPR<\/em>. Le fait de ne pas tenir compte des obligations pertinentes du droit international dans le contexte de la <em>LIPR<\/em> entra\u00eenera g\u00e9n\u00e9ralement des d\u00e9cisions d\u00e9raisonnables. La meilleure fa\u00e7on de penser au troisi\u00e8me aspect de l\u2019analyse du caract\u00e8re raisonnable dans l\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em> est peut-\u00eatre que le l\u00e9gislateur a pris un engagement textuellement explicite et particuli\u00e8rement puissant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la mise en \u0153uvre des obligations du Canada en mati\u00e8re de droit international dans la <em>LIPR<\/em>, ce qui n\u2019aura probablement pas la m\u00eame force dans un autre contexte (sauf, peut-\u00eatre, la citoyennet\u00e9).<\/p>\n<p>Il est difficile d\u2019imaginer de nombreuses autres situations dans lesquelles les parties et le d\u00e9cideur auront compl\u00e8tement ignor\u00e9 une limite claire de l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un d\u00e9cideur, mais l\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em> sugg\u00e8re que, lorsque tel est le cas, un tribunal doit respecter cette limite. L\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em> sugg\u00e8re \u00e9galement que, lorsque c\u2019est le cas, il existe une voie de d\u00e9rogation \u00e0 la r\u00e8gle ordinaire selon laquelle un argument qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 un d\u00e9cideur ne peut pas \u00eatre soulev\u00e9 dans le cadre d\u2019un contr\u00f4le judiciaire<sup>[68]<\/sup>. Il faut dire quelque chose de semblable \u00e0 propos de l\u2019arr\u00eat <em>CSFTNO<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire que lorsque les \u00e9l\u00e9ments de preuve sont manifestement pertinents pour la t\u00e2che dont est saisi le d\u00e9cideur, ils doivent \u00eatre justifi\u00e9s de fa\u00e7on r\u00e9ceptive, peu importe si une partie les a mentionn\u00e9s ou non. Toutefois, pour revenir \u00e0 un point que j\u2019ai soulev\u00e9 dans l\u2019introduction, il faut se garder de voir dans deux d\u00e9cisions ce qui n\u2019y serait pas. L\u2019une (<em>Mason<\/em>) aurait s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 \u00e9crite diff\u00e9remment par le tribunal si elle avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> et l\u2019autre (<em>CSFNTO<\/em>) a \u00e9t\u00e9 rendue dans le contexte hautement litigieux des droits des minorit\u00e9s linguistiques et a fait intervenir le concept \u00e2prement contest\u00e9 des valeurs de la <em>Charte<\/em>.<\/p>\n<p>Pour conclure, permettez-moi d\u2019\u00e9tablir un lien entre la discussion sur la norme de contr\u00f4le et la fin de la discussion sur le contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9. Il y a d\u00e9j\u00e0 des tensions dans la jurisprudence suivant l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> de la Cour supr\u00eame. Il y a des tensions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, dont certaines sont \u00e9videntes dans <em>Mason<\/em>. Pour s\u2019assurer que les tensions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cadre et de la jurisprudence de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> ne causent pas de difficult\u00e9s graves, la Cour supr\u00eame devra tracer une voie coh\u00e9rente et s\u2019y tenir.<\/p>\n<p><strong>CONTR\u00d4LE DE LA RAISONNABILIT\u00c9 R\u00c9CEPTIF<\/strong><\/p>\n<p>Dans cette section, je tiens \u00e0 souligner deux d\u00e9cisions d\u2019appel qui soulignent le message de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> \u2014 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans les arr\u00eats <em>Mason<\/em> et <em>CSFTNO<\/em> \u2014 au sujet de l\u2019importance d\u2019une prise de d\u00e9cisions r\u00e9ceptive. Un commentateur a fait remarquer que la proportion des d\u00e9cisions confirm\u00e9es en vertu de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> est probablement peu diff\u00e9rente de la proportion confirm\u00e9e en vertu de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs<sup>[69]<\/sup>. N\u00e9anmoins, l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> a sans aucun doute relev\u00e9 la barre pour ce qui est des motifs et, dans certaines r\u00e9gions, ses effets ont \u00e9t\u00e9 ressentis de fa\u00e7on marqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Prenons d\u2019abord une affaire de droit de l\u2019\u00e9nergie, <em>Shell Canada Limited v Alberta (Energy)<\/em><sup>[70]<\/sup>. Il s\u2019agissait du calcul des redevances \u00e0 payer \u00e0 la province pour un projet de sables bitumineux de Shell. Alberta\u00a0Energy a v\u00e9rifi\u00e9 le projet et a refus\u00e9 certains co\u00fbts r\u00e9clam\u00e9s par Shell. Shell a interjet\u00e9 appel en vertu des r\u00e8glements applicables, mais le directeur des Services de r\u00e8glement des diff\u00e9rends a conclu que, dans le sens ordinaire et grammatical des r\u00e8glements, les d\u00e9pens avaient \u00e9t\u00e9 refus\u00e9s \u00e0 juste titre. Shell a ensuite demand\u00e9 la nomination d\u2019un Comit\u00e9 de r\u00e8glement des diff\u00e9rends (CRD). Le ministre a refus\u00e9 de convoquer un CRD, au motif que la position de Shell sur le point sous-jacent de l\u2019interpr\u00e9tation \u00e9tait tout \u00e0 fait sans fondement, pour les motifs suivants\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">[Traduction]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">La position du minist\u00e8re \u00e0 cet \u00e9gard est que l\u2019interpr\u00e9tation demand\u00e9e par Shell relativement aux co\u00fbts \u00ab\u00a0exclusivement r\u00e9serv\u00e9s\u00a0\u00bb est incompatible avec les r\u00e8glements en l\u2019\u00e9tat. Les r\u00e8glements demeurent le cadre juridique dans lequel ces questions doivent \u00eatre examin\u00e9es<sup>[71]<\/sup>.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019ensemble du raisonnement sur le point sous-jacent de l\u2019interpr\u00e9tation. Sans surprise, la Cour d\u2019appel a conclu que c\u2019\u00e9tait d\u00e9raisonnable. Une simple r\u00e9p\u00e9tition de la position du minist\u00e8re qui n\u2019est pas accompagn\u00e9 d\u2019une explication de l\u2019analyse effectu\u00e9e ou du crit\u00e8re appliqu\u00e9, l\u2019omission de divulguer le processus de raisonnement du minist\u00e8re et l\u2019omission de toute discussion portant sur le contexte et l\u2019objet ne respectaient pas la norme de justification \u00e9tablie dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em><sup>[72]<\/sup>. Comme la position de Shell ne pouvait \u00eatre qualifi\u00e9e de manifestement non fond\u00e9e, cela ne suffisait pas comme justification. Fait int\u00e9ressant, comme le ministre avait mis beaucoup de temps \u2014 trois ans! \u2014 pour r\u00e9pondre \u00e0 Shell, le juge de r\u00e9vision avait non seulement ordonn\u00e9 au ministre de convoquer un CRD, mais aussi formul\u00e9 la question adress\u00e9e \u00e0 celui-ci. La Cour d\u2019appel a jug\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait de la mesure corrective appropri\u00e9e dans les circonstances.<\/p>\n<p>Traditionnellement, le pouvoir discr\u00e9tionnaire du ministre a fait l\u2019objet d\u2019un examen d\u00e9f\u00e9rent par les tribunaux, en partie en raison de la possibilit\u00e9 d\u2019une responsabilit\u00e9 politique par l\u2019entremise du l\u00e9gislateur. Mais cette d\u00e9cision est la preuve que les ministres ne peuvent se soustraire \u00e0 l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>; ind\u00e9pendamment de leur responsabilit\u00e9 politique, ils doivent faire preuve de r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 la satisfaction des tribunaux.<\/p>\n<p>Pour changer un peu de sujet, il est \u00e9galement clair que la perception du d\u00e9cideur selon laquelle les enjeux sont faibles ne justifiera pas les lacunes en mati\u00e8re de r\u00e9ceptivit\u00e9. L\u2019analyse pr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019affaire <em>Law Society of Newfoundland and Labrador v Buckingham<\/em><sup>[73]<\/sup> porte sur les d\u00e9cisions de \u00ab\u00a0s\u00e9lection\u00a0\u00bb visant \u00e0 d\u00e9terminer s\u2019il est appropri\u00e9 d\u2019envoyer un professionnel r\u00e8glement\u00e9 \u00e0 une audience disciplinaire officielle. Au moment de prendre de telles d\u00e9cisions, l\u2019organisme disciplinaire pourrait tr\u00e8s bien imposer des sanctions moindres visant \u00e0 punir un comportement qui ne semble pas justifier des cons\u00e9quences plus graves. Le client B est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en d\u00e9tention dans le syst\u00e8me correctionnel provincial. Dans les commentaires des m\u00e9dias, B a laiss\u00e9 entendre que les agents correctionnels \u00e9taient responsables du d\u00e9c\u00e8s. Un syndicat de fonctionnaires s\u2019est plaint au Barreau et, apr\u00e8s quelques \u00e9changes, l\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e au comit\u00e9 d\u2019autorisation des plaintes. Le comit\u00e9 a conclu que B m\u00e9ritait une sanction (bien qu\u2019il n\u2019ait pas renvoy\u00e9 l\u2019affaire pour une audience officielle) et a \u00e9mis une \u00ab\u00a0lettre de l\u2019avocat\u00a0\u00bb. Le comit\u00e9 \u00e9tait d\u2019avis qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas tenu de fournir des motifs et, par cons\u00e9quent, en \u00e9mettant la lettre, il a simplement d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il le faisait en fonction des renseignements au dossier\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">[Traduction]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Le comit\u00e9 fait remarquer qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il [M.\u00a0Buckingham] a fait ces deux d\u00e9clarations publiques, les preuves \u00e0 l\u2019appui n\u2019existaient pas. Le dossier a d\u00e9montr\u00e9 que [M.\u00a0Buckingham] avait fait ces d\u00e9clarations le 8\u00a0novembre\u00a02019 et que la cause du d\u00e9c\u00e8s, un homicide, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e en d\u00e9cembre\u00a02019<sup>[74]<\/sup>.<\/p>\n<p>Le juge d\u2019appel O\u2019Brien a annul\u00e9 la d\u00e9cision en invoquant le caract\u00e8re d\u00e9raisonnable, faisant remarquer que l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> avait affirm\u00e9 [traduction] \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper et de renforcer une culture de la justification au sein du processus d\u00e9cisionnel administratif\u00a0\u00bb<sup>[75]<\/sup>. Il a insist\u00e9 sur le fait que, dans ce cas-ci, le comit\u00e9 prenait une d\u00e9cision finale et que, dans un tel contexte [traduction]\u00a0\u00ab\u00a0il faudra habituellement aller plus loin pour expliquer le r\u00e9sultat aux personnes touch\u00e9es, car elles n\u2019auront plus la possibilit\u00e9 de se faire entendre\u00a0\u00bb<sup>[76]<\/sup>. De fa\u00e7on critique, la r\u00e9ponse de B aux all\u00e9gations faisait partie de la matrice factuelle \u00e0 laquelle le comit\u00e9 \u00e9tait tenu de r\u00e9pondre<sup>[77]<\/sup>. De plus, il y aurait d\u2019importantes cons\u00e9quences pour B \u00e0 l\u2019avenir s\u2019il devait faire face \u00e0 d\u2019autres proc\u00e9dures disciplinaires ou demander une nomination \u00e0 la magistrature. Compte tenu de ces contraintes, la d\u00e9cision \u00e9tait d\u00e9raisonnable par manque de justification<sup>[78]<\/sup>. Par cons\u00e9quent, m\u00eame une simple d\u00e9cision de s\u00e9lection \u2014 qui a abouti \u00e0 un r\u00e9sultat plus favorable pour B qu\u2019un renvoi \u00e0 une audience disciplinaire formelle \u2014 d\u00e9clenche les exigences de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> et oblige les d\u00e9cideurs \u00e0 \u00eatre r\u00e9ceptifs.<\/p>\n<p>L\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> a r\u00e9ussi \u00e0 rafra\u00eechir les parties de l\u2019\u00e9tat du droit administratif que les cadres pr\u00e9c\u00e9dents n\u2019atteignaient pas \u2014 m\u00eame le pouvoir discr\u00e9tionnaire du ministre sur des questions d\u00e9licates de politique ne fait pas exception. Bien entendu, il s\u2019agit d\u2019un projet en cours, alors il faut s\u2019attendre \u00e0 des erreurs et des omissions (et les \u00e9tablissements carc\u00e9raux<sup>[79]<\/sup> semblent \u00eatre une exception notable jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent). N\u00e9anmoins, les grandes lignes sont claires\u00a0: un contexte institutionnel est pertinent pour \u00e9valuer le caract\u00e8re raisonnable d\u2019une d\u00e9cision, mais le contexte ne fournit pas \u00e0 un d\u00e9cideur qui a r\u00e9dig\u00e9 des motifs d\u00e9ficients une carte de \u00ab\u00a0sortie de prison\u00a0sans frais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>II. PORT\u00c9E DES POUVOIRS DE R\u00c8GLEMENTATION<\/strong><\/p>\n<p>En ce qui concerne la port\u00e9e des pouvoirs de r\u00e8glementation, deux affaires \u2014 l\u2019une de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale et l\u2019autre de la Cour d\u2019appel de l\u2019Alberta \u2014 ont r\u00e9affirm\u00e9 les premiers principes et (dans l\u2019affaire de l\u2019Alberta) ont offert quelques r\u00e9flexions sur l\u2019interaction entre le cadre de <em>Vavilov<\/em> et des d\u00e9cisions ant\u00e9rieures. De toute \u00e9vidence, les pouvoirs de r\u00e8glementation de toute description sont assujettis aux exigences de r\u00e9ceptivit\u00e9 d\u00e9crites pr\u00e9c\u00e9demment dans le pr\u00e9sent document. En outre, ceux qui exercent des pouvoirs de r\u00e8glementation doivent tenir compte de la primaut\u00e9 des lois. La d\u00e9cision de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale dont il est question ci-apr\u00e8s souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9terminer les attributions positives de pouvoirs dans les lois, tandis que la d\u00e9cision de l\u2019Alberta met l\u2019accent sur la fa\u00e7on dont les sources l\u00e9gislatives de pouvoir peuvent \u00eatre plus importantes que les d\u00e9cisions ant\u00e9rieures des tribunaux lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9terminer la port\u00e9e des pouvoirs de r\u00e8glementation.<\/p>\n<p><strong>ENCH\u00c2SSER LE POUVOIR DE R\u00c8GLEMENTATION DANS LES TEXTES L\u00c9GISLATIFS<\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9cision de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale (dans laquelle, comme nous le verrons, je n\u2019\u00e9tais pas seulement aux premi\u00e8res loges, mais j\u2019ai fait mon chemin jusqu\u2019au ring) concernait une cause fascinante, complexe et controvers\u00e9e au sujet de la r\u00e8glementation de la radiodiffusion et de la libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0: <em>Soci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em><sup>[80]<\/sup>. Dans une d\u00e9cision majoritaire, le Conseil de la radiodiffusion et des t\u00e9l\u00e9communications canadiennes (CRTC) a conclu que Radio-Canada avait contrevenu aux objectifs de la <em>Loi sur la radiodiffusion <\/em>en permettant la diffusion du mot commen\u00e7ant par le \u00ab\u00a0mot en n\u00a0\u00bb (en fran\u00e7ais) \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition dans le m\u00eame segment sans avertir les t\u00e9l\u00e9spectateurs<sup>[81]<\/sup>.<\/p>\n<p>Le plaignant dans l\u2019affaire \u00e9tait une personne racialis\u00e9e qui \u00e9tait dans le studio au moment du segment. Il a d\u00e9pos\u00e9 une plainte all\u00e9guant que Radio-Canada avait enfreint l\u2019alin\u00e9a\u00a03b) du <em>R\u00e8glement de 1986 sur la radio<\/em>,<sup>[82]<\/sup> et plusieurs objectifs de la <em>Loi sur la radiodiffusion<\/em><sup>[83]<\/sup>. La majorit\u00e9 du CRTC n\u2019a pas conclu que le R\u00e8glement avait \u00e9t\u00e9 enfreint, mais a conclu que la diffusion contrevenait aux objectifs de la <em>Loi<\/em>, car elle \u00ab\u00a0n\u2019a pas respect\u00e9 la norme de programmation de haute qualit\u00e9 et n\u2019a pas contribu\u00e9 au renforcement du tissu culturel et social ainsi qu\u2019au reflet du caract\u00e8re multiculturel et multiracial de la soci\u00e9t\u00e9 canadienne\u00a0\u00bb<sup>[84]<\/sup>.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 du CRTC a situ\u00e9 sa comp\u00e9tence \u00e0 l\u2019al.\u00a05(1) de la <em>Loi<\/em>, qui pr\u00e9voit que le CRTC \u00ab\u00a0r\u00e9glementer et de surveiller tous les aspects du syst\u00e8me canadien de radiodiffusion en vue de mettre en \u0153uvre la politique canadienne de radiodiffusion\u00a0\u00bb \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019al.\u00a03(1)<sup>[85]<\/sup>.<\/p>\n<p>Les membres dissidents du CRTC ont contest\u00e9 l\u2019analyse de leurs coll\u00e8gues, en particulier le fait que les membres majoritaires n\u2019ont pas fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la protection de la libert\u00e9 d\u2019expression pr\u00e9vue par la <em>Charte<\/em> ou \u00e0 la protection pr\u00e9vue par la loi \u00e0 cette fin \u00e0 l\u2019al.\u00a02(3) de la <em>Loi<\/em>.<\/p>\n<p>Radio-Canada a exerc\u00e9 son droit d\u2019appel devant la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale sur une question de droit ou de comp\u00e9tence. Les motifs d\u2019appel de Radio-Canada \u00e9taient les suivants\u00a0: 1) que le CRTC n\u2019a pas comp\u00e9tence pour punir un radiodiffuseur en se reportant uniquement \u00e0 la politique de radiodiffusion \u00e9nonc\u00e9e dans la <em>Loi<\/em>; 2) que le CRTC n\u2019avait pas abord\u00e9 la question de la <em>Charte<\/em>; 3) que le CRTC n\u2019avait pas tenu compte de la plainte en vertu du <em>R\u00e8glement<\/em> et des modalit\u00e9s de la licence de Radio-Canada. La Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale a accord\u00e9 l\u2019autorisation d\u2019interjeter appel.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, le dossier a pris une tournure inhabituelle. Tout d\u2019abord, le procureur g\u00e9n\u00e9ral du Canada, qui est l\u2019intim\u00e9 dans les appels du CRTC, a pr\u00e9sent\u00e9 une requ\u00eate pour qu\u2019il soit fait droit \u00e0 l\u2019appel sur consentement en vertu de la r\u00e8gle\u00a0349 des <em>R\u00e8gles des Cours f\u00e9d\u00e9rales<\/em>, DORS\/98-106. Deuxi\u00e8mement, le CRTC a demand\u00e9 l\u2019autorisation d\u2019intervenir pour d\u00e9fendre sa d\u00e9cision, mais a essuy\u00e9 un refus, au motif que son intervention ne serait pas conforme aux principes de participation au tribunal dans les proc\u00e9dures d\u2019appel ou de r\u00e9vision \u00e9nonc\u00e9s dans <em>Ontario (Commission de l\u2019\u00e9nergie) c Ontario Power Generation Inc<\/em><sup>[86]<\/sup>.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel a ensuite exerc\u00e9 son pouvoir inh\u00e9rent de g\u00e9rer ses proc\u00e9dures pour nommer un amicus curiae. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pour m\u2019assurer que la cour avait une vue d\u2019ensemble des arguments juridiques. On m\u2019a demand\u00e9 de pr\u00e9senter tous les arguments que le CRTC pourrait pr\u00e9senter pour d\u00e9fendre sa d\u00e9cision, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019immunit\u00e9 contre les d\u00e9pens, et 20\u00a0jours apr\u00e8s la conclusion d\u2019une entente sur mes honoraires avec le procureur g\u00e9n\u00e9ral du Canada, pour pr\u00e9senter des observations \u00e9crites (en fran\u00e7ais, la langue du dossier). Une bonne partie de mon mois de f\u00e9vrier a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 la recherche d\u2019arguments en faveur de la d\u00e9cision du CRTC qui, \u00e0 mon avis, m\u00e9ritaient l\u2019attention r\u00e9fl\u00e9chie de la cour.<\/p>\n<p>En fin de compte, la Cour d\u2019appel a conclu que le CRTC avait agi ill\u00e9galement, rendant une d\u00e9cision importante sur la port\u00e9e des pouvoirs de r\u00e8glementation applicables \u00e0 tout contexte, y compris en droit de l\u2019\u00e9nergie. Les arr\u00eats phares sont le <em>Renvoi relatif \u00e0 la Politique r\u00e8glementaire de radiodiffusion CRTC\u00a02010-167 et l\u2019ordonnance de radiodiffusion CRTC\u00a02010-168<\/em><sup>[87]<\/sup>. Ici, une majorit\u00e9 de juges de la Cour supr\u00eame a conclu que, lorsqu\u2019il prend des r\u00e8glements, le CRTC ne peut pas se fier directement aux objets de la Loi, car les \u00e9nonc\u00e9s de politique dans la loi ne conf\u00e8rent pas de comp\u00e9tence<sup>[88]<\/sup>. Par la suite, la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale a fait remarquer que \u00ab\u00a0l\u2019article\u00a03 et l\u2019article\u00a05\u00a0de la <em>Loi<\/em> n\u2019attribuent pas la comp\u00e9tence et ne sont pas suffisants en soi pour justifier la validit\u00e9 de\u2026 dispositions r\u00e8glementaires\u00a0\u00bb<sup>[89]<\/sup>. D\u2019o\u00f9 la conclusion du procureur g\u00e9n\u00e9ral du Canada selon laquelle une d\u00e9cision fond\u00e9e sur les articles\u00a03 et 5 de la <em>Loi<\/em> d\u00e9passait la comp\u00e9tence du CRTC et \u00e9tait donc ind\u00e9fendable.<\/p>\n<p>J\u2019ai fait valoir que la d\u00e9cision rendue dans <em>Cogeco<\/em> (et <em>TVA<\/em>) ne portait que sur la fonction de r\u00e8glementation du CRTC. En l\u2019esp\u00e8ce, le CRTC s\u2019est acquitt\u00e9 de sa fonction de surveillance en utilisant les pouvoirs proc\u00e9duraux \u00e9nonc\u00e9s (en termes tr\u00e8s larges) au paragraphe\u00a018(3) de la <em>Loi<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les <strong><em>plaintes<\/em><\/strong> et les observations pr\u00e9sent\u00e9es au Conseil, de m\u00eame que toute autre question relevant de sa comp\u00e9tence au titre de la pr\u00e9sente loi, font l\u2019objet de telles audiences, d\u2019un rapport et d\u2019<strong><em>une d\u00e9cision<\/em><\/strong> \u2014 notamment une approbation \u2014 si le Conseil l\u2019estime dans l\u2019int\u00e9r\u00eat public\u00a0\u00bb. J\u2019ai fait valoir que les termes larges du paragraphe\u00a018(3) devraient \u00eatre mis en contraste avec le libell\u00e9 plus restrictif \u2014 mais plus percutant \u2014 des cons\u00e9quences possibles de l\u2019article\u00a012. De plus, dans <em>Capital Cities Comm. c C.R.T.C.<\/em><sup>[90]<\/sup>, une d\u00e9cision qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cit\u00e9e, encore moins infirm\u00e9e par la majorit\u00e9 dans <em>Cogeco<\/em>, la Cour supr\u00eame a conclu que l\u2019article\u00a05 de la <em>Loi<\/em> conf\u00e9rait effectivement comp\u00e9tence au CRTC.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel n\u2019\u00e9tait pas convaincue\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Capital Cities <\/em>appuie plut\u00f4t la position du Procureur g\u00e9n\u00e9ral selon laquelle le paragraphe\u00a05(1) n\u2019est pas plus attributif de comp\u00e9tence que le paragraphe\u00a03(1), chacun ayant comme objet de guider l\u2019exercice du pouvoir discr\u00e9tionnaire conf\u00e9r\u00e9 au CRTC, l\u2019un sous la forme d\u2019une politique et l\u2019autre sous la forme d\u2019une mission.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">En effet, le paragraphe\u00a05(1), de par son libell\u00e9, conf\u00e8re au CRTC la mission d\u2019\u00e9laborer un cadre r\u00e8glementaire et de surveiller ce qui est dit en ondes afin de mettre en \u0153uvre la politique canadienne de radiodiffusion. Il s\u2019ensuit que la pr\u00e9tention de l\u2019amicus voulant que le CRTC puisse avoir recours \u00e0 cette politique comme si elle constituait en soi une r\u00e8gle de conduite faisant partie du cadre r\u00e8glementaire r\u00e9gissant ce qui peut \u00eatre dit sur les ondes doit \u00e9chouer.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Contrairement \u00e0 la politique canadienne de radiodiffusion qui a pour vocation de guider l\u2019exercice du pouvoir discr\u00e9tionnaire conf\u00e9r\u00e9 au CRTC, les r\u00e8gles de conduite sont \u00e9rig\u00e9es dans le but d\u2019\u00e9tablir des balises en ce qui a trait \u00e0 ce qui peut et ne peut \u00eatre dit sur les ondes. Il s\u2019ensuit qu\u2019imposer des sanctions en fonction de cette seule politique comme si elle s\u2019\u00e9rigeait elle-m\u00eame en r\u00e8gle de conduite va \u00e0 l\u2019encontre du r\u00f4le que le l\u00e9gislateur lui a attribu\u00e9<sup>[91]<\/sup>.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9cision tr\u00e8s importante sur la port\u00e9e des pouvoirs de r\u00e8glementation. Pour commencer, cette affaire sert \u00e0 rappeler qu\u2019une disposition sur les \u00ab\u00a0objectifs\u00a0\u00bb d\u2019une loi, qui est habituellement r\u00e9dig\u00e9e en termes larges, ne conf\u00e8re pas \u00e0 un organisme de r\u00e8glementation le pouvoir d\u2019exercer un pouvoir sur les entit\u00e9s r\u00e8glement\u00e9es. La proposition centrale, fond\u00e9e sur une interpr\u00e9tation large de la d\u00e9cision majoritaire de <em>Cogeco<\/em>, est qu\u2019un d\u00e9cideur ne peut pas utiliser des pouvoirs g\u00e9n\u00e9raux pour imposer des sanctions lorsqu\u2019il dispose de pouvoirs plus pr\u00e9cis, m\u00eame si ces pouvoirs g\u00e9n\u00e9raux sont \u00e9tablis en termes g\u00e9n\u00e9raux. Il s\u2019agit d\u2019un changement important en ce qui concerne le CRTC, puisqu\u2019il sanctionne le discours en direct en fonction des objets de la <em>Loi<\/em> depuis de nombreuses ann\u00e9es<sup>[92]<\/sup>. Cela peut entra\u00eener des cons\u00e9quences pour l\u2019organisme de r\u00e8glementation et dans d\u2019autres domaines. De toute \u00e9vidence, pour exercer sa comp\u00e9tence sur un sujet donn\u00e9, le d\u00e9cideur doit \u00eatre en mesure de signaler une d\u00e9l\u00e9gation de pouvoir pr\u00e9vue par la loi \u2014 et une telle d\u00e9l\u00e9gation de pouvoir aura probablement pr\u00e9s\u00e9ance sur une d\u00e9l\u00e9gation de pouvoir g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel a \u00e9galement conclu que le CRTC avait commis une erreur en omettant d\u2019analyser les r\u00e9percussions sur la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>L\u2019affaire a ensuite \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e au CRTC pour d\u00e9cision pour des motifs autres que les objets de la <em>Loi<\/em><sup>[93]<\/sup>.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, la nomination d\u2019un <em>amicus curiae <\/em>par la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale est une \u00e9volution int\u00e9ressante. Le droit traitant de la qualit\u00e9 pour agir d\u2019un tribunal est tel qu\u2019il se peut fort bien qu\u2019un tribunal ne puisse pas participer \u00e0 la d\u00e9fense de sa d\u00e9cision dans le cadre d\u2019un appel ou d\u2019une proc\u00e9dure de r\u00e9vision judiciaire, ou m\u00eame que le tribunal ne puisse pas participer pleinement par crainte de para\u00eetre partial \u00e0 l\u2019avenir. Il y a beaucoup de raisons de f\u00e9liciter la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale d\u2019avoir utilis\u00e9 sa comp\u00e9tence inh\u00e9rente pour nommer une personne comp\u00e9tente pour pr\u00e9senter des points de vue qu\u2019un tribunal pourrait ne pas \u00eatre en mesure de pr\u00e9senter. L\u2019objectif ultime, bien s\u00fbr, est de s\u2019assurer que le tribunal a une vue aussi compl\u00e8te que possible des aspects juridiques et factuels de l\u2019affaire afin de rendre une d\u00e9cision \u00e9clair\u00e9e. Les circonstances de l\u2019appel \u00e9taient inhabituelles, puisque le procureur g\u00e9n\u00e9ral du Canada avait express\u00e9ment refus\u00e9 de d\u00e9fendre la d\u00e9cision. Cependant, les tribunaux devraient \u00e9galement envisager le recours \u00e0 l\u2019<em>amicus curiae <\/em>dans d\u2019autres instances\u00a0: quand la d\u00e9fense d\u2019un tribunal de sa d\u00e9cision est susceptible de soulever des pr\u00e9occupations quant \u00e0 son impartialit\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir, un <em>amicus curiae <\/em>pourrait utilement pr\u00e9senter des observations et faire en sorte que le tribunal puisse prendre une d\u00e9cision \u00e9clair\u00e9e. En fin de compte, cela ne peut que contribuer au maintien de la primaut\u00e9 du droit dans les secteurs r\u00e8glement\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p><strong>POUVOIR DE R\u00c8GLEMENTATION, LOIS ET PR\u00c9C\u00c9DENTS JUDICIAIRES<\/strong><\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire <em>ATCO<\/em> originale en 2006 (connue sous le nom de <em>Stores Block<\/em>)<sup>[94]<\/sup>, la Cour supr\u00eame du Canada s\u2019est pench\u00e9e sur la question de la port\u00e9e du pouvoir conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 un organisme de r\u00e8glementation par sa loi habilitante, en faisant une distinction entre les pouvoirs expr\u00e8s et implicites. Comme je l\u2019ai \u00e9crit, cette distinction n\u2019a pas beaucoup de sens et il serait pr\u00e9f\u00e9rable de se concentrer simplement sur l\u2019intention l\u00e9gislative, en tenant compte du texte l\u00e9gislatif, de l\u2019objet et du contexte<sup>[95]<\/sup>. R\u00e9cemment, la Cour d\u2019appel de l\u2019Alberta a examin\u00e9 l\u2019incidence de l\u2019affaire <em>ATCO<\/em> originale (<em>Stores Block<\/em>) et a fait la lumi\u00e8re sur l\u2019approche appropri\u00e9e pour d\u00e9terminer la port\u00e9e du pouvoir de r\u00e8glementation\u00a0: <em>ATCO Electric Ltd v Alberta Utilities Commission<\/em><sup>[96]<\/sup>.<\/p>\n<p>La question en l\u2019esp\u00e8ce concernait la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019une d\u00e9cision de la Commission refusant \u00e0 ATCO la capacit\u00e9 de recouvrer les co\u00fbts engag\u00e9s \u00e0 la suite de l\u2019incendie de Fort McMurray\u00a0: de l\u2019avis de la Commission, elle n\u2019avait pas le pouvoir d\u2019autoriser ATCO \u00e0 inclure ces co\u00fbts dans les tarifs factur\u00e9s aux consommateurs d\u2019\u00e9lectricit\u00e9; il s\u2019agissait de retraits \u00ab\u00a0extraordinaires\u00a0\u00bb d\u2019actifs pour lesquels les consommateurs ne devraient pas payer la note.<\/p>\n<p>La Commission en est arriv\u00e9e \u00e0 cette conclusion parce qu\u2019elle s\u2019est fond\u00e9e sur l\u2019affaire <em>Stores Block <\/em>et la jurisprudence subs\u00e9quente pour limiter sa souplesse dans le traitement des biens d\u00e9truits<sup>[97]<\/sup>. \u00c0 la suite de <em>Stores Block<\/em>, la Commission a \u00e9tendu la logique de cette d\u00e9cision \u00e0 tous les retraits extraordinaires d\u2019actifs<sup>[98]<\/sup>. Dans une affaire ant\u00e9rieure, la Cour d\u2019appel a jug\u00e9 que cette d\u00e9cision, qui \u00e9tait une d\u00e9cision de politique g\u00e9n\u00e9rale qui ne tenait pas compte d\u2019un mode disposition pr\u00e9cis des biens ou d\u2019une demande de tarif, \u00e9tait raisonnable\u00a0: <em>FortisAlberta Inc v Alberta (Utilities Commission)<\/em><sup>[99]<\/sup>.<\/p>\n<p>Mais comme la Cour d\u2019appel l\u2019a soulign\u00e9, <em>Stores Block <\/em>concernait la vente d\u2019un actif et le pouvoir d\u2019un organisme de r\u00e8glementation d\u2019assortir la vente de conditions<sup>[100]<\/sup>. Il s\u2019agit d\u2019un pouvoir beaucoup plus restreint que le pouvoir d\u2019\u00e9tablissement des tarifs en cause ici. En effet, le pouvoir d\u2019\u00e9tablissement de tarifs fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des concepts comme la \u00ab\u00a0d\u00e9pr\u00e9ciation\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0prudence\u00a0\u00bb sans les d\u00e9finir, laissant \u00e0 l\u2019organisme de r\u00e8glementation le soin de les d\u00e9finir au cas par cas<sup>[101]<\/sup>. \u00c0 cet \u00e9gard, la Commission disposait d\u2019un \u00ab vaste pouvoir discr\u00e9tionnaire \u00bb<sup>[102] <\/sup>et rien dans la d\u00e9cision de 2006 de la Cour supr\u00eame n\u2019a dict\u00e9 l\u2019issue d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019\u00e9tablissement des tarifs<sup>[103]<\/sup>.<\/p>\n<p>En effet, la d\u00e9cision dans l\u2019affaire <em>Stores Block <\/em>n\u2019\u00e9tait tout simplement pas analogue \u00e0 la question dont \u00e9tait saisie la Commission, car elle portait sur la distribution des b\u00e9n\u00e9fices (entre actionnaires et clients) provenant de la cession d\u2019un bien, alors qu\u2019ici, la propri\u00e9t\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite et qu\u2019il n\u2019y avait pas de b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 distribuer<sup>[104]<\/sup>. Par cons\u00e9quent, l\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e \u00e0 la Commission pour un nouvel examen<sup>[105]<\/sup>.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un bel exemple de l\u2019importance de tenir compte du texte l\u00e9gislatif, de l\u2019objet et du contexte dans la d\u00e9termination de la port\u00e9e du pouvoir de r\u00e8glementation. La Commission avait \u00e9tabli une analogie avec une affaire ant\u00e9rieure plut\u00f4t que de s\u2019en remettre \u00e0 au pouvoir que lui conf\u00e8re sa loi habilitante. Il s\u2019agissait d\u2019une erreur qui a amen\u00e9 la Commission \u00e0 ne pas tenir compte de l\u2019\u00e9tendue de ses pouvoirs. En effet, lorsque la Cour supr\u00eame du Canada a examin\u00e9 la port\u00e9e du pouvoir d\u2019\u00e9tablir des tarifs justes et raisonnables, elle a adopt\u00e9 une vision beaucoup plus large du pouvoir de r\u00e8glementation que dans la d\u00e9cision initiale rendue dans l\u2019affaire <em>ATCO<\/em><sup>[106]<\/sup>. L\u2019\u00e9l\u00e9ment important \u00e0 souligner ici est que le libell\u00e9 l\u00e9gislatif g\u00e9n\u00e9ral conf\u00e8re un vaste pouvoir de r\u00e8glementation, tandis que le libell\u00e9 l\u00e9gislatif plus restreint conf\u00e8re un pouvoir relativement plus restreint. Dans tous les cas, les organismes de r\u00e8glementation devraient examiner d\u2019abord et avant tout les lois, la jurisprudence n\u2019\u00e9tant pertinente que dans la mesure o\u00f9 elle porte sur la m\u00eame loi qui constitue le fondement d\u2019une d\u00e9cision propos\u00e9e.<\/p>\n<p>Il peut donc sembler \u00e9trange que la Cour d\u2019appel se penche \u00e9galement sur des questions relatives \u00e0 la jurisprudence, mais elle a n\u00e9anmoins trait\u00e9 d\u2019un point important au sujet du maintien de la force de ses d\u00e9cisions ant\u00e9rieures. Dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la Cour supr\u00eame a apport\u00e9 des changements radicaux au cadre du droit administratif canadien. Par exemple, dans le cas d\u2019un appel pr\u00e9vu par la loi, la norme de la d\u00e9cision correcte s\u2019applique dor\u00e9navant aux questions de droit. Auparavant, la norme de la d\u00e9cision raisonnable s\u2019appliquait souvent, m\u00eame dans le cas d\u2019un appel pr\u00e9vu par la loi sur une question de droit. Une abondante jurisprudence d\u2019appel (surtout dans le domaine de la r\u00e8glementation \u00e9conomique) \u00e9tait fond\u00e9e sur l\u2019examen du caract\u00e8re raisonnable des d\u00e9cisions administratives. Toutefois, \u00e9tant donn\u00e9 que le contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 est devenu synonyme de multiples interpr\u00e9tations possibles, quelle est la force de pr\u00e9c\u00e9dent aujourd\u2019hui d\u2019une d\u00e9cision ant\u00e9rieure de la Cour d\u2019appel selon laquelle l\u2019interpr\u00e9tation du droit par un organisme de r\u00e8glementation est raisonnable, \u00e9tant donn\u00e9 que la norme de contr\u00f4le applicable maintenant est celle de la d\u00e9cision correcte?<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel a sugg\u00e9r\u00e9 que de telles d\u00e9cisions devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant ex\u00e9cutoires par pr\u00e9somption\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">[Traduction]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">l\u2019arr\u00eat <strong><em>Vavilov<\/em><\/strong> ne devrait pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un d\u00e9placement automatique de toute la jurisprudence \u00e9tablie en vertu du r\u00e9gime de la norme de contr\u00f4le avant l\u2019arr\u00eat <strong><em>Vavilov<\/em><\/strong>. D\u2019une part, m\u00eame si une d\u00e9cision a fait l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le du \u00ab\u00a0caract\u00e8re raisonnable\u00a0\u00bb et a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e raisonnable, cela ne signifie pas que la cour de r\u00e9vision n\u2019\u00e9tait pas \u00e9galement d\u2019accord pour dire que la d\u00e9cision \u00e9tait \u00ab\u00a0correcte\u00a0\u00bb\u2026 De plus, des d\u00e9cisions comme <strong><em>FortisAlberta<\/em><\/strong> \u00e9taient elles-m\u00eames fond\u00e9es sur des d\u00e9cisions ex\u00e9cutoires comme <strong><em>Stores Block<\/em><\/strong>. Si la d\u00e9cision du tribunal dans l\u2019affaire <strong><em>FortisAlberta<\/em><\/strong> n\u2019avait pas respect\u00e9 le pr\u00e9c\u00e9dent contraignant, elle n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 raisonnable. L\u2019importance de la stabilit\u00e9 du droit signifie qu\u2019apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat <strong><em>Vavilov<\/em><\/strong>, les pr\u00e9c\u00e9dents contraignants de la Cour devraient \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant toujours ex\u00e9cutoires, nonobstant le changement apport\u00e9 \u00e0 l\u2019analyse de la norme de contr\u00f4le [\u2026]<sup>[107]<\/sup><\/p>\n<p>Comme Nigel Bankes l\u2019a fait remarquer<sup>[108]<\/sup>, l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> ne traite pas clairement de cette question. Les passages cit\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> traitent du <em>stare decisis<\/em> en g\u00e9n\u00e9ral et de la pertinence des pr\u00e9c\u00e9dents de la Cour supr\u00eame pour le choix de la norme de contr\u00f4le et l\u2019application de la norme de la d\u00e9cision raisonnable.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel a-t-elle raison? Il me semble qu\u2019il y a ici deux pr\u00e9occupations distinctes qui doivent \u00eatre soigneusement d\u00e9m\u00eal\u00e9es.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, dans certains cas, un tribunal appliquant la norme de la d\u00e9cision raisonnable aura indiqu\u00e9 qu\u2019une d\u00e9cision \u00e9tait non seulement raisonnable, mais aussi correcte, ou encore qu\u2019une d\u00e9cision \u00e9tait d\u00e9raisonnable parce qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule issue acceptable et possible. \u00c0 mon avis, la Cour d\u2019appel a raison de dire que ces d\u00e9cisions devraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme contraignantes, m\u00eame si elles ont \u00e9t\u00e9 rendues selon la norme de la d\u00e9cision raisonnable.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, cependant, \u00e0 d\u2019autres occasions, une cour aura confirm\u00e9 qu\u2019une d\u00e9cision \u00e9tait raisonnable sans indiquer quelle aurait \u00e9t\u00e9 la bonne d\u00e9cision. La conclusion de la cour aurait pu \u00eatre fond\u00e9e, en tout ou en partie, sur une d\u00e9cision ant\u00e9rieure qui, \u00e0 son tour, aurait pu \u00eatre raisonnable (mais pas n\u00e9cessairement correcte). Je pense que la pr\u00e9occupation sous-jacente ici, c\u2019est qu\u2019il pourrait y avoir une cha\u00eene de d\u00e9cisions raisonnables qui, parce qu\u2019elles sont trop \u00e9loign\u00e9es du texte l\u00e9gislatif, de l\u2019objet ou du contexte, pourraient \u00eatre incompatibles avec l\u2019interpr\u00e9tation correcte de la loi par une cour. \u00c0 juste titre, la Cour d\u2019appel craint que l\u2019application lib\u00e9rale de la norme de la d\u00e9cision correcte ne remette en question le pouvoir de nombreuses d\u00e9cisions r\u00e8glementaires ant\u00e9rieures. Il convient de signaler que l\u2019analyse <em>stare decisis <\/em>dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> portait sur la question plus abstraite du choix et de l\u2019application de la norme de contr\u00f4le, tandis que la Cour d\u2019appel est pr\u00e9occup\u00e9e par le probl\u00e8me concret de savoir si les d\u00e9cisions de fond ant\u00e9rieures sur les pouvoirs de r\u00e8glementation continuent de s\u2019appliquer. Il y a l\u00e0 un risque important de bouleversement. D\u2019o\u00f9 l\u2019insistance sur la pr\u00e9somption d\u2019un caract\u00e8re contraignant continu.<\/p>\n<p>Le professeur Bankes soutient de fa\u00e7on convaincante que les juges ont \u00ab\u00a0tort\u00a0\u00bb d\u2019insister sur la pr\u00e9somption d\u2019un caract\u00e8re contraignant continu, mais je suis plus optimiste. Une fois que les pr\u00e9occupations de la Cour d\u2019appel ont \u00e9t\u00e9 dissip\u00e9es, il est plus facile de comprendre pourquoi les juges ont jug\u00e9 que la pr\u00e9somption \u00e9tait appropri\u00e9e. Maintenant, il se peut que l\u2019id\u00e9e d\u2019une pr\u00e9somption ne soit pas utile, car, comme le souligne le professeur Bankes, elle soul\u00e8ve des questions imm\u00e9diates quant \u00e0 savoir si et dans quelles circonstances la pr\u00e9somption pourrait \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e. Pour ma part, sans aborder la question de la pr\u00e9somption, je reformulerais l\u2019avis de la Cour d\u2019appel comme suit\u00a0: lorsque la norme de la d\u00e9cision correcte s\u2019applique, les cours ont le dernier mot sur ce que signifie une disposition l\u00e9gislative, mais ce pouvoir est assorti de l\u2019obligation de tenir compte des attentes \u00e9tablies et des pratiques d\u00e9coulant de la jurisprudence qui maintiennent le caract\u00e8re raisonnable des d\u00e9cisions ant\u00e9rieures. Peu importe qu\u2019on affirme qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une pr\u00e9somption, la Cour d\u2019appel a tout \u00e0 fait raison, \u00e0 mon avis, d\u2019insister pour que le changement \u00e0 la norme de la d\u00e9cision correcte ne soit pas consid\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9placement automatique de la jurisprudence ant\u00e9rieure appliquant le contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9. La stabilit\u00e9 dans des domaines importants de la r\u00e8glementation \u00e9conomique incite \u00e0 la prudence.<\/p>\n<p><strong>JUSTICE OUVERTE<\/strong><\/p>\n<p>Les organismes de r\u00e8glementation \u00e9conomique traitent de questions complexes, souvent fond\u00e9es sur de grandes quantit\u00e9s de preuves, dont certaines demeurent confidentielles pour des raisons commerciales valables. Dans quelle mesure sont-ils oblig\u00e9s de tenir leurs d\u00e9lib\u00e9rations en public et de permettre un libre acc\u00e8s \u00e0 leurs dossiers? La question pertinente ici est la port\u00e9e du principe de l\u2019\u00ab\u00a0audience publique\u00a0\u00bb, qui pr\u00e9voit de \u00ab\u00a0garantir l\u2019acc\u00e8s aux tribunaux n\u00e9cessaire pour qu\u2019elle [la presse] puisse recueillir cette information\u00a0\u00bb<sup>[109]<\/sup>. On a dit que l\u2019oxyg\u00e8ne de la publicit\u00e9 \u00e9tait fondamental \u00e0 la \u00ab\u00a0l\u00e9gitimit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat administratif<sup>[110]<\/sup>. Dans une d\u00e9cision importante et int\u00e9ressante, la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale s\u2019est pench\u00e9e r\u00e9cemment sur la port\u00e9e du principe de l\u2019\u00ab\u00a0audience publique\u00a0\u00bb dans la mesure o\u00f9 il s\u2019applique aux tribunaux administratifs. Son analyse pourrait avoir de vastes ramifications pour tous les tribunaux, y compris les organismes de r\u00e8glementation \u00e9conomique dans les secteurs de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire <em>Canadian Broadcasting Corporation v Canada (Parole Board)<\/em><sup>[111]<\/sup>, la SRC a demand\u00e9 un contr\u00f4le judiciaire du refus de la Commission de divulguer des copies des enregistrements audio des audiences de lib\u00e9ration conditionnelle de trois d\u00e9linquants, dont Paul\u00a0Bernardo. En fin de compte, la d\u00e9cision de la Commission a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e parce que ses motifs [traduction] \u00ab\u00a0\u00e9taient incoh\u00e9rents, s\u2019appuyant sur des risques qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 concr\u00e9tis\u00e9s et qui avaient une incidence sur des occasions qui \u00e9taient peu susceptibles de se pr\u00e9senter dans un avenir pr\u00e9visible\u00a0\u00bb<sup>[112]<\/sup>. Il s\u2019agissait de la norme de contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019approche du juge d\u2019appel Pelletier \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019argument plus ambitieux de la SRC, \u00e0 savoir qu\u2019elle avait un droit constitutionnel sur les enregistrements parce que la Commission est assujettie au principe de l\u2019\u00ab\u00a0audience publique\u00a0\u00bb sous-jacent au paragraphe\u00a02b) de la <em>Charte<\/em>. Fait int\u00e9ressant, la SRC a fait valoir cet argument m\u00eame si la loi constitutive de la Commission contient une disposition obligeant la Commission \u00e0 permettre \u00e0 quiconque pr\u00e9sente une demande d\u2019assister \u00e0 une audience \u00e0 titre d\u2019observateur, sauf dans des circonstances d\u00e9finies<sup>[113]<\/sup>. L\u2019argument de la SRC est important parce que, si elle avait eu gain de cause, elle aurait aussi eu acc\u00e8s aux enregistrements audio. Et la logique de l\u2019argument irait beaucoup plus loin, c\u2019est-\u00e0-dire que toute information dans le dossier public d\u2019un tribunal administratif (d\u00e9p\u00f4t, preuve, etc.) devrait \u00eatre mise \u00e0 la disposition du public, sous r\u00e9serve seulement de la possibilit\u00e9 qu\u2019une ordonnance de confidentialit\u00e9 soit rendue \u00e0 l\u2019\u00e9gard de renseignements de nature d\u00e9licate, conform\u00e9ment au crit\u00e8re \u00e9nonc\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Sierra Club du Canada c Canada (Ministre des Finances)<\/em> et dans des affaires subs\u00e9quentes<sup>[114]<\/sup>.<\/p>\n<p>R\u00e9digeant des motifs \u00e0 la fois r\u00e9fl\u00e9chis et suscitant la r\u00e9flexion, le juge d\u2019appel Pelletier a conclu que le principe de l\u2019audience publique ne s\u2019applique pas \u00e0 la Commission.<\/p>\n<p>Auparavant, le crit\u00e8re pour l\u2019application du principe de l\u2019audience publique \u00e0 une entit\u00e9 extrajudiciaire consistait \u00e0 d\u00e9terminer si celle-ci exer\u00e7ait une fonction quasi judiciaire<sup>[115]<\/sup>. Cependant, le juge d\u2019appel Pelletier a conclu que le concept d\u2019une fonction \u00ab quasi judiciaire \u00bb a \u00ab d\u00e9pass\u00e9 son utilit\u00e9 \u00bb dans ce contexte, parce qu\u2019il met l\u2019accent sur les \u00ab processus et les caract\u00e9ristiques officielles d\u2019une cour plut\u00f4t que sur sa fonction \u00bb, alors que \u00ab l\u2019int\u00e9r\u00eat public dans les proc\u00e9dures judiciaires ne d\u00e9coule pas des caract\u00e9ristiques proc\u00e9durales d\u2019une cour, mais du fait qu\u2019elle tranche des questions de droits et de devoirs entre les citoyens et l\u2019\u00c9tat \u00bb<sup>[116]<\/sup> [traduction]. Il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9claration lucide et percutante sur la raison d\u2019\u00eatre du principe de l\u2019audience publique et elle \u00e9tablit un lien appropri\u00e9 entre le caract\u00e8re ouvert et le fond de la question \u00e0 trancher plut\u00f4t que sur le concept formel d\u2019une fonction quasi judiciaire.<\/p>\n<p>Par quoi le concept de fonction quasi judiciaire devrait-il \u00eatre remplac\u00e9? La Soci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada a fait valoir que le principe de l\u2019audience publique, \u00e9tay\u00e9 par le paragraphe\u00a02b), d\u00e9coule du droit du public d\u2019exprimer des id\u00e9es sur les institutions publiques et d\u2019obtenir des renseignements sur leur fonctionnement<sup>[117]<\/sup>. Pour le juge d\u2019appel Pelletier, cette interpr\u00e9tation ratisse trop large\u00a0: [traduction] \u00ab\u00a0Bien que le public ait int\u00e9r\u00eat \u00e0 conna\u00eetre le fonctionnement de tous les organismes publics, le principe de l\u2019audience publique s\u2019est jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent limit\u00e9 aux organismes publics dont la ressemblance avec les cours favorise le m\u00eame degr\u00e9 de surveillance publique que le principe de l\u2019audience publique\u00a0\u00bb<sup>[118]<\/sup>.<\/p>\n<p>Le juge d\u2019appel Pelletier a plut\u00f4t conclu que la pierre de touche devrait \u00eatre la question de savoir si le tribunal est de nature accusatoire, c\u2019est-\u00e0-dire que [traduction] \u00ab le fait qu\u2019un tribunal pr\u00e9side une proc\u00e9dure accusatoire en tant qu\u2019organisme juridictionnel est un indicateur fiable que ce tribunal est assujetti au principe de l\u2019audience publique \u00bb<sup>[119]<\/sup>. Le juge d\u2019appel Pelletier n\u2019a pas donn\u00e9 de d\u00e9tails, mais on peut pr\u00e9sumer que l\u2019id\u00e9e en l\u2019esp\u00e8ce est que lorsqu\u2019un tribunal tranche une question entre un citoyen et l\u2019\u00c9tat, ou entre un citoyen et un citoyen, il joue un r\u00f4le assimilable \u00e0 celui d\u2019une cour et est assujetti \u00e0 toute la visibilit\u00e9 que procure la publicit\u00e9. La difficult\u00e9 \u00e9vidente ici est que le fait de s\u2019appuyer sur la notion de \u00ab\u00a0ressemblance avec une cour\u00a0\u00bb, ce qui ressemble \u00e9trangement au concept d\u2019une fonction quasi judiciaire sous une \u00e9tiquette diff\u00e9rente, met l\u2019accent sur la forme plut\u00f4t que sur le fond. Un autre probl\u00e8me est que l\u2019argument de fond en faveur du principe de l\u2019audience publique est tr\u00e8s faible en ce qui concerne certaines proc\u00e9dures accusatoires, o\u00f9 les d\u00e9tails de l\u2019affaire pr\u00e9sentent peu d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le public. Les diff\u00e9rends entre les propri\u00e9taires et les locataires en seraient un bon exemple; ils sont indubitablement conflictuels, mais g\u00e9n\u00e9ralement sans importance pour le grand public et, par cons\u00e9quent, de pi\u00e8tres candidats pour la forme la plus forte du principe de l\u2019audience publique.<\/p>\n<p>Il se peut que l\u2019analyse en l\u2019esp\u00e8ce ait \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par la nature du d\u00e9cideur en cause. Ici, on ne peut qualifier la nature du r\u00f4le de la Commission d\u2019accusatoire. Elle s\u2019acquitte de ses fonctions de fa\u00e7on inquisitoire, en effectuant une \u00e9valuation des risques fond\u00e9e sur les renseignements re\u00e7us du Service correctionnel du Canada et les observations du d\u00e9linquant et des victimes. Il n\u2019y a pas de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la table devant le d\u00e9linquant<sup>[120]<\/sup>. De plus, l\u2019avocat du d\u00e9linquant (le cas \u00e9ch\u00e9ant) ne jouera qu\u2019un r\u00f4le limit\u00e9 \u00e0 l\u2019audience. Sur le plan de la forme, la Commission ne s\u2019assimile tout simplement pas \u00e0 une cour. De plus, toutefois, sur le fond, la Commission n\u2019est pas le candidat le plus \u00e9vident pour l\u2019application du principe de l\u2019audience publique, \u00e9tant donn\u00e9 la nature d\u00e9licate de sa t\u00e2che et le risque que son travail soit fauss\u00e9 par une couverture m\u00e9diatique sensationnaliste (par des m\u00e9dias autres que la SRC, bien s\u00fbr, qui, \u00e0 tout le moins, peuvent difficilement \u00eatre accus\u00e9s de sensationnalisme). Peut-\u00eatre alors que c\u2019est la queue qui a command\u00e9 la t\u00eate, en ce sens qu\u2019un r\u00e9sultat raisonnable \u2014 le principe de l\u2019audience publique ne s\u2019applique pas \u00e0 la Commission \u2014 a influenc\u00e9 le choix du crit\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour bien mettre les choses au clair, il me semble que le principe de l\u2019audience publique serait beaucoup plus solide en ce qui concerne un tribunal de r\u00e8glementation charg\u00e9 de fixer les conditions de permis ou les tarifs pour un secteur important de l\u2019\u00e9conomie. De telles d\u00e9cisions vont droit au c\u0153ur de la capacit\u00e9 de la collectivit\u00e9 de comprendre les enjeux \u00e9conomiques d\u2019une importance vitale et de s\u2019exprimer sur l\u2019orientation de la politique. De toute \u00e9vidence, un tel tribunal ne serait pas consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0accusatoire\u00a0\u00bb et il invoquerait \u00e9galement les valeurs qui le sous-tendent le paragraphe\u00a02b) de la <em>Charte<\/em><sup>[121]<\/sup>. \u00c0 mon avis, un crit\u00e8re ax\u00e9 sur ces valeurs \u2014 le tribunal aborde-t-il une question importante pour la collectivit\u00e9 qui m\u00e9rite un d\u00e9bat public? \u2014 aurait pr\u00e9s\u00e9ance sur les concepts de fonctions quasi judiciaires et accusatoires. Il engloberait les tribunaux de r\u00e8glementation du pays dans les domaines de l\u2019\u00e9nergie et d\u2019autres domaines, ce que le crit\u00e8re de la \u00ab\u00a0fonction accusatoire\u00a0\u00bb ne fait pas. Les tribunaux de r\u00e8glementation (selon mon exp\u00e9rience) sont fermement engag\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la transparence, de sorte que l\u2019effet pratique du choix du crit\u00e8re n\u2019a pas beaucoup d\u2019importance. En ce qui concerne le principe, cependant, un crit\u00e8re de justice ouverte qui exclut les organismes qui forment une partie importante du tissu \u00e9conomique et politique de la vie canadienne me semble insuffisant.<\/p>\n<p><strong>\u00c9QUIT\u00c9 PROC\u00c9DURALE<\/strong><\/p>\n<p>Une d\u00e9cision d\u2019appel d\u00e9finitive \u2014 une d\u00e9faite rare pour un organisme de r\u00e8glementation sur une question d\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale \u2014 m\u00e9rite d\u2019\u00eatre mentionn\u00e9e sous la rubrique g\u00e9n\u00e9rale de la port\u00e9e des pouvoirs de r\u00e8glementation\u00a0: <em>Alta Link Management Ltd v Alberta Utilities Commission<\/em><sup>[122]<\/sup>. Il s\u2019agissait d\u2019une s\u00e9rie de d\u00e9cisions prises par la Commission concernant le recouvrement, au moyen des tarifs, des d\u00e9penses engag\u00e9es dans le r\u00e9seau de transport et de distribution d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 de l\u2019Alberta.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, la principale question portait sur le recouvrement des co\u00fbts \u00e0 l\u2019interface entre le transport et la distribution, c\u2019est-\u00e0-dire les sous-stations et autres installations qui transforment l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 haute tension en \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 basse tension afin de faciliter la livraison aux consommateurs. En Alberta, les propri\u00e9taires d\u2019installations de transport et de distribution interagissent avec l\u2019Alberta Electric System Operator, une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tablie en vertu de l\u2019<em>Electric Utilities Act<\/em><sup>[123]<\/sup> pour diriger l\u2019exploitation s\u00fbre, fiable et \u00e9conomique du r\u00e9seau \u00e9lectrique interconnect\u00e9, planifier la capacit\u00e9 du syst\u00e8me de transport, organiser l\u2019expansion et l\u2019am\u00e9lioration du r\u00e9seau et fournir un service d\u2019acc\u00e8s au syst\u00e8me de transport.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 cette affaire a donn\u00e9 lieu \u00e0 un diff\u00e9rend entre les exploitants d\u2019installations de transport et de distribution au sujet de la politique de l\u2019Alberta Electric System Operator. La politique concern\u00e9e, en vigueur depuis environ 20\u00a0ans, permettait aux exploitants d\u2019installations de distribution d\u2019investir dans des installations de transport et d\u2019en tirer un rendement. Le r\u00e9sultat des proc\u00e9dures longues et complexes qui ont abouti \u00e0 la s\u00e9rie de d\u00e9cisions \u00e9tait que ni les exploitants d\u2019installations de transmission ni les exploitants d\u2019installations de distribution ne seraient autoris\u00e9s \u00e0 obtenir un rendement sur les contributions achemin\u00e9es par l\u2019entremise de l\u2019Alberta Electric System Operator. Une pratique \u00e9tablie depuis vingt ans a donc \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9e. L\u2019argument qui a \u00e9t\u00e9 retenu en appel \u00e9tait que la Commission avait manqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale parce que les parties n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es suffisamment longtemps \u00e0 l\u2019avance qu\u2019elle envisageait un changement de politique fondamental.<\/p>\n<p>Habituellement, les organismes de r\u00e8glementation \u00e9conomique b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des questions de proc\u00e9dure<sup>[124]<\/sup>. Dans ce cas-ci, cependant, toute d\u00e9f\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 temp\u00e9r\u00e9e par la reconnaissance des cons\u00e9quences importantes pour les exploitants du march\u00e9, \u00e0 savoir que la nature \u00ab\u00a0\u00e0 forte intensit\u00e9 de capital\u00a0\u00bb de leurs investissements \u00e9tait reconnue comme importante, tout comme leur capacit\u00e9 \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 des capitaux sur les march\u00e9s des actions et des capitaux d\u2019emprunt<sup>[125]<\/sup>, et qu\u2019ils avaient besoin d\u2019une protection proc\u00e9durale \u00e9lev\u00e9e. La question en l\u2019esp\u00e8ce portait sur le caract\u00e8re ad\u00e9quat de l\u2019avis fourni au sujet du changement de politique\u00a0: [traduction] \u00ab\u00a0la Commission \u00e9tait tenue de fournir un avis clair et transparent indiquant que l\u2019une des questions \u00e0 examiner consistait \u00e0 d\u00e9terminer si l\u2019on devait interdire aux distributeurs et transporteurs d\u2019obtenir un rendement sur leurs investissements pour couvrir ces co\u00fbts\u00a0\u00bb<sup>[126]<\/sup>. La Cour d\u2019appel n\u2019\u00e9tait pas convaincue que l\u2019avis \u00e9tait ad\u00e9quat.<\/p>\n<p>L\u2019argument de la Commission \u00e9tait que l\u2019avis indiquait [traduction] \u00ab\u00a0qu\u2019elle tiendrait compte du fondement juridique de l\u2019actuelle\u2026 politique relative \u00e0 la contribution des clients, en ce qui concerne la transmission et la distribution, pour d\u00e9terminer le besoin d\u2019une nouvelle politique et la date \u00e0 laquelle toute nouvelle politique entrerait en vigueur, en pr\u00e9cisant clairement que l\u2019int\u00e9r\u00eat <em>\u00e0 la fois <\/em>des exploitants d\u2019installations de transport et des exploitants de distribution d\u2019obtenir un rendement sur les contributions des clients avait \u00e9t\u00e9 pris en compte dans l\u2019instance\u00a0\u00bb<sup>[127]<\/sup>. La Cour d\u2019appel est rest\u00e9e impassible. Les int\u00e9r\u00eats des deux intervenants \u00e9taient peut-\u00eatre en cause, mais la possibilit\u00e9 d\u2019un changement de politique radical n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 contempl\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">[Traduction]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Le fait que le document d\u2019avis de la Commission n\u2019a pas clairement inform\u00e9 les appelants de la question de savoir s\u2019ils [les exploitants d\u2019installations de transport et de distribution] devraient se voir emp\u00eacher d\u2019obtenir un rendement est illustr\u00e9 par l\u2019absence d\u2019observations et d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve sur cette question. La capacit\u00e9 des exploitants d\u2019installations de transport et de distribution d\u2019obtenir un rendement sur les contributions des clients \u00e9tait manifestement d\u2019une grande importance pour les appelants. En fait, ces proc\u00e9dures ont vu le jour parce qu\u2019AltaLink et Fortis ont cherch\u00e9 \u00e0 inclure ces co\u00fbts dans <em>leur<\/em> base tarifaire et \u00e0 obtenir le rendement correspondant<sup>[128]<\/sup>.<\/p>\n<p>Cette omission a eu une incidence importante sur les proc\u00e9dures. La pr\u00e9occupation de la Commission portait sur la distorsion des prix, mais, comme l\u2019a soulign\u00e9 la Cour d\u2019appel, si cette pr\u00e9occupation avait \u00e9t\u00e9 bien communiqu\u00e9e aux parties, elles auraient pu pr\u00e9senter une preuve d\u2019expert sur l\u2019effet de la politique de l\u2019exploitant sur les signaux de prix<sup>[129]<\/sup>.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, la question a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e \u00e0 la Commission (avec de nombreux commentaires <em>incidents<\/em> sur le cadre juridique, en particulier les notions de propri\u00e9t\u00e9 et de rendement \u00e9quitable). Cette d\u00e9cision est certainement un rappel utile du fait que les cours ont le dernier mot sur les questions d\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale, m\u00eame si les organismes de r\u00e8glementation \u00e9conomique ont g\u00e9n\u00e9ralement ant\u00e9c\u00e9dents de succ\u00e8s au contr\u00f4le judiciaire. Il est quand m\u00eame un peu surprenant que la Commission ait manqu\u00e9 \u00e0 son devoir d\u2019\u00e9quit\u00e9 sur une question aussi technique. De toute \u00e9vidence, la Cour d\u2019appel \u00e9tait d\u2019avis qu\u2019elle \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 une disparit\u00e9 flagrante entre ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 en fin de compte et la teneur de la d\u00e9cision aux yeux des parties. L\u2019\u00e9cart important entre les observations des parties et le r\u00e9sultat obtenu a certes pr\u00e9occup\u00e9 la Cour d\u2019appel. La pr\u00e9occupation compensatoire dans les affaires d\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale est que les cours pourraient engorger le travail de l\u2019administration publique en imposant de trop nombreuses exigences par voie de proc\u00e9dures \u2014 cette pr\u00e9occupation n\u2019avait toutefois pas beaucoup de poids en l\u2019esp\u00e8ce, car les proc\u00e9dures de la Commission se sont \u00e9chelonn\u00e9es sur plusieurs ann\u00e9es. Compte tenu de la longueur et de la nature it\u00e9rative des proc\u00e9dures, la Cour d\u2019appel a certainement \u00e9t\u00e9 surprise qu\u2019un tel foss\u00e9 se soit creus\u00e9 entre ce que les parties et la Commission pensaient de la question. En fin de compte, les faits inhabituels de cette affaire signifient qu\u2019il est peu probable qu\u2019il y ait un changement radical dans la relation entre les cours et les organismes de r\u00e8glementation sur les questions d\u2019\u00e9quit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>R\u00c8GLEMENTATION EXTRATERRITORIALE<\/strong><\/p>\n<p>Un probl\u00e8me assez fr\u00e9quent dans le droit canadien est l\u2019application des lois r\u00e8glementaires aux particuliers qui r\u00e9sident dans une autre province ou aux entreprises \u00e9tablies dans une autre province. Pensez \u00e0 un ing\u00e9nieur de la Colombie-Britannique qui fournit des conseils (mal avis\u00e9s) sur un projet de construction de services publics au Qu\u00e9bec, un Albertain fournissant de l\u2019information privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 un Manitobain au sujet de titres du secteur \u00e9nerg\u00e9tique n\u00e9goci\u00e9s en Ontario ou un portail en ligne situ\u00e9 en Nouvelle-\u00c9cosse qui re\u00e7oit des commandes pour la livraison de prises \u00e9lectriques d\u00e9fectueuses en Saskatchewan par un fabricant du Nouveau-Brunswick.<\/p>\n<p>Fait surprenant, la Cour supr\u00eame du Canada n\u2019avait pas, jusqu\u2019\u00e0 hier, \u00e9tabli avec autorit\u00e9 le crit\u00e8re \u00e0 appliquer pour d\u00e9terminer les circonstances dans lesquelles un organisme de r\u00e8glementation provincial aura le pouvoir de sanctionner un aspect extraprovincial. Les cours d\u2019appel s\u2019\u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement appuy\u00e9es sur l\u2019arr\u00eat <em>Unifund Assurance Co. c Insurance Corp. of British Columbia<\/em><sup>[130]<\/sup>, une d\u00e9cision relative \u00e0 la port\u00e9e du r\u00e9gime provincial d\u2019assurance. Dans l\u2019arr\u00eat <em>Sharp c Autorit\u00e9 des march\u00e9s financiers<\/em><sup>[131]<\/sup>, la Cour supr\u00eame a confirm\u00e9 que les crit\u00e8res de l\u2019arr\u00eat <em>Unifund<\/em> devaient \u00eatre appliqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans cette affaire, des proc\u00e9dures r\u00e8glementaires visant des r\u00e9sidents de la Colombie-Britannique ont \u00e9t\u00e9 intent\u00e9es au Qu\u00e9bec. Ils \u00e9taient accus\u00e9s d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 un stratag\u00e8me de type \u00ab\u00a0pump and dump\u00a0\u00bb et d\u2019avoir manipul\u00e9 les prix des actions dans <em>La belle province <\/em>et caus\u00e9 un pr\u00e9judice financier \u00e0 des investisseurs qu\u00e9b\u00e9cois. Les juges majoritaires de la Cour supr\u00eame (le juge en chef Wagner et le juge Jamal) ont appliqu\u00e9 l\u2019arr\u00eat <em>Unifund<\/em> et ont conclu que les proc\u00e9dures relevaient de la comp\u00e9tence de l\u2019organisme de r\u00e8glementation du Qu\u00e9bec (Autorit\u00e9 des march\u00e9s financiers \u2013 AMF) pour intenter des poursuites devant le tribunal des valeurs mobili\u00e8res de la province (Tribunal administratif des march\u00e9s financiers \u2013 TAMF). Une grande partie de leur analyse porte sur l\u2019(in)applicabilit\u00e9 du Code civil provincial aux tribunaux administratifs. Cependant, ayant conclu que les dispositions pertinentes du code n\u2019accordaient pas \u00e0 l\u2019organisme de r\u00e8glementation le pouvoir n\u00e9cessaire, les juges majoritaires ont conclu que les lois provinciales sur les valeurs mobili\u00e8res conf\u00e9raient un pouvoir suffisant, pourvu qu\u2019il y ait un lien suffisant entre les personnes vis\u00e9es par l\u2019instance.<\/p>\n<p>Le pouvoir de statuer sur les infractions r\u00e8glementaires d\u00e9coule des lois provinciales\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">la comp\u00e9tence juridictionnelle du TAMF en l\u2019esp\u00e8ce d\u00e9coule de la comp\u00e9tence l\u00e9gislative normative de la province. Aux termes de l\u2019art. 93 de la <em>Loi sur l\u2019Autorit\u00e9 des march\u00e9s financiers<\/em>, le TAMF exerce la comp\u00e9tence pr\u00e9vue par la <em>Loi sur les valeurs mobili\u00e8res<\/em>. \u00c9tant donn\u00e9 que, d\u2019une part, la l\u00e9gislature qu\u00e9b\u00e9coise a d\u00e9cid\u00e9 que le TAMF statue sur les all\u00e9gations de violations de la <em>Loi sur les valeurs mobili\u00e8res <\/em>et que, d\u2019autre part, la conduite que l\u2019on reproche aux appelants a un lien r\u00e9el et substantiel avec le Qu\u00e9bec, le TAMF a n\u00e9cessairement comp\u00e9tence sur les appelants en ce qui concerne les contraventions qu\u2019ils auraient commises. Les dispositions l\u00e9gislatives particuli\u00e8res, d\u00fbment interpr\u00e9t\u00e9es, pr\u00e9voient donc la comp\u00e9tence juridictionnelle du TAMF<sup>[132]<\/sup>.<\/p>\n<p>En termes simples, si une personne pose un geste qui contrevient \u00e0 une loi de r\u00e8glementation provinciale, il pourrait \u00eatre assujetti \u00e0 l\u2019application de la loi par l\u2019organisme de r\u00e8glementation provincial.<\/p>\n<p>La question suivante est de savoir s\u2019il y a un lien suffisant entre la province et la cible des mesures d\u2019application de la loi.\u00a0Un lien suffisant d\u00e9pend de l\u2019application des facteurs \u00e9nonc\u00e9s par le juge Binnie au para\u00a056 de l\u2019arr\u00eat <em>Unifund<\/em>\u00a0:<\/p>\n<ol style=\"padding-left: 40px;\">\n<li>La limitation territoriale de la port\u00e9e du pouvoir de l\u00e9gif\u00e9rer des provinces emp\u00eache les lois d\u2019une province de s\u2019appliquer aux affaires qui ne pr\u00e9sentent pas de lien suffisant avec cette derni\u00e8re.<\/li>\n<li>Le caract\u00e8re \u00ab\u00a0suffisant\u00a0\u00bb du lien d\u00e9pend du rapport qui existe entre le ressort ayant l\u00e9gif\u00e9r\u00e9, l\u2019objet du texte de loi et l\u2019individu ou l\u2019entit\u00e9 qu\u2019on cherche \u00e0 assujettir \u00e0 celui-ci.<\/li>\n<li>L\u2019applicabilit\u00e9 d\u2019une loi provinciale par ailleurs valide \u00e0 un d\u00e9fendeur de l\u2019ext\u00e9rieur de la province concern\u00e9e est fonction des exigences d\u2019ordre et d\u2019\u00e9quit\u00e9 qui sous-tendent nos structures f\u00e9d\u00e9rales.<\/li>\n<li>Comme ils visent une finalit\u00e9, les principes d\u2019ordre et d\u2019\u00e9quit\u00e9 sont appliqu\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re souple, en fonction de l\u2019objet de la loi<sup>[133]<\/sup>.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le juge en chef Wagner et le juge Jamal confirment que les facteurs d\u2019<em>Unifund <\/em>doivent \u00eatre appliqu\u00e9s pour d\u00e9terminer \u00e0 quel moment les lois r\u00e8glementaires provinciales peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es avec un effet extraprovincial<sup>[134]<\/sup>. Il ne s\u2019agit pas d\u2019en d\u00e9cider de la validit\u00e9 de la l\u00e9gislation provinciale (relevant habituellement de la comp\u00e9tence provinciale de l\u00e9gif\u00e9rer en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 et de droits civils dans la province), mais plut\u00f4t de son applicabilit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de sa port\u00e9e et non de sa l\u00e9galit\u00e9.\u00a0Ces facteurs d\u00e9terminent donc si des mesures d\u2019application de la loi peuvent \u00eatre prises dans la province contre des acteurs de l\u2019ext\u00e9rieur de la province (ou lorsqu\u2019il y a un autre aspect extraprovincial).<\/p>\n<p>Les facteurs utilis\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat <em>Unifund<\/em> sont consid\u00e9r\u00e9s comme un principe d\u2019interpr\u00e9tation des lois<sup>[135]<\/sup>, essentiellement comme un moyen de d\u00e9terminer qu\u2019un type particulier de transaction ou d\u2019action qui serait r\u00e8glement\u00e9 dans la province par un r\u00e9sident provincial ne rel\u00e8ve pas de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019organisme de r\u00e8glementation provincial. En l\u2019esp\u00e8ce, comme l\u2019explique l\u2019analyse des juges majoritaires, les facteurs n\u2019ont pas pes\u00e9 contre la r\u00e8glementation provinciale.<\/p>\n<p>L\u2019analyse de <em>Sharp<\/em> elle-m\u00eame est tr\u00e8s utile. Le Qu\u00e9bec a servi de \u00ab\u00a0fa\u00e7ade\u00a0\u00bb pour le syst\u00e8me de type \u00ab\u00a0pump and dump\u00a0\u00bb<sup>[136]<\/sup>. Il \u00e9tait donc juste d\u2019appliquer le r\u00e9gime qu\u00e9b\u00e9cois aux activit\u00e9s des contrevenants\u00a0: \u00ab\u00a0Comme les appelants ont fait du Qu\u00e9bec la fa\u00e7ade de leur op\u00e9ration de manipulation de titres, leur accession au march\u00e9 qu\u00e9b\u00e9cois n\u2019\u00e9tait pas accidentelle ou sans importance, mais faisait plut\u00f4t partie int\u00e9grante du stratag\u00e8me\u00a0\u00bb <sup>[137]<\/sup>. Cette conclusion n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 min\u00e9e par la possibilit\u00e9 de poursuites dans d\u2019autres provinces, car les chevauchements de comp\u00e9tence en mati\u00e8re de r\u00e8glementation des valeurs mobili\u00e8res sont une caract\u00e9ristique n\u00e9cessaire du droit canadien<sup>[138]<\/sup>.(En pratique, ces chevauchements sont trait\u00e9s par la l\u00e9gislation provinciale<sup>[139]<\/sup> ou la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de droit souple<sup>[140]<\/sup>.)<\/p>\n<p>\u00c0 noter \u00e9galement l\u2019approbation explicite par la Cour de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche souple et t\u00e9l\u00e9ologique pour d\u00e9terminer la port\u00e9e territoriale de la l\u00e9gislation r\u00e8glementaire\u00a0: \u00ab\u00a0Comme la manipulation de titres et la fraude contemporaines en valeurs mobili\u00e8res sont souvent transnationales et d\u00e9passent les fronti\u00e8res provinciales et nationales, les cours de justice et les tribunaux administratifs doivent adopter une approche souple et t\u00e9l\u00e9ologique lorsqu\u2019ils appliquent les principes d\u2019ordre et d\u2019\u00e9quit\u00e9 dans le contexte des valeurs mobili\u00e8res. \u00c0 notre avis, il est conforme aux principes d\u2019ordre et d\u2019\u00e9quit\u00e9 que le TAMF ait comp\u00e9tence sur les appelants\u00a0\u00bb<sup>[141]<\/sup>. Il s\u2019agit d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019approche relativement non interventionniste de la Cour supr\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la conformit\u00e9 \u00e0 la <em>Charte<\/em> des lois r\u00e8glementaires con\u00e7ues pour prot\u00e9ger le public (m\u00eame si, bien s\u00fbr, la caract\u00e9risation de cette l\u00e9gislation est controvers\u00e9e, car elle a souvent des effets anticoncurrentiels qui favorisent les exploitants actuels du march\u00e9).<\/p>\n<p>La norme de contr\u00f4le a aussi \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e, bien s\u00fbr. Les parties n\u2019ont pas contest\u00e9 le fait que l\u2019applicabilit\u00e9 de la l\u00e9gislation r\u00e8glementaire \u00e0 des acteurs de l\u2019ext\u00e9rieur de la province devait \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e selon la norme de la d\u00e9cision correcte. M\u00eame si l\u2019analyse tient compte du contexte et des faits, la Cour supr\u00eame a confirm\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une question constitutionnelle qui exige un examen de la d\u00e9cision correcte pour garantir des r\u00e9ponses uniformes<sup>[142]<\/sup>.<\/p>\n<p>De plus, la question de la pertinence du Code civil par rapport \u00e0 la comp\u00e9tence en mati\u00e8re de r\u00e8glementation a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant d\u2019une importance capitale pour le syst\u00e8me juridique et n\u00e9cessitant \u00e9galement un examen de la d\u00e9cision correcte. Il est juste de dire que celui-ci \u00e9tait aussi une question de droit, comme on peut l\u2019imaginer.<\/p>\n<p>En effet, les questions en l\u2019esp\u00e8ce transcendaient la sph\u00e8re des valeurs mobili\u00e8res et \u00e9taient pertinentes pour tout r\u00e9gime de r\u00e8glementation provincial. Par cons\u00e9quent, la coh\u00e9rence judiciaire impos\u00e9e \u00e9tait requise pour garantir l\u2019uniformit\u00e9. Ce sont des exemples de paradigmes des cat\u00e9gories \u00e9troites de la d\u00e9cision correcte \u00e9tablies dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, en ce qu\u2019elles se rapportent \u00e0 des situations o\u00f9 une d\u00e9rogation \u00e0 la norme par un seul organisme de r\u00e8glementation minerait la coh\u00e9rence du syst\u00e8me juridique.<\/p>\n<p>Somme toute, je pense que c\u2019est une d\u00e9cision instructive. Les crit\u00e8res de l\u2019arr\u00eat <em>Unifund<\/em> sont utiles pour r\u00e9pondre aux questions difficiles concernant des acteurs de l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019une province, comme les tribunaux inf\u00e9rieurs l\u2019ont constat\u00e9 dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, et ils fournissent un cadre permettant aux organismes de r\u00e8glementation de coop\u00e9rer en mati\u00e8re d\u2019application de la loi.<\/p>\n<p><strong>III. DROITS D\u2019APPEL LIMIT\u00c9S<\/strong><\/p>\n<p>Dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la Cour supr\u00eame du Canada a mentionn\u00e9 \u00e0 deux reprises l\u2019effet d\u2019un droit d\u2019appel circonscrit. Au paragraphe 45, les juges majoritaires consid\u00e8rent qu\u2019il est \u00e9vident qu\u2019un droit d\u2019appel circonscrit \u00e0 des questions de droit ou de comp\u00e9tence n\u2019emp\u00eache pas le contr\u00f4le judiciaire. Il s\u2019agit du point de vue exprim\u00e9 par quatre juges dissidents dans l\u2019affaire <em>Edmonton East<\/em>, avant l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, selon lequel \u00e0 savoir que le \u00ab\u00a0l\u00e9gislateur savait sans doute que toute question qui n\u2019est pas assujettie \u00e0 un droit d\u2019appel limit\u00e9 peut faire l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le judiciaire\u00a0\u00bb <sup>[143]<\/sup>. Plus loin, au paragraphe\u00a052, les juges majoritaires ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ce point, mais ont ajout\u00e9 qu\u2019un droit d\u2019appel circonscrit n\u2019emp\u00eache pas le contr\u00f4le judiciaire. La d\u00e9cision rendue par la Cour supr\u00eame dans les ann\u00e9es\u00a01980 dans l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em>, invalidant une disposition privative qui, si elle avait \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e, aurait emp\u00each\u00e9 les cours de corriger les erreurs de \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb, plane sur ces paragraphes. Cependant, le terme comp\u00e9tence n\u2019est \u00ab\u00a0plus tellement en vogue aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb<sup>[144]<\/sup> et, en fait, la comp\u00e9tence n\u2019a plus grand effet, sinon aucun, dans la common law du contr\u00f4le judiciaire<sup>[145]<\/sup>. Nous nous trouvons maintenant dans une situation o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 principale \u2014 l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em> \u2014 parle de \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb, un concept largement d\u00e9suet. Il faut maintenant d\u00e9terminer que faire ensuite.<\/p>\n<p>Depuis 2019, les cours inf\u00e9rieures et les commentateurs ont fait couler beaucoup d\u2019encre sur le sens \u00e0 donner \u00e0 ces d\u00e9clarations aux paragraphes\u00a045 et 52 de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Ces cours et commentateurs peuvent \u00eatre regroup\u00e9s en trois camps\u00a0: les intentionnalistes l\u00e9gislatifs, les d\u00e9fenseurs du pouvoir discr\u00e9tionnaire et les constitutionnalistes traditionalistes. Comme l\u2019a fait remarquer le juge d\u2019appel Stratas dans une analyse typiquement color\u00e9e, on peut dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0question ouverte\u00a0\u00bb \u00e0 savoir lequel de ces camps a raison<sup>[146]<\/sup>.<\/p>\n<p>Je vais d\u00e9crire ces camps \u00e0 tour de r\u00f4le, mais je dois pr\u00e9venir le lecteur que je suis un constitutionnaliste traditionaliste. \u00c0 mon avis, le principe \u00e9nonc\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em> est que les cours sup\u00e9rieures doivent \u00eatre en mesure de maintenir les d\u00e9cideurs administratifs dans les limites de leurs pouvoirs en appliquant les principes de common law du contr\u00f4le judiciaire<sup>[147]<\/sup>. En fait, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers \u00e0 soulever la question. Cependant, tout ce que j\u2019ai lu depuis n\u2019a fait que renforcer ma conviction que le traditionalisme constitutionnaliste est conforme \u00e0 l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> et aux principes fondamentaux de la tradition canadienne en mati\u00e8re de droit public. En revanche, la position des intentionnalistes l\u00e9gislatifs est \u2014 avec tout le respect que je leur dois \u2014 impossible \u00e0 concilier avec les principes fondamentaux du droit public canadien. En ce qui concerne les d\u00e9fenseurs du pouvoir discr\u00e9tionnaire, leur insistance sur le pouvoir judiciaire discr\u00e9tionnaire exigerait des modifications au droit du contr\u00f4le judiciaire des mesures administratives qui sont aussi nouvelles qu\u2019elles posent probl\u00e8me et doivent \u00eatre rejet\u00e9es. La discr\u00e9tion peut \u00eatre utile dans certaines circonstances, mais elle ne peut fournir une r\u00e9ponse compl\u00e8te aux questions soulev\u00e9es par ces paragraphes de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>.<\/p>\n<p><strong>INTENTIONNALISME L\u00c9GISLATIF<\/strong><\/p>\n<p>Les intentionnalistes l\u00e9gislatifs ont une vision \u00e9troite de l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em> et une vision large de l\u2019organisation institutionnelle. \u00c0 leur avis, l\u2019aspect judiciaire de l\u2019intention l\u00e9gislative exige que des restrictions partielles au contr\u00f4le judiciaire (comme les appels limit\u00e9s \u00e0 des questions de droit ou de comp\u00e9tence) soient appliqu\u00e9es, dans la mesure o\u00f9 le d\u00e9cideur en cause n\u2019est pas compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019abri de la surveillance de la cour.<\/p>\n<p>Les motifs minoritaires du juge d\u2019appel Near dans l\u2019affaire <em>Canada (Attorney General) v Best Buy Canada Ltd.<\/em><sup>[148]<\/sup> sont donn\u00e9s en exemple. La question \u00e9tait de savoir si le Canada pouvait contester une d\u00e9cision de classement tarifaire sensible aux faits rendue par le Tribunal canadien du commerce ext\u00e9rieur\u00a0: il existe un droit d\u2019appel sur les questions de droit seulement devant la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale<sup>[149]<\/sup> et les d\u00e9cisions du Tribunal sont autrement prot\u00e9g\u00e9es par une clause privative<sup>[150]<\/sup>.<\/p>\n<p>Le juge d\u2019appel Near estimait que ces dispositions avaient pour effet d\u2019emp\u00eacher le contr\u00f4le judiciaire. Il s\u2019est fortement appuy\u00e9 sur le fait que la Cour supr\u00eame s\u2019est fond\u00e9e sur la notion d\u2019\u00ab\u00a0organisation institutionnelle\u00a0\u00bb dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Si l\u2019intention l\u00e9gislative doit \u00eatre prise au s\u00e9rieux, a-t-il expliqu\u00e9, le choix r\u00e9fl\u00e9chi du l\u00e9gislateur de restreindre la surveillance des appels devrait \u00eatre respect\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on veut respecter les choix d\u2019organisation institutionnelle du l\u00e9gislateur, les questions de fait et les questions mixtes de fait et de droit desquelles aucune question de droit ne peut \u00eatre isol\u00e9e ne doivent <em>pas<\/em> faire l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le par notre Cour\u00a0\u00bb<sup>[151]<\/sup>. Le juge Near n\u2019a vu aucun probl\u00e8me constitutionnel d\u00e9coulant de la limitation des appels interjet\u00e9s par le Tribunal pour d\u00e9gager des questions de droit, car l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em> ne fait que limiter \u00ab\u00a0le pouvoir du l\u00e9gislateur de soustraire enti\u00e8rement le TCCE \u00e0 <em>tout<\/em> contr\u00f4le par une cour sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb<sup>[152]<\/sup>.<\/p>\n<p>R\u00e9sumant son point de vue sur l\u2019intention l\u00e9gislative et la port\u00e9e du principe de l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em>, le juge d\u2019appel Near a pos\u00e9 la question suivante pour la forme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 quoi serviraient les dispositions expresses de la <em>Loi sur les douanes <\/em>et d\u2019un grand nombre d\u2019autres lois f\u00e9d\u00e9rales qui limitent le contr\u00f4le s\u2019il \u00e9tait possible de s\u2019adresser aux Cours f\u00e9d\u00e9rales pour toute question\u2026\u00a0\u00bb<sup>[153]<\/sup>. Par la suite, le juge d\u2019appel Stratas a laiss\u00e9 entendre que des restrictions <em>partielles<\/em> au contr\u00f4le judiciaire (comme celles cr\u00e9\u00e9es par un droit d\u2019appel circonscrit) qui \u00ab\u00a0poursuivent un objectif l\u00e9gislatif valide et important\u00a0\u00bb pourraient \u00eatre constitutionnelles<sup>[154]<\/sup>.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, le juge d\u2019appel Slatter a formul\u00e9 un raisonnement semblable dans <em>Georgopoulos v Alberta (Appeals Commission for Alberta Workers\u2019 Compensation)<\/em><sup>[155]<\/sup>. La Commission avait accord\u00e9 \u00e0 G une indemnisation inf\u00e9rieure \u00e0 celle qu\u2019il avait r\u00e9clam\u00e9e. G a interjet\u00e9 appel d\u2019une question de droit ou de comp\u00e9tence et a demand\u00e9 un contr\u00f4le judiciaire de la d\u00e9cision de la Commission. En premi\u00e8re instance, la Cour sup\u00e9rieure a rejet\u00e9 l\u2019appel parce qu\u2019aucune erreur de droit ou violation de l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale n\u2019avait \u00e9t\u00e9 commise et a \u00e9galement rejet\u00e9 la demande de contr\u00f4le judiciaire selon la norme de la d\u00e9cision raisonnable. Pour les juges majoritaires de la Cour d\u2019appel, le juge d\u2019appel Feehan s\u2019est content\u00e9 de rejeter l\u2019appel au motif que G n\u2019avait pu d\u00e9montrer une erreur dans l\u2019analyse de la Cour sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Cependant, le juge d\u2019appel Slatter est all\u00e9 plus loin dans ses motifs concordants. Notant que la l\u00e9gislation contient une clause privative forte ainsi que le caract\u00e8re circonscrit de l\u2019appel sur des questions de droit ou de comp\u00e9tence<sup>[156]<\/sup>, il a conclu que G n\u2019\u00e9tait nullement fond\u00e9 de demander un contr\u00f4le judiciaire, car cela serait \u00ab\u00a0incompatible\u00a0\u00bb avec l\u2019intention du l\u00e9gislateur de donner \u00e0 la Commission [traduction] \u00ab\u00a0le dernier mot sur les questions de fait et les questions mixtes de fait et de droit, y compris l\u2019\u00e9valuation de la preuve m\u00e9dicale d\u2019expert\u00a0\u00bb<sup>[157]<\/sup>. Le juge d\u2019appel Slatter en est arriv\u00e9 \u00e0 cette position apr\u00e8s avoir r\u00e9fl\u00e9chi au [traduction] \u00ab\u00a0mandat tr\u00e8s vaste dont doit s\u2019acquitter le l\u00e9gislateur de d\u00e9finir la nature et la disponibilit\u00e9 du contr\u00f4le judiciaire\u00a0\u00bb<sup>[158]<\/sup> et \u00e0 la \u00ab\u00a0r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb selon laquelle [traduction]\u00a0\u00ab\u00a0un droit d\u2019appel pr\u00e9vu par la loi visant la d\u00e9cision d\u2019un tribunal administratif a pour objet d\u2019\u00e9puiser les recours dont dispose le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb<sup>[159]<\/sup>.<\/p>\n<p>En toute d\u00e9f\u00e9rence, je ne crois pas que la position d\u2019intentionnalisme l\u00e9gislatif soit d\u00e9fendable.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, il est vrai que la d\u00e9cision dans <em>Crevier<\/em> \u00e9tait \u00e9troite, mais le <em>principe<\/em> qui dictait le r\u00e9sultat \u00e9tait beaucoup plus large. Le juge en chef Laskin a conclu qu\u2019une loi qui prot\u00e8ge un d\u00e9cideur administratif du contr\u00f4le judiciaire de questions de comp\u00e9tence \u00ab\u00a0doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e inconstitutionnelle parce qu\u2019elle a comme cons\u00e9quence de faire de ce tribunal une cour au sens de l\u2019art.\u00a096\u00a0\u00bb<sup>[160]<\/sup>. Cependant, il a fond\u00e9 cette conclusion sur un principe plus large\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne peut \u00eatre accord\u00e9 \u00e0 un tribunal cr\u00e9\u00e9 par une loi provin\u00adciale, \u00e0 cause de l\u2019art.\u00a096, <em>de d\u00e9finir les limites de sa propre comp\u00e9tence sans appel ni r\u00e9vision<\/em>\u00a0\u00bb<sup>[161]<\/sup>. Donc, oui, une loi qui pr\u00e9tend fournir une immunisation compl\u00e8te contre un contr\u00f4le judiciaire est inconstitutionnelle, mais seulement parce qu\u2019elle permet \u00e0 un d\u00e9cideur administratif de d\u00e9terminer librement les limites de ses pouvoirs. Ces limites peuvent d\u00e9pendre de conclusions de fait<sup>[162]<\/sup> ou de d\u00e9cisions fond\u00e9es sur des faits<sup>[163]<\/sup>. En effet, dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la Cour supr\u00eame a plac\u00e9 les contraintes juridiques <em>et<\/em> factuelles sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0: pour \u00eatre raisonnable, une d\u00e9cision doit \u00eatre justifi\u00e9e <em>\u00e0 la fois <\/em>par la loi et par les faits. La d\u00e9cision rendue en 2023 dans l\u2019affaire <em>CSFTNO<\/em>, qui mettait l\u2019accent sur l\u2019incapacit\u00e9 de s\u2019attaquer ad\u00e9quatement aux \u00e9l\u00e9ments de preuve pertinents, nous le rappelle cruellement.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, par le pass\u00e9, le contr\u00f4le judiciaire a toujours \u00e9t\u00e9 possible \u2014 bien avant l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em> \u2014 pour veiller \u00e0 ce que les d\u00e9cideurs administratifs agissent dans les limites de leurs pouvoirs<sup>[164]<\/sup>. Les dispositions qui pourraient restreindre l\u2019acc\u00e8s aux cours ont \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9es de fa\u00e7on \u00e9troite pendant des si\u00e8cles<sup>[165]<\/sup>.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019histoire est bien comprise, l\u2019approche d\u2019intentionnalisme l\u00e9gislatif est difficile \u00e0 appuyer. En ce qui concerne le vaste mandat du l\u00e9gislateur, la pierre angulaire de l\u2019analyse constitutionnelle du juge d\u2019appel Slatter dans l\u2019affaire <em>Georgopoulos<\/em> \u00e9tait sa proposition selon laquelle, historiquement, il n\u2019y avait pas de contr\u00f4le judiciaire des erreurs factuelles\u00a0: [traduction] \u00ab\u00a0En common law, le <em>certiorari<\/em> se limitait \u00e0 l\u2019examen des erreurs de comp\u00e9tence et des erreurs de droit au vu du dossier; les erreurs de fait n\u2019\u00e9taient pas en cause\u00a0\u00bb<sup>[166]<\/sup>.<\/p>\n<p>Sauf votre respect, je ne crois pas que ce soit exact. Le <em>certiorari<\/em> est accessible depuis longtemps pour corriger des erreurs sur des questions de fait attributif de comp\u00e9tence<sup>[167]<\/sup>. L\u2019accessibilit\u00e9 du <em>certiorari<\/em> pour des questions de comp\u00e9tence faisait partie int\u00e9grante du maintien des d\u00e9cideurs administratifs dans les limites de leur pouvoir l\u00e9gitime, une fonction essentielle de la cour sup\u00e9rieure<sup>[168]<\/sup>.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00e9puisement des recours, cette r\u00e8gle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e0 des recours ad\u00e9quats et efficaces<sup>[169]<\/sup>. Un appel qui se limite \u00e0 des questions de droit ne peut, de toute \u00e9vidence, constituer une r\u00e9paration ad\u00e9quate et efficace des erreurs de fait all\u00e9gu\u00e9es<sup>[170]<\/sup>. En effet, il existe une jurisprudence abondante, bien qu\u2019elle soit depuis longtemps oubli\u00e9e, selon laquelle l\u2019existence d\u2019un droit d\u2019appel n\u2019emp\u00eache pas le contr\u00f4le judiciaire\u00a0: le <em>certiorari<\/em> \u00e9tait accessible pour corriger une erreur de comp\u00e9tence, m\u00eame s\u2019il y avait un droit d\u2019appel<sup>[171]<\/sup>. En outre, m\u00eame l\u2019<em>exercice<\/em> du droit d\u2019appel n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 un requ\u00e9rant de demander un <em>certiorari<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un vice de comp\u00e9tence<sup>[172]<\/sup>.<\/p>\n<p>Bien entendu, les questions de \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9es de la common law du contr\u00f4le judiciaire depuis l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>. Quoi qu\u2019il en soit, la notion qui sous-tend le contr\u00f4le judiciaire depuis des si\u00e8cles \u2014 \u00e0 savoir que les cours sup\u00e9rieures doivent veiller \u00e0 ce que les d\u00e9cideurs administratifs agissent dans les limites \u00e9tablies par la loi et la common law \u2014 demeure une partie int\u00e9grante de la tradition canadienne du droit public. L\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> indique clairement que les cours ont le \u00ab\u00a0devoir constitutionnel\u00a0\u00bb de veiller \u00e0 ce que les d\u00e9cideurs administratifs respectent les limites de leurs pouvoirs<sup>[173]<\/sup>.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la position avanc\u00e9e par les juges d\u2019appel Near et Slatter s\u2019appuie fortement sur une analyse contextuelle de l\u2019intention l\u00e9gislative. Mais comme la Cour supr\u00eame l\u2019a r\u00e9affirm\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Mason<\/em> (une correction de cap apr\u00e8s une d\u00e9viation observ\u00e9e dans <em>Entertainment Software\u00a0Association<\/em>), l\u2019analyse contextuelle est maintenant formellement interdite dans le choix de la norme de contr\u00f4le. L\u2019\u00ab\u00a0organisation institutionnelle\u00a0\u00bb invoqu\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> est un concept fragile qui met l\u2019accent sur l\u2019application des normes de contr\u00f4le d\u2019appel lorsque la table \u00e0 un \u00ab\u00a0appel\u00a0\u00bb a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mise; le concept ne va pas plus loin. Il est donc difficile de comprendre pourquoi on devrait s\u2019en servir pour emp\u00eacher l\u2019acc\u00e8s au contr\u00f4le judiciaire.<\/p>\n<p><strong>DISCR\u00c9TION<\/strong><\/p>\n<p>Ceux qui sont dans le camp du pouvoir discr\u00e9tionnaire ne prennent pas parti, contrairement aux intentionnalistes l\u00e9gislatifs et aux constitutionnalistes traditionalistes. Ils utiliseraient plut\u00f4t le pouvoir discr\u00e9tionnaire des cours sup\u00e9rieures pour refuser d\u2019accorder une r\u00e9paration pour une erreur de fait dans la plupart des cas. Dans cette optique, on peut respecter l\u2019intention de la loi en limitant l\u2019acc\u00e8s aux recours en contr\u00f4le judiciaire, sans pour autant le rendre indisponible \u00e0 proprement parler. Il ne fait aucun doute que le pouvoir discr\u00e9tionnaire de r\u00e9paration est depuis longtemps une caract\u00e9ristique du droit du contr\u00f4le judiciaire des mesures administratives, mais les d\u00e9fenseurs du pouvoir discr\u00e9tionnaire pr\u00e9conisent un nouveau d\u00e9part, afin d\u2019\u00e9tablir une position entre les intentionnalistes l\u00e9gislatifs et les constitutionnalistes traditionalistes.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario dans l\u2019affaire <em>Yatar<\/em> est la principale cause dans laquelle les juges ont exerc\u00e9 leur pouvoir discr\u00e9tionnaire. Cette d\u00e9cision est actuellement en d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Cour supr\u00eame du Canada. (J\u2019ai comparu pour l\u2019intervenant Association canadienne des t\u00e9l\u00e9communications.)<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire <em>Yatar v TD Insurance Meloche Monnex<\/em><sup>[174]<\/sup>, la Cour divisionnaire a refus\u00e9 d\u2019entendre un appel et une demande de contr\u00f4le judiciaire simultan\u00e9s d\u2019une d\u00e9cision du Tribunal d\u2019appel en mati\u00e8re de permis rejetant une demande d\u2019indemnit\u00e9s d\u2019accident l\u00e9gales. Pour la juge Kristjanson, l\u2019appel n\u2019a pas pu \u00eatre accueilli, car il soulevait des questions mixtes de fait et de droit d\u00e9passant la port\u00e9e de l\u2019appel sur des questions de droit seulement. Et la demande de contr\u00f4le judiciaire ne devrait pas \u00eatre prise en consid\u00e9ration\u00a0: le contr\u00f4le judiciaire est discr\u00e9tionnaire et, lorsqu\u2019il y a un droit d\u2019appel, il ne devrait \u00eatre pris en consid\u00e9ration que dans des circonstances exceptionnelles. Elle a donn\u00e9 quatre motifs justifiant le refus d\u2019entendre la demande de contr\u00f4le judiciaire.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le l\u00e9gislateur avait clairement l\u2019intention de limiter la surveillance des questions de fait dans le domaine des indemnit\u00e9s d\u2019accident l\u00e9gales, en mettant en \u0153uvre une s\u00e9rie de r\u00e9formes [traduction] \u00ab\u00a0con\u00e7ues pour fournir une r\u00e9ponse simplifi\u00e9e, en priorisant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice d\u2019une mani\u00e8re plus rapide et plus efficace\u00a0\u00bb<sup>[175]<\/sup>. Deuxi\u00e8mement, il existe un pouvoir de r\u00e9examen interne, qui peut \u00eatre exerc\u00e9 \u00ab\u00a0de la m\u00eame fa\u00e7on\u00a0\u00bb que la norme de la d\u00e9cision correcte<sup>[176]<\/sup>. Troisi\u00e8mement, la nature des erreurs all\u00e9gu\u00e9es \u2014 sur des questions de fait ou des questions mixtes de droit et de fait concernant l\u2019\u00e9valuation de la preuve \u2014 \u00e9tait telle que tout contr\u00f4le judiciaire serait effectu\u00e9 selon une [traduction] \u00ab\u00a0norme \u00e9lev\u00e9e de d\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb<sup>[177]<\/sup>. Quatri\u00e8mement, les appels et les contr\u00f4les judiciaires simultan\u00e9s cr\u00e9ent des \u00ab\u00a0difficult\u00e9s syst\u00e9miques\u00a0\u00bb<sup>[178]<\/sup>. Par cons\u00e9quent, le contr\u00f4le judiciaire ne serait possible que dans des [traduction] \u00ab\u00a0circonstances exceptionnelles\u00a0\u00bb qui n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9sentes en l\u2019esp\u00e8ce<sup>[179]<\/sup>.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario a affirm\u00e9, pour des motifs l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents\u00a0: <em>Yatar v TD Insurance Meloche Monnex<\/em><sup>[180]<\/sup>. Le juge d\u2019appel Nordheimer a conclu que le contr\u00f4le judiciaire d\u2019une r\u00e9vision de d\u00e9cision ne serait possible que dans de \u00ab\u00a0rares cas\u00a0\u00bb, car les cours pourraient exercer leur pouvoir discr\u00e9tionnaire r\u00e9siduel de ne pas entendre la demande de contr\u00f4le judiciaire<sup>[181]<\/sup>. Il en \u00e9tait ainsi parce que le l\u00e9gislateur avait l\u2019intention de r\u00e9gler rapidement et efficacement les diff\u00e9rends relatifs aux indemnit\u00e9s<sup>[182]<\/sup>.<\/p>\n<p>\u00c0 mon avis et en tout respect (et \u00e9tant donn\u00e9 que mon client dans l\u2019appel <em>Yatar<\/em> a tent\u00e9 de mettre en doute l\u2019analyse du juge d\u2019appel Nordheimer), cette d\u00e9cision ne devrait pas \u00eatre suivie. Prenons d\u2019abord l\u2019intention du l\u00e9gislateur. Il convient de souligner que le pouvoir de r\u00e9vision en l\u2019esp\u00e8ce ne figurait pas dans la loi existante pertinente. Il prend plut\u00f4t source dans les propres r\u00e8gles du Tribunal. La <em>Loi sur l\u2019exercice des comp\u00e9tences l\u00e9gales <\/em>renferme une disposition g\u00e9n\u00e9rale qui autorise les tribunaux \u00e0 prendre des r\u00e8gles relatives \u00e0 la r\u00e9vision interne des d\u00e9cisions<sup>[183]<\/sup>. Mais cette disposition g\u00e9n\u00e9rale peut difficilement indiquer une intention l\u00e9gislative pr\u00e9cise \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00e9gime de r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux indemnit\u00e9s. Dans ce cas-ci du moins, l\u2019argument de l\u2019intention l\u00e9gislative repose sur des bases chancelantes.<\/p>\n<p>Outre cela, pour peu qu\u2019un contr\u00f4le judiciaire ait \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9, les cours peuvent proc\u00e9der \u00e0 un contr\u00f4le judiciaire de toute d\u00e9cision administrative d\u00e9finitive, qu\u2019il y ait eu ou non un processus interne \u00e9labor\u00e9 menant \u00e0 cette d\u00e9cision. Le fait de donner aux cours le pouvoir discr\u00e9tionnaire de ne pas entendre les demandes de contr\u00f4le judiciaire en raison de leur perception de la qualit\u00e9 et de la quantit\u00e9 des r\u00e9visions internes reviendrait \u00e0 leur donner le pouvoir discr\u00e9tionnaire d\u2019outrepasser le principe constitutionnel. La qualit\u00e9 et la quantit\u00e9 des r\u00e9visions internes peuvent avoir une incidence sur le degr\u00e9 de d\u00e9f\u00e9rence d\u00fb au d\u00e9cideur, mais cela ne devrait pas avoir d\u2019incidence sur la question de savoir si la personne qui conteste une d\u00e9cision a droit \u00e0 sa comparution devant la cour. Il existe des motifs fond\u00e9s sur des principes pour refuser un recours \u2014 pr\u00e9maturit\u00e9, caract\u00e8re th\u00e9orique, absence de qualit\u00e9 pour agir, d\u00e9faut d\u2019\u00e9puiser les autres recours \u2014 mais celui mentionn\u00e9 dans <em>Yatar<\/em> n\u2019en fait pas partie. Malgr\u00e9 l\u2019approche cr\u00e9ative de la juge Kristjanson et du juge d\u2019appel Nordheimer (et encore une fois avec la mise en garde que mon client dans l\u2019appel <em>Yatar<\/em> a un int\u00e9r\u00eat), je ne suis pas convaincu.<\/p>\n<p>Le pouvoir discr\u00e9tionnaire est pr\u00e9sent\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente dans <em>Canada (Attorney General) v Pier 1 Imports (U.S.),\u00a0Inc.<\/em><sup>[184]<\/sup>. Dans cette affaire, le juge d\u2019appel Boivin a sugg\u00e9r\u00e9, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 la controverse actuelle, que\u00a0: [traduction] \u00ab\u00a0dans la pratique et dans la grande majorit\u00e9 des cas, l\u2019appel pr\u00e9vu par la loi sera suffisant pour r\u00e9gler la question \u00e0 l\u2019\u00e9tude, et le contr\u00f4le judiciaire, bien qu\u2019il soit disponible, deviendra superflu\u00a0\u00bb<sup>[185]<\/sup>. Pour le juge d\u2019appel Boivin, un appel <em>peut<\/em> constituer un recours ad\u00e9quat et efficace (et, en fait, il peut <em>souvent<\/em> l\u2019\u00eatre), mais on ne peut pas se prononcer de fa\u00e7on cat\u00e9gorique \u00e0 ce sujet. \u00c0 mon avis, le pouvoir discr\u00e9tionnaire relatif aux recours ne peut \u00eatre pouss\u00e9 plus loin que cela dans le r\u00e8glement du litige jurisprudentiel sur l\u2019effet des droits d\u2019appel limit\u00e9s. En particulier, si un appel se limite \u00e0 des questions de droit, mais que le demandeur d\u2019un contr\u00f4le judiciaire cherche \u00e0 attaquer une conclusion de fait, il est difficile de voir comment l\u2019appel peut constituer un recours ad\u00e9quat et efficace.<\/p>\n<p><strong>CONSTITUTIONNALISME TRADITIONALISTE<\/strong><\/p>\n<p>Les constitutionnalistes traditionalistes ont une vision large de l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em> et une vision \u00e9troite de l\u2019intention l\u00e9gislative. Pour les membres de ce camp, le contr\u00f4le judiciaire du caract\u00e8re raisonnable du fond et de l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale doit toujours \u00eatre possible, tant pour les questions de droit que pour les questions de fait. La seule situation excluant le contr\u00f4le judiciaire se pr\u00e9senterait lorsque le l\u00e9gislateur a pr\u00e9vu un m\u00e9canisme de contr\u00f4le de type appel ou \u00e9quivalent dans les attributions d\u2019un organisme ind\u00e9pendant. Les constitutionnalistes traditionalistes pourraient \u00e9galement \u00eatre port\u00e9s \u00e0 croire qu\u2019un droit d\u2019appel pr\u00e9vu par la loi, parce qu\u2019il est r\u00e9dig\u00e9 dans le contexte bien accept\u00e9 que le contr\u00f4le judiciaire est toujours possible, doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 donner \u00e0 l\u2019appelant \u00e9ventuel quelque chose de plus que ce qui peut \u00eatre obtenu au moyen d\u2019un contr\u00f4le judiciaire.<\/p>\n<p>Comme le montrera clairement ma critique de l\u2019intentionnalisme l\u00e9gislatif, je crois que l\u2019histoire appuie fermement la position du constitutionnaliste traditionaliste. Le contr\u00f4le judiciaire a chang\u00e9 de bien des fa\u00e7ons au fil des si\u00e8cles, les brefs de pr\u00e9rogative ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s r\u00e9cemment par un droit fond\u00e9 sur principes g\u00e9n\u00e9raux encadrant la mesure administrative. Cependant, des notions fondamentales subsistent. Le contr\u00f4le judiciaire est distinct d\u2019un appel sur le fond. Les dispositions qui entravent la capacit\u00e9 de demander un contr\u00f4le judiciaire sont interpr\u00e9t\u00e9es de fa\u00e7on \u00e9troite. Et la fonction des cours sup\u00e9rieures, telle que constitutionnalis\u00e9e par l\u2019arr\u00eat <em>Crevier<\/em>, est de garder les d\u00e9cideurs administratifs dans les limites de la l\u00e9galit\u00e9. De nos jours, comme la Cour supr\u00eame l\u2019a indiqu\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, les tribunaux doivent appliquer la norme de la d\u00e9cision raisonnable pour \u00ab\u00a0veiller \u00e0 ce que les organismes administratifs agissent dans les limites des pouvoirs qui leur sont conf\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb<sup>[186]<\/sup>. De m\u00eame, lorsqu\u2019ils surveillent le respect de l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale, les cours peuvent pr\u00e9voir des protections suppl\u00e9mentaires dans les r\u00e9gimes l\u00e9gislatifs afin d\u2019assurer la prise de d\u00e9cisions dans les limites de la l\u00e9galit\u00e9<sup>[187]<\/sup>.<\/p>\n<p>Le principal membre des constitutionnalistes traditionalistes est la juge d\u2019appel Gleason, qui a r\u00e9dig\u00e9 les motifs majoritaires de la Cour d\u2019appel f\u00e9d\u00e9rale dans l\u2019affaire <em>Best Buy<\/em>. Pour elle, au moins certaines erreurs de fait doivent pouvoir \u00eatre examin\u00e9es, peu importe les choix du l\u00e9gislateur en mati\u00e8re d\u2019organisation institutionnelle. Se fondant sur un examen magistral de l\u2019\u00e9laboration de l\u2019\u00ab\u00a0analyse de la norme de contr\u00f4le\u00a0\u00bb en droit canadien, qui a culmin\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, elle a cern\u00e9 trois propositions fondamentales. Premi\u00e8rement, la Cour supr\u00eame a statu\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> qu\u2019\u00ab\u00a0en principe, l\u2019existence d\u2019un m\u00e9canisme d\u2019appel limit\u00e9 n\u2019interdit pas le recours au contr\u00f4le judiciaire\u00a0\u00bb<sup>[188]<\/sup>. Deuxi\u00e8mement, rien dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> n\u2019indique que des clauses privatives comme au paragraphe\u00a067(3) de la <em>Loi sur les douanes <\/em>interdisent l\u2019acc\u00e8s au contr\u00f4le judiciaire ou \u00e0 la surveillance judiciaire de tout type d\u2019erreur\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Une interdiction compl\u00e8te de recourir au contr\u00f4le judiciaire pour tout type de question irait \u00e0 l\u2019encontre de la primaut\u00e9 du droit, comme l\u2019a soulign\u00e9 la Cour supr\u00eame dans l\u2019arr\u00eat <em>Dunsmuir<\/em>, une d\u00e9cision qui a \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment ent\u00e9rin\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, au para\u00a024. De plus, dans les arr\u00eats <em>Dunsmuir<\/em> et <em>Vavilov<\/em>, la Cour n\u2019a pas infirm\u00e9 la jurisprudence datant de plusieurs d\u00e9cennies selon laquelle ce qui \u00e9tait auparavant consid\u00e9r\u00e9 comme des erreurs de fait manifestement d\u00e9raisonnables, auparavant appel\u00e9 erreurs juridictionnelles, demeure susceptible de contr\u00f4le, bien qu\u2019il s\u2019agisse maintenant de la norme de la d\u00e9cision raisonnable<sup>[189]<\/sup>.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> affirme express\u00e9ment que \u00ab\u00a0les questions de fait peuvent donner lieu \u00e0 une conclusion de d\u00e9cision d\u00e9raisonnable\u00a0\u00bb<sup>[190]<\/sup>. Par cons\u00e9quent, une disposition privative ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme \u00ab\u00a0interdisant le contr\u00f4le judiciaire \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toutes les questions de fait\u00a0\u00bb <sup>[191]<\/sup>. Les consid\u00e9rations relatives \u00e0 l\u2019organisation institutionnelle \u00ab\u00a0font plut\u00f4t partie du cadre l\u00e9gislatif pertinent \u2014 un facteur contextuel important pour d\u00e9terminer les param\u00e8tres d\u2019une d\u00e9cision raisonnable selon l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> et la jurisprudence de notre Cour\u00a0\u00bb<sup>[192]<\/sup>.<\/p>\n<p>La juge d\u2019appel Gleason a \u00e9galement cit\u00e9 avec approbation le commentaire universitaire suivant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">[Traduction]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Premi\u00e8rement, dans le m\u00eame paragraphe [de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>] qui a \u00e9limin\u00e9 l\u2019erreur de comp\u00e9tence comme cat\u00e9gorie de contr\u00f4le de la d\u00e9cision correcte, on trouve l\u2019affirmation suivante\u00a0: \u00ab\u00a0En l\u2019appliquant ad\u00e9quatement [la norme], les cours de justice sont en mesure d\u2019accomplir leur <em>devoir constitutionnel <\/em>de veiller \u00e0 ce que les organismes administratifs agissent dans les limites des pouvoirs qui leur sont conf\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb Le langage du devoir constitutionnel est celui des arr\u00eats <em>Crevier<\/em> et <em>Dunsmuir<\/em>. Cela laisse entendre que le contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 <em>ne peut <\/em>en fait \u00eatre \u00e9cart\u00e9, car son \u00e9limination pourrait emp\u00eacher les cours de s\u2019acquitter de leur devoir constitutionnel.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Deuxi\u00e8mement, bien que ce point ne soit pas exprim\u00e9 en termes constitutionnels, la majorit\u00e9 a indiqu\u00e9 tr\u00e8s clairement qu\u2019elle enjoignait d\u00e9sormais aux d\u00e9cideurs administratifs\u00a0d\u2019\u00ab\u00a0adh\u00e9rer \u00e0 une culture de la justification et d\u00e9montrer que l\u2019exercice du pouvoir public qui leur est d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 peut \u00eatre \u00ab justifi\u00e9 aux yeux des citoyens et citoyennes sur les plans de la rationalit\u00e9 et de l\u2019\u00e9quit\u00e9 \u00bb. Si le contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9, les d\u00e9cideurs administratifs ne sont jamais tenus de d\u00e9montrer que leur exercice du pouvoir public peut \u00eatre justifi\u00e9 par la rationalit\u00e9 et l\u2019\u00e9quit\u00e9. Cela fracturerait le socle d\u2019un pilier central de l\u2019architecture de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Le r\u00e9sultat, \u00e0 mon avis, est que l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> \u00e9tablit l\u2019essence constitutionnelle minimale du contr\u00f4le de la raisonnabilit\u00e9<sup>[193]<\/sup>.<\/p>\n<p>Cette position a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e au Manitoba<sup>[194]<\/sup>.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 savoir quand exactement le contr\u00f4le judiciaire peut \u00eatre interdit. Rappelons qu\u2019au paragraphe\u00a052 de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, la proposition est qu\u2019un droit d\u2019appel circonscrit ne peut \u00ab\u00a0\u00e0 lui seul\u00a0\u00bb emp\u00eacher une cour sup\u00e9rieure d\u2019exercer sa fonction de r\u00e9vision. Qu\u2019est-ce que cela signifie?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse que je donne (et qui est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Cour supr\u00eame dans l\u2019arr\u00eat <em>Yatar<\/em>) est que cela est permis lorsque le caract\u00e8re raisonnable (et, d\u2019ailleurs, l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale) de tous les aspects d\u2019une d\u00e9cision peut \u00eatre \u00e9valu\u00e9 par un organisme ind\u00e9pendant dans le cadre d\u2019un contr\u00f4le de type appel\u00a0: [traduction] \u00ab\u00a0Lorsque la comp\u00e9tence en mati\u00e8re de contr\u00f4le judiciaire des tribunaux <em>a \u00e9t\u00e9 <\/em>\u00e9cart\u00e9e avec succ\u00e8s par une loi, on constate qu\u2019il y a plus qu\u2019une simple disposition dont le libell\u00e9 est privatif, c\u2019est-\u00e0-dire que le l\u00e9gislateur a fourni un moyen particulier de surveillance de la l\u00e9galit\u00e9, de la rationalit\u00e9 et de l\u2019\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale des mesures administratives\u00a0\u00bb<sup>[195]<\/sup>. L\u2019un des premiers arr\u00eats de la Cour supr\u00eame du Canada en est un bon exemple. Dans l\u2019affaire <em>Kelly v Sulivan<\/em><sup>[196]<\/sup>, une propri\u00e9taire demandait le contr\u00f4le judiciaire (par l\u2019entremise d\u2019une demande de <em>certiorari<\/em>) d\u2019une d\u00e9cision de la cour du commissaire, un tribunal administratif \u00e9tabli en vertu de la <em>Prince Edward Island Land Purchase Act, 1875<\/em>, qui avait pour effet d\u2019acqu\u00e9rir toutes les terres de son canton \u00e0 l\u2019\u00cele-du-Prince-\u00c9douard. La Cour a conclu qu\u2019une demande de <em>certiorari<\/em> n\u2019\u00e9tait pas disponible, mais seulement parce que la loi interdisant l\u2019acc\u00e8s au <em>certiorari<\/em> pr\u00e9voyait \u00e9galement qu\u2019une demande puisse \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Cour sup\u00e9rieure, dans les 30\u00a0jours, pour corriger toute erreur, absence de formalisme ou omission dans l\u2019adjudication<sup>[197]<\/sup>. Ce recours couvrait le m\u00eame motif que le <em>certiorari<\/em> et pouvait donc \u00e9carter la comp\u00e9tence de la Cour sup\u00e9rieure. Mais seulement parce qu\u2019il couvrait le m\u00eame motif que le <em>certiorari<\/em><sup>[198]<\/sup>.<\/p>\n<p>Il peut aussi l\u2019\u00eatre lorsqu\u2019il existe un droit d\u2019appel circonscrit devant les tribunaux (peut-\u00eatre sur des questions de droit) <em>et<\/em> une disposition pr\u00e9voyant un contr\u00f4le de type appel des aspects restants de la d\u00e9cision. La signification du contr\u00f4le de type appel, et en particulier la question de savoir si un appel devant le cabinet f\u00e9d\u00e9ral ou provincial r\u00e9pond \u00e0 la norme, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9battue devant les tribunaux<sup>[199]<\/sup> et pourrait devenir de nouveau pertinente dans un proche avenir.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 voir si la Cour supr\u00eame nous dira, dans <em>Yatar<\/em>, lequel de ces camps a raison. La loi en cause pr\u00e9voit express\u00e9ment que le droit de demander un contr\u00f4le judiciaire n\u2019est pas exclu<sup>[200]<\/sup>. La signification juridique de ce fait n\u2019est toutefois pas claire. Que la loi le dise ou non, le contr\u00f4le judiciaire serait possible en vertu de la common law<sup>[201]<\/sup>. Ensuite, la question est de savoir si un droit d\u2019appel circonscrit peut constituer une limitation de la port\u00e9e du contr\u00f4le judiciaire, soit par pouvoir discr\u00e9tionnaire (comme les tribunaux ci-apr\u00e8s l\u2019ont soutenu dans <em>Yatar<\/em>) soit d\u2019une autre fa\u00e7on. Personnellement, j\u2019ai du mal \u00e0 voir une distinction de principe entre l\u2019exclusion du contr\u00f4le judiciaire d\u00e9coulant du pouvoir discr\u00e9tionnaire et l\u2019exclusion du contr\u00f4le judiciaire d\u00e9coulant d\u2019une loi; dans les deux cas, il est n\u00e9cessaire de clarifier la mesure dans laquelle le contr\u00f4le judiciaire est inscrit dans la Constitution (surtout sur les questions de fait) afin d\u2019expliquer pourquoi il ne peut \u00eatre exclu. \u00c0 moins que la Cour supr\u00eame adopte la position de la d\u00e9fense du pouvoir discr\u00e9tionnaire, sa d\u00e9cision dans <em>Yatar<\/em> sera r\u00e9v\u00e9latrice.<\/p>\n<p><strong>IV. CONCLUSION<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai abord\u00e9 un certain nombre de questions dans ce document de type \u00ab\u00a0R\u00e9trospective annuelle\u00a0\u00bb. Il y a quelque chose de soulageant \u00e0 pouvoir commenter un paysage relativement am\u00e9nag\u00e9. Les premi\u00e8res ann\u00e9es qui ont suivi l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em> se sont av\u00e9r\u00e9es beaucoup plus stables et satisfaisantes que celles qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 cet arr\u00eat d\u00e9terminant de 2019. Au cours des prochains mois, la Cour supr\u00eame sera saisie d\u2019une multitude de questions qui mettront \u00e0 l\u2019\u00e9preuve le cadre de l\u2019arr\u00eat <em>Vavilov<\/em>, mais tant que la simplicit\u00e9 et la clart\u00e9 demeureront les pierres de touche, il y a lieu d\u2019\u00eatre optimiste quant \u00e0 l\u2019avenir \u00e0 moyen terme du droit administratif canadien. Que la stabilit\u00e9 se maintienne encore longtemps!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"footnote\">* Le professeur Paul Daly est titulaire de la Chaire de recherche de l\u2019Universit\u00e9 en droit administratif et gouvernance \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa. Ses nombreuses publications dans le vaste domaine du droit public sont souvent cit\u00e9es. Il compara\u00eet r\u00e9guli\u00e8rement devant les tribunaux canadiens sur des questions de droit public et est membre \u00e0 temps partiel du Tribunal de la protection de l\u2019environnement du Canada.<\/p>\n<ol class=\"footnote\">\n<li><em>Nicholson c Haldimand-Norfolk Regional Police Commissioners<\/em>, [1979] 1 RCS 311.<\/li>\n<li><em>S.C.F.P. c Soci\u00e9t\u00e9 des Alcools du N.-B.<\/em>, [1979] 2 RCS 227.<\/li>\n<li><em>Canada (Ministre de la Citoyennet\u00e9 et de l\u2019Immigration) c Vavilov<\/em>, 2019 CSC 65, [2019] 4 RCS 653 [<em>Vavilov<\/em>].<\/li>\n<li><em>Bell Canada c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2019 CSC 66, [2019] 4 RCS 845.<\/li>\n<li><em>Soci\u00e9t\u00e9 canadienne des postes c Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes<\/em>, 2019 CSC 67, [2019] 4 RCS 900.<\/li>\n<li><em>Office r\u00e9gional de la sant\u00e9 du Nord c Horrocks<\/em>, 2021 CSC 42.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u201cLife After Vavilov? The Supreme Court of Canada and Administrative Law in 2021\u201d, CLEBC Administrative Law Conference (18 novembre 2021), \u00e0 la p 1, en ligne : &lt;<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/en\/commentary\/doc\/2021CanLIIDocs13538\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.canlii.org\/en\/commentary\/doc\/2021CanLIIDocs13538<\/a>&gt;.<\/li>\n<li><em>Law Society of Saskatchewan c Abrametz<\/em>, 2022 CSC 29.<\/li>\n<li><em>Soci\u00e9t\u00e9 canadienne des auteurs, compositeurs et \u00e9diteurs de musique c Entertainment Software Association<\/em>, 2022 CSC 30.<\/li>\n<li><em>Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest c Territoires du Nord-Ouest (\u00c9ducation, Culture et Emploi)<\/em>, 2023 CSC 31 [<em>CSFTNO<\/em>].<\/li>\n<li><em>Mason c Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em>, 2023 CSC 21 [<em>Mason<\/em>].<\/li>\n<li><em>Yatar v TD Insurance Meloche Monnex<\/em>, 2022 ONCA 446, SCC File #40348; <em>Elementary Teachers Federation of Ontario v York Region District School Board<\/em>, 2022 ONCA 476, SCC File #40360; <em>Association des cadres de la soci\u00e9t\u00e9 des casinos du Qu\u00e9bec c Soci\u00e9t\u00e9 des casinos du Qu\u00e9bec<\/em>, 2022 QCCA 180, dossier no 40123 de la CSC.<\/li>\n<li><em>Ontario (Attorney General) v Ontario (Information and Privacy Commissioner)<\/em>, 2022 ONCA 74, SCC File #40078.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab The Signal and the Noise in Administrative Law \u00bb (2017) 68 <em>University of New Brunswick Law Journal<\/em>, en ligne : &lt;<a href=\"https:\/\/journals.lib.unb.ca\/index.php\/unblj\/article\/view\/29056\/1882524241\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">journals.lib.unb.ca\/index.php\/unblj\/article\/view\/29056\/1882524241<\/a>&gt;.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab Future Directions in Standard of Review in Canadian Administrative Law: Substantive Review and Procedural Fairness \u00bb (2023) 36:69 <em>Canadian Journal of Administrative Law &amp; Practice<\/em>.<\/li>\n<li><em>Roseau River First Nation v Canada (Attorney General)<\/em>, 2023 FCA 163.<\/li>\n<li><em>Canada Christian College and School of Graduate Theological Studies v Post-Secondary Education Quality Assessment Board<\/em>, 2023 ONCA 544.<\/li>\n<li><em>McAnsh v Ontario<\/em>, 2023 ONSC 3537.<\/li>\n<li><em>Haghshenas v Canada (Citizenship and Immigration)<\/em>, 2023 FC 464; <em>Safarian v Canada (Citizenship and Immigration)<\/em>, 2023 FC 775.<\/li>\n<li><em>British Columbia (Attorney General) v 992704 Ontario Limited<\/em>, 2023 BCCA 346.<\/li>\n<li><em>British Columbia (Lieutenant Governor in Council) v Canada Mink Breeders Association<\/em>, 2023 BCCA 310.<\/li>\n<li><em>Viaguard Accu-Metrics Laboratory v Standards Council of Canada<\/em>, 2023 FCA 63.<\/li>\n<li><em>Mason<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a011.<\/li>\n<li><em>Yatar v TD Insurance Meloche Monnex<\/em>, 2022 ONCA 446, SCC File #40348. Voir aussi <em>D\u00e9mocratie en surveillance c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2023 CAF 39; <em>Georgopoulos v Alberta (Appeals Commission for Alberta Workers\u2019 Compensation)<\/em>, 2023 ABCA 285; <em>Canada (Attorney General) v Pier 1 Imports (U.S.), Inc.<\/em>, 2023 FCA 209.<\/li>\n<li><em>Auer v Auer<\/em>, 2022 ABCA 375, SCC File #40582; <em>TransAlta Generation Partnership v Alberta (Minister of Municipal Affairs)<\/em>, 2022 ABCA 381, SCC File #40570. Voir aussi <em>Sul v The Rural Municipality of St Andrews, Manitoba et al<\/em>, 2023 MBCA 25; <em>British Columbia (Attorney General) v Le<\/em>, 2023 BCCA 200.<\/li>\n<li><em>Loi sur l\u2019immigration et la protection des r\u00e9fugi\u00e9s<\/em>, LC 2001, c 27 [<em>LIPR<\/em>].<\/li>\n<li><em>Pushpanathan c Canada (Ministre de la Citoyennet\u00e9 et de l\u2019Immigration)<\/em>, [1998] 1 RCS 982, au para 43.<\/li>\n<li><em>Kanthasamy c Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em>, 2015 CSC 61, [2015] 3 RCS 909.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab Can This Be Correct? Kanthasamy v. Canada (Citizenship and Immigration), 2015 SCC 61 \u00bb (11 d\u00e9cembre 2015), en ligne : <em>Administrative Law Matters<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/www.administrativelawmatters.com\/blog\/2015\/12\/11\/can-this-be-correct-kanthasamy-v-canada-citizenship-and-immigration-2015-scc-61\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.administrativelawmatters.com\/blog\/2015\/12\/11\/can-this-be-correct-kanthasamy-v-canada-citizenship-and-immigration-2015-scc-61<\/a>&gt;; Paul Daly, \u00ab Certified Questions, References and Reasonableness: Canada (Citizenship and Immigration) v. Galindo Camayo, 2022 FCA 50 \u00bb (8 avril 2022), en ligne : <em>Administrative Law Matters<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/www.administrativelawmatters.com\/blog\/2022\/04\/08\/certified-questions-references-and-reasonableness-canada-citizenship-and-immigration-v-galindo-camayo-2022-fca-50\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.administrativelawmatters.com\/blog\/2022\/04\/08\/certified-questions-references-and-reasonableness-canada-citizenship-and-immigration-v-galindo-camayo-2022-fca-50<\/a>&gt;.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab The Return of Context? Society of Composers, Authors and Music Publishers of Canada v. Entertainment Software Association, 2022 SCC 30 \u00bb (9 septembre 2022), en ligne : <em>Administrative Law Matters<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/www.administrativelawmatters.com\/blog\/2022\/09\/09\/the-return-of-context-society-of-composers-authors-and-music-publishers-of-canada-v-entertainment-software-association-2022-scc-30\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.administrativelawmatters.com\/blog\/2022\/09\/09\/the-return-of-context-society-of-composers-authors-and-music-publishers-of-canada-v-entertainment-software-association-2022-scc-30<\/a>&gt;.<\/li>\n<li><em>Mason<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a011 au para\u00a053.<\/li>\n<li>Voir les motifs concordants de la juge C\u00f4t\u00e9. <em>Ibid<\/em> au para\u00a0163.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a047.<\/li>\n<li><em>Mason<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a011 au para\u00a083.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a081.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a084.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a091.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a095.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a099.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0102.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0103.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0109.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0117.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em><\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0121.<\/li>\n<li><em>Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration) c Mason<\/em>, 2021 CAF 156, au para 19.<\/li>\n<li><em>CSFTNO<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a010.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a078.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> aux para\u00a080\u201382.<\/li>\n<li><em>Mason<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a011 au para\u00a097.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab Administrative Tribunals in Canada: Constitutional Subordinates or Equal Partners? \u00bb (9 septembre 2023), en ligne : <em>Social Science Research Network<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_id=4565804\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_id=4565804<\/a>&gt;. \u00c0 para\u00eetre dans Groves, Thomson and Weeks, \u00e9d., <em>Administrative Tribunals in the Common Law World<\/em>, (Oxford : Hart, 2024).<\/li>\n<li><em>CSFTNO<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a010 au para\u00a098.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a099.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0102.<\/li>\n<li><em>Ibid.<\/em><\/li>\n<li><em>Ibid.<\/em><\/li>\n<li><em>Mason<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a011 aux para\u00a096, 101.<\/li>\n<li><em>Vavilov<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03 aux para\u00a094, 96.<\/li>\n<li>Paul Daly, <em>A Culture of Justification: Vavilov and the Future of Administrative Law<\/em> (Vancouver : UBC Press, 2023).<\/li>\n<li><em>Zeifmans LLP c Canada<\/em>, 2022 CAF 160, au para 10, selon le juge d\u2019appel Stratas.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a046 au para\u00a017.<\/li>\n<li><em>Mason<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a011 au para\u00a079.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab Unreasonable Interpretations of Law Redux: Mason v. Canada (Citizenship and Immigration), 2019 FC 1251 \u00bb (23 octobre 2019), en ligne : <em>Administrative Law Matters<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/www.administrativelawmatters.com\/blog\/2019\/10\/23\/unreasonable-interpretations-of-law-redux-mason-v-canada-citizenship-and-immigration-2019-fc-1251\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.administrativelawmatters.com\/blog\/2019\/10\/23\/unreasonable-interpretations-of-law-redux-mason-v-canada-citizenship-and-immigration-2019-fc-1251<\/a>&gt;.<\/li>\n<li><em>Vavilov<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03 au para\u00a068.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0109.<\/li>\n<li><em>Greenwood v Buster<\/em> (1902), 1 O.W.R. 225 (H.C.J.).<\/li>\n<li><em>Vavilov<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03 au para\u00a0119.<\/li>\n<li><em>Canada (Attorney General) v Ibrahim<\/em>, 2023 FCA 204.<\/li>\n<li>Andrew Green, \u00ab How Important are Ground-Breaking Cases in Administrative Law? \u00bb (2023) 73:4 <em>University of Toronto Law Journal<\/em>, \u00e0 la p 426.<\/li>\n<li><em>Shell Canada Limited v Alberta (Energy)<\/em>, 2023 ABCA 230.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a04.<\/li>\n<li><em>Vavilov<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03 au para\u00a023.<\/li>\n<li><em>Law Society of Newfoundland and Labrador v Buckingham<\/em>, 2023 NLCA 17.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a042.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a044.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a053.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a055.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a086.<\/li>\n<li>Mark Mancini, \u00ab The Promise of Habeas Corpus Post-Vavilov: The Principle of Legality \u00bb (17 mars 2022), en ligne : <em>Social Science Research Network<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_id=4059757\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_id=4059757<\/a>&gt;. \u00c0 para\u00eetre (2022) dans la Revue du Barreau canadien.<\/li>\n<li><em>Soci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2023 CAF 131.<\/li>\n<li>D\u00e9cision de radiodiffusion du CRTC, 2022-175.<\/li>\n<li><em>R\u00e8glement de 1986 sur la radio<\/em>, DORS\/86-982, au para 3(b).<\/li>\n<li><em>Loi sur la radiodiffusion<\/em>, LC 1991, c 11.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a081 au para\u00a022.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a083 au para\u00a05(1).<\/li>\n<li><em>Ontario (Commission de l\u2019\u00e9nergie) c Ontario Power Generation Inc.<\/em>, 2015 CSC 44, [2015] 3 RCS 147.<\/li>\n<li><em>Renvoi relatif \u00e0 la Politique r\u00e8glementaire de radiodiffusion CRTC 2010-167 et l\u2019ordonnance de radiodiffusion CRTC 2010-168<\/em>, 2012 CSC 68, [2012] 3 RCS 489 [<em>Cogeco<\/em>].<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> aux para\u00a022\u201323.<\/li>\n<li><em>Groupe TVA Inc. c Bell Canada<\/em>, 2021 CAF 153, au para 35.<\/li>\n<li><em>Capital Cities Comm. c C.R.T.C.<\/em>, [1978] 2 RCS 141.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a080 aux para\u00a051\u201353.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a034.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a062<\/li>\n<li><em>ATCO Gas &amp; Pipelines Ltd. c Alberta (Energy &amp; Utilities Board)<\/em>, 2006 CSC 4, [2006] 1 RCS 140 [<em>Stores Block<\/em>].<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab Against ATCO \u00bb (24 novembre 2023), en ligne : <em>Administrative Law Matters<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/www.administrativelawmatters.com\/blog\/2023\/11\/24\/against-Atco-text-purpose-context-not-implied-and-express-powers\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.administrativelawmatters.com\/blog\/2023\/11\/24\/against-Atco-text-purpose-context-not-implied-and-express-powers<\/a>&gt;. \u00c0 para\u00eetre (2024) dans <em>Advocates\u2019 Quarterly<\/em>.<\/li>\n<li><em>ATCO Electric Ltd v Alberta Utilities Commission<\/em>, 2023 ABCA 129 [<em>ATCO Electric<\/em>].<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> aux para\u00a013, 19.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a030.<\/li>\n<li><em>FortisAlberta Inc v Alberta (Utilities Commission)<\/em>, 2015 ABCA 295.<\/li>\n<li><em>ATCO Electric<\/em>, <em>supra<\/em> note 96 au para\u00a044.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a043.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a044.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a046. <em>Voir aussi Alta Link Management Ltd v Alberta\u00a0Utilities Commission<\/em>, 2023 ABCA\u00a0325, au para\u00a03, o\u00f9 il est indiqu\u00e9 que [traduction] \u00ab\u00a0le cadre l\u00e9gislatif dans lequel elle [la Commission] exerce ses activit\u00e9s est complexe et est <em>impr\u00e9gn\u00e9 de termes d\u2019art juridique exigeant une d\u00e9finition unique<\/em>\u00a0\u00bb [emphase ajout\u00e9e].<\/li>\n<li><em>ATCO Electric<\/em>, <em>supra<\/em> note 96 aux para\u00a052\u201353.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> aux para\u00a061\u201362.<\/li>\n<li>Voir en particulier <em>Bell Canada c Bell Aliant Communications r\u00e9gionales<\/em>, 2009 CSC 40.<\/li>\n<li><em>ATCO Electric<\/em>, <em>supra<\/em> note 96 au para\u00a018.<\/li>\n<li>Nigel Bankes, \u00ab Stores Block Meets Vavilov: The Status of Pre-Vavilov ABCA Decisions \u00bb (1 mai 2023), en ligne : <em>ABlawg<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/ablawg.ca\/2023\/05\/01\/stores-block-meets-vavilov-the-status-of-pre-vavilov-abca-decisions\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ablawg.ca\/2023\/05\/01\/stores-block-meets-vavilov-the-status-of-pre-vavilov-abca-decisions<\/a>&gt;.<\/li>\n<li><em>Soci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada c Nouveau-Brunswick (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, [1996] 3 RCS 480, au para 26.<\/li>\n<li><em>Southam Inc. c Canada (ministre de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration)<\/em>, [1987] 3 CF 329, au para 9.<\/li>\n<li><em>Canadian Broadcasting Corporation v Canada (Parole Board)<\/em>, 2023 FCA 166 [<em>Parole Board<\/em>].<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a085.<\/li>\n<li><em>Loi sur le syst\u00e8me correctionnel et la mise en libert\u00e9 sous condition<\/em>, LC 1992, c 20, art 140(4).<\/li>\n<li><em>Sierra Club du Canada c Canada (Ministre des Finances)<\/em>, 2002 CSC 41, [2002] 2 RCS 522.<\/li>\n<li>Voir par ex <em>supra<\/em> note\u00a0110 au para\u00a0336.<\/li>\n<li><em>Parole Board<\/em>, <em>supra<\/em> note 111 au para\u00a048.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para 55.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em><\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a053.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a054.<\/li>\n<li>Voir les commentaires de la Cour d\u2019appel de l\u2019Alberta dans l\u2019arr\u00eat <em>Alta Link Management Ltd v Alberta Utilities Commission<\/em>, 2023 ABCA 325, au para 48 : [traduction] \u00ab son processus d\u00e9cisionnel est polycentrique; elle remplit un r\u00f4le de nature hautement politique qui comprend un mandat d\u2019int\u00e9r\u00eat public solide \u00bb.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a0103.<\/li>\n<li><em>Electric Utilities Act<\/em>, SA 2003, c E-5.1.<\/li>\n<li>Voir par ex <em>Rogers Communications Canada Inc. v Ontario Energy Board<\/em>, 2020 ONSC 6549.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a0103 aux para\u00a051\u201355.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a057.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a060.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a063.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a064.<\/li>\n<li><em>Unifund Assurance Co. c Insurance Corp. of British Columbia<\/em>, 2003 SCC 40, [2003] 2 RCS 63.<\/li>\n<li><em>Sharp c Autorit\u00e9 des march\u00e9s financiers<\/em>, 2023 SCC 29 [<em>Sharp<\/em>].<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0136.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a0130 au para\u00a056 [soulign\u00e9 dans l\u2019original].<\/li>\n<li><em>Sharp<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a0131 au para\u00a0102.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> aux para\u00a0113\u2013114.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0129.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0133.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0134.<\/li>\n<li>Voir par ex <em>McLean c Colombie-Britannique (Securities Commission)<\/em>, 2013 CSC 67, [2013] 3 RCS 895.<\/li>\n<li>Voir par ex les Autorit\u00e9s canadiennes en valeurs mobili\u00e8res et, en particulier, son Comit\u00e9 permanent de l\u2019Application de la loi.<\/li>\n<li><em>Sharp<\/em>, <em>supra<\/em> note 131 au para\u00a0135.<\/li>\n<li>Voir aussi <em>Office r\u00e9gional de la sant\u00e9 du Nord c Horrocks<\/em>, 2021 CSC 42.<\/li>\n<li><em>Edmonton (Ville) c Edmonton East (Capilano) Shopping Centres Ltd.<\/em>, 2016 CSC 47, au para 78 [<em>Edmonton East<\/em>], citant <em>Habtenkiel c Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration)<\/em>, 2014 CAF 180, [2015] 3 RCF 327, au para 35.<\/li>\n<li><em>D\u00e9mocratie en surveillance c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2022 CAF 208, au para 39.<\/li>\n<li><em>Vavilov<\/em>, <em>supra<\/em> note 3 aux para\u00a065\u201368.<\/li>\n<li><em>D\u00e9mocratie en surveillance c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2022 CAF 208, au para 45.<\/li>\n<li><em>Immeubles Port Louis lt\u00e9e c Lafontaine (Village)<\/em>, [1991] 1 RCS 326, \u00e0 la p 360.<\/li>\n<li><em>Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral) v Best Buy Canada Ltd.<\/em>, 2021 FCA 161.<\/li>\n<li><em>Loi sur les douanes<\/em>, LRC [1985], c 1 [2<sup>e<\/sup> suppl.], art 68(1).<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em>, art\u00a067(3).<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a0148 au para\u00a046.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a059. Voir aussi <em>Canada (Citoyennet\u00e9 et Immigration) c Conseil canadien pour les r\u00e9fugi\u00e9s<\/em>, 2021 CAF 72, [2021] 3\u00a0RCF\u00a0294, au para\u00a0102; <em>D\u00e9mocratie en surveillance c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2022 CAF 208, aux para\u00a042\u201344.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a0148 au para\u00a060.<\/li>\n<li><em>D\u00e9mocratie en surveillance c Canada (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/em>, 2022 CAF 208, au para 45.<\/li>\n<li><em>Georgopoulos v Alberta (Appeals Commission for Alberta Workers\u2019 Compensation)<\/em>, 2023 ABCA 285.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a022.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a024.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a016.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a013.<\/li>\n<li><em>Crevier c P.G. (Qu\u00e9bec) et autres<\/em>, 1981 CSC, [1981] 2 RCS 220, \u00e0 la p 234.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> \u00e0 la p\u00a0238 [emphase ajout\u00e9e].<\/li>\n<li>Voir par ex <em>Blanchard c Control Data Canada Lt\u00e9e<\/em>, 1984 CSC, [1984] 2 RCS 476. Voir Paul Daly, \u00ab Facticity: Judicial Review of Factual Error in Comparative Perspective \u00bb dans Peter Cane et al eds., <em>Oxford Handbook of Comparative Administrative Law<\/em> (OUP, 2021), 901 aux pp 905\u2013907.<\/li>\n<li>Voir par ex <em>Office r\u00e9gional de la sant\u00e9 du Nord c Horrocks<\/em>, 2021 CSC 42, aux para 7\u20139.<\/li>\n<li>Voir par ex <em>Boston v Lelievre<\/em>, 1864 CarswellQue 4, au para 15.<\/li>\n<li>Voir par ex <em>R. v York Justices<\/em> 1835, 1 NBR 108; <em>Ex Parte McNeil<\/em>, 1857, 8 NBR. 493.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a0155 au para\u00a017.<\/li>\n<li><em>Bunbury v Fuller<\/em>, 1853, 9 Ex. 109; <em>R. v Licence Commissioners of Point Grey<\/em>, 1913, 14 DLR 721; <em>R. v Nat Bell Liquors Limited<\/em>, 1922, 65 DLR 1; voir aussi <em>Green v Alberta Teachers\u2019 Association<\/em>, 2016 ABCA 237.<\/li>\n<li>Le probl\u00e8me avec la position avanc\u00e9e par Mark Mancini dans un r\u00e9cent document intitul\u00e9 \u00ab Foxes, Henhouses and the Constitutional Guarantee of Judicial Review \u00bb (2024) <em>Revue du Barreau canadien<\/em> (\u00e0 venir), c\u2019est qu\u2019il confond \u00ab autorit\u00e9 l\u00e9gitime \u00bb et \u00ab questions de droit \u00bb. En toute d\u00e9f\u00e9rence, il n\u2019y a pas de fondement \u00e0 cet amalgame, notamment parce qu\u2019\u00e0 divers moments de l\u2019histoire, il a \u00e9t\u00e9 reconnu que certaines \u00ab erreurs de droit \u00bb \u00e9chapperaient au contr\u00f4le judiciaire si elles \u00e9taient commises \u00ab dans le champ de comp\u00e9tence \u00bb. Il serait donc tout \u00e0 fait \u00e9trange, sur le plan historique, qu\u2019il y ait une garantie constitutionnelle de contr\u00f4le judiciaire sur des questions de droit. Il n\u2019est pas surprenant qu\u2019il n\u2019existe pas de pouvoir de ce genre. M. Mancini cite l\u2019arr\u00eat <em>Procureur g\u00e9n\u00e9ral (Qu\u00e9bec) et autre c Farrah<\/em>, 1978, 195 CSC, [1978] 2 RCS 638, mais, en tout respect, le principe de cette affaire est qu\u2019un l\u00e9gislateur ne peut utiliser une disposition privative et d\u2019autres moyens pour transf\u00e9rer une partie de la comp\u00e9tence de surveillance des cours \u00e0 un organisme cr\u00e9\u00e9 par une loi (ce qui \u00e9tait l\u2019effet du r\u00e9gime l\u00e9gislatif). Cela ne tient pas compte de la proposition selon laquelle l\u2019essence constitutionnelle minimale du contr\u00f4le judiciaire ne concerne que des \u00ab questions de droit \u00bb. En fait, cela correspond \u00e0 la proposition selon laquelle les \u00ab questions de droit \u00bb font au moins partie de l\u2019essence constitutionnelle minimale.<\/li>\n<li><em>Fooks v Alberta Association of Architects<\/em>, 1982, 139 DLR (3d) 445.<\/li>\n<li><em>Legal Profession Act (Re)<\/em>, 1967, 64 DLR (2d) 140, \u00e0 la p 146 (Alta SC App Div).<\/li>\n<li><em>Harris v The Law Society of Alberta<\/em>, [1936] SCR 88, aux pp 92, 102\u2013103; voir aussi <em>Dierks v Altermatt<\/em>, [1918] 1 WWR 719, \u00e0 la p 724 (Alta SC App Div).<\/li>\n<li><em>Hespeler v Shaw<\/em> (1858), 16 U.C.Q.B. 104, au para 6.<\/li>\n<li><em>Vavilov<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03 au para\u00a068.<\/li>\n<li><em>Yatar v TD Insurance Meloche Monnex<\/em>, 2021 ONSC 2507.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a041.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a043.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a044.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a045.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a046.<\/li>\n<li><em>Yatar v TD Insurance Meloche Monnex,<\/em> 2022 ONCA 446.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a047.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a038.<\/li>\n<li><em>Loi sur l\u2019exercice des comp\u00e9tences l\u00e9gales<\/em>, LRO 1990, c S.22, art 21.2(1).<\/li>\n<li><em>Canada (Attorney General) v Pier 1 Imports (U.S.), Inc.<\/em>, 2023 FCA 209.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a052.<\/li>\n<li><em>Vavilov<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a03 au para\u00a067.<\/li>\n<li><em>Innisfil Township c Vespra Township<\/em>, 1981, 59 CSC, [1981] 2 RCS 145, \u00e0 la p 169, citant <em>Cooper v Wandsworth Board of Works<\/em>, 1863, 14 C.B. (N.S.) 180.<\/li>\n<li><em>Supra<\/em> note\u00a0148 au para\u00a0111.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0112. Voir aussi aux para\u00a082\u201387, la discussion traitant de \u00ab\u00a0la possibilit\u00e9 que les conclusions de fait gravement erron\u00e9es constituent des erreurs manifestement d\u00e9raisonnables\u00a0\u00bb, et au para 116.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0113.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0116.<\/li>\n<li><em>Ibid<\/em> au para\u00a0117. Voir aussi\u00a0<em>Koebisch v Rocky View (County)<\/em>, 2021\u00a0ABCA\u00a0265, au para\u00a024.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab Unresolved Issues after Vavilov IV: The Constitutional Foundations of Judicial Review \u00bb (17 novembre 2020), en ligne : <em>Administrative Law Matters<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/www.administrativelawmatters.com\/blog\/2020\/11\/17\/unresolved-issues-after-vavilov-iv-the-constitutional-foundations-of-judicial-review\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.administrativelawmatters.com\/blog\/2020\/11\/17\/unresolved-issues-after-vavilov-iv-the-constitutional-foundations-of-judicial-review<\/a>&gt;.<\/li>\n<li><em>Smith v The Appeal Commission<\/em>, 2023 MBCA 23, aux para 43\u201344.<\/li>\n<li>Paul Daly, \u00ab Understanding Administrative Law in the Common Law World \u00bb (Oxford University Press, Oxford, 2021), \u00e0 la p 188 [emphase dans l\u2019original].<\/li>\n<li><em>Kelly v Sulivan<\/em>, 1877 1 SCR 3 [<em>Kelly<\/em>].<\/li>\n<li>M\u00eame dans ce cas, on a laiss\u00e9 entendre que le <em>certiorari<\/em> demeurait disponible pour corriger les erreurs de comp\u00e9tence : [traduction] \u00ab Je suis d\u2019avis que le mode indiqu\u00e9 par la loi est celui qui aurait d\u00fb \u00eatre poursuivi par le propri\u00e9taire en l\u2019esp\u00e8ce en cas d\u2019erreur, <em>d\u2019absence de formalisme <\/em>ou<em> d\u2019omission<\/em> dans l\u2019adjudication et que la Cour n\u2019avait pas d\u2019autre pouvoir d\u2019enqu\u00eater sur les proc\u00e9dures des commissaires, si ce n\u2019est que <span style=\"text-decoration: underline;\"><em>pour voir si la question dont ils \u00e9taient saisis \u00e9tait recevable<\/em><\/span> <em>et, peut-\u00eatre, pour voir s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 coupables de fraude dans leurs proc\u00e9dures<\/em> \u00bb, <em>ibid<\/em> \u00e0 la p \u00a037 [emphase ajout\u00e9e]. Le soulignement est le mien et saisit l\u2019ancienne id\u00e9e voulant qu\u2019un d\u00e9cideur doive avoir \u00ab\u00a0comp\u00e9tence pour participer \u00e0 l\u2019enqu\u00eate\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li>Voir parall\u00e8lement, <em>Loi sur les cours f\u00e9d\u00e9rales<\/em>, LRC 1985, c F-7, art 18.5. Mark Mancini cite l\u2019arr\u00eat <em>Kelly<\/em> dans \u00ab Foxes, Henhouses and the Constitutional Guarantee of Judicial Review \u00bb (2024) <em>Revue du Barreau canadien<\/em> (\u00e0 para\u00eetre) comme un exemple de la recevabilit\u00e9 d\u2019une loi interdisant le contr\u00f4le judiciaire. Toutefois, la port\u00e9e de l\u2019arr\u00eat <em>Kelly<\/em> est manifestement tr\u00e8s limit\u00e9e, car les commentaires sur l\u2019exclusion du contr\u00f4le judiciaire ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9s dans un contexte o\u00f9 \u2014 en fait \u2014 le contr\u00f4le judiciaire n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 exclu du tout de l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00e9gime l\u00e9gislatif par la Cour supr\u00eame. L\u2019arr\u00eat <em>Kelly<\/em> ne d\u00e9fend pas la simple proposition selon laquelle le contr\u00f4le judiciaire peut \u00eatre interdit par la loi.<\/li>\n<li>Voir par ex <em>Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada c Scott<\/em>, 2018 CAF 148.<\/li>\n<li><em>Loi sur les assurances<\/em>, LRO 1990, c I.8, art 280(3).<\/li>\n<li><em>Edmonton East<\/em>, <em>supra<\/em> note\u00a0143 au para\u00a078.<\/li>\n<\/ol>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je commence ici en pr\u00e9sentant une excuse. Tout comme moi, le lecteur de cette publication aura certes appr\u00e9ci\u00e9 les revues annuelles effectu\u00e9es par le professeur David\u00a0Mullan au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Elles sont des classiques du genre. Cependant, toutes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"jetpack_post_was_ever_published":true,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"coauthors":[360],"class_list":["post-4921","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-regular-features","volume-volume-12-issue-1-2024"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023 - Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"[:en]2023 Developments in Administrative Law Relevant To Energy Law and Regulation[:fr]\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023[:] - Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Je commence ici en pr\u00e9sentant une excuse. Tout comme moi, le lecteur de cette publication aura certes appr\u00e9ci\u00e9 les revues annuelles effectu\u00e9es par le professeur David\u00a0Mullan au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Elles sont des classiques du genre. Cependant, toutes [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2024-04-08T18:03:34+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-05-30T17:42:22+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Paul Daly\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Andrew McWiggan\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"97 minutes\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label3\" content=\"Written by\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data3\" content=\"Paul Daly\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation\"},\"author\":{\"name\":\"Andrew McWiggan\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f8837d97ffa80e06b8a1ca83ef48aef7\"},\"headline\":\"\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023\",\"datePublished\":\"2024-04-08T18:03:34+00:00\",\"dateModified\":\"2024-05-30T17:42:22+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation\"},\"wordCount\":44197,\"commentCount\":0,\"articleSection\":[\"Chroniques r\u00e9guli\u00e8res\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation\",\"url\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation\",\"name\":\"[:en]2023 Developments in Administrative Law Relevant To Energy Law and Regulation[:fr]\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023[:] - Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2024-04-08T18:03:34+00:00\",\"dateModified\":\"2024-05-30T17:42:22+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f8837d97ffa80e06b8a1ca83ef48aef7\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/regular-features\\\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"2023 Developments in Administrative Law Relevant To Energy Law and Regulation\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/\",\"name\":\"Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie\",\"description\":\"Un forum pour discuter et d\u00e9battre des questions touchant les industries r\u00e8glement\u00e9es du secteur de l\u2019\u00e9nergie.\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f8837d97ffa80e06b8a1ca83ef48aef7\",\"name\":\"Andrew McWiggan\",\"url\":\"https:\\\/\\\/energyregulationquarterly.ca\\\/fr\\\/author\\\/andrew\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"[:en]2023 Developments in Administrative Law Relevant To Energy Law and Regulation[:fr]\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023[:] - Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"[:en]2023 Developments in Administrative Law Relevant To Energy Law and Regulation[:fr]\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023[:] - Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie","og_description":"Je commence ici en pr\u00e9sentant une excuse. Tout comme moi, le lecteur de cette publication aura certes appr\u00e9ci\u00e9 les revues annuelles effectu\u00e9es par le professeur David\u00a0Mullan au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Elles sont des classiques du genre. Cependant, toutes [&hellip;]","og_url":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation","og_site_name":"Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie","article_published_time":"2024-04-08T18:03:34+00:00","article_modified_time":"2024-05-30T17:42:22+00:00","author":"Paul Daly","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Andrew McWiggan","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"97 minutes","Written by":"Paul Daly"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation"},"author":{"name":"Andrew McWiggan","@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/#\/schema\/person\/f8837d97ffa80e06b8a1ca83ef48aef7"},"headline":"\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023","datePublished":"2024-04-08T18:03:34+00:00","dateModified":"2024-05-30T17:42:22+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation"},"wordCount":44197,"commentCount":0,"articleSection":["Chroniques r\u00e9guli\u00e8res"],"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation","url":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation","name":"[:en]2023 Developments in Administrative Law Relevant To Energy Law and Regulation[:fr]\u00c9volution du droit administratif relatif au droit et \u00e0 la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie en 2023[:] - Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie","isPartOf":{"@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/#website"},"datePublished":"2024-04-08T18:03:34+00:00","dateModified":"2024-05-30T17:42:22+00:00","author":{"@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/#\/schema\/person\/f8837d97ffa80e06b8a1ca83ef48aef7"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/regular-features\/2023-developments-in-administrative-law-relevant-to-energy-law-and-regulation#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"2023 Developments in Administrative Law Relevant To Energy Law and Regulation"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/#website","url":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/","name":"Publication trimestrielle sur la r\u00e8glementation de l\u2019\u00e9nergie","description":"Un forum pour discuter et d\u00e9battre des questions touchant les industries r\u00e8glement\u00e9es du secteur de l\u2019\u00e9nergie.","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/#\/schema\/person\/f8837d97ffa80e06b8a1ca83ef48aef7","name":"Andrew McWiggan","url":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/author\/andrew"}]}},"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4ekrL-1hn","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4921"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4921\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5039,"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4921\/revisions\/5039"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4921"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/energyregulationquarterly.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=4921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}